Livres et revues

Vendredi 27 octobre 2006

L'inévitable Parouty a encore frappé... Où l'on apprend que la Sémiramis de Sutherland est "d'une intégrité philologique imparable", tandis que dans la Zaïde d'Harnoncourt Damrau "souffre d'un timbre qui manque de lumière et de suavité" alors que Scharinger "évite de faire basculer Osmin dans la lourdeur et la caricature". Hé bon bon bon !

 

Un très beau portrait d'Armin Jordan, par J.-Ch. Hoffelé (qui le connaissait bien, manifestement).

On se délecte de la plume de Kaminski : Kasarova et Gens sont sévèrement appréciées (la seconde surtout, mais non sans raison vraisemblablement) dans la nouvelle Clemenza chez RCA ; contre Netrebko (récital russe), le grief d'une indifférence permanente au texte et aux mots ; Anja Harteros (récital Mozart/Haydn) reçoit quant à elle des éloges considérables, après avoir été encensée par Alexandre pour son Elettra à Salzbourg ; enfin le nouveau récital de Pendatchanska (intitulé "Genuine") donne lieu à une critique mitigée... qui donne grande envie de l'entendre !

D'Ivan Alexandre, le compte rendu d'orfèvre de La Naissance d'Osiris, et celui, attristant, d'une première mondiale : une Sémélé anglaise de 1707, musique de John Eccles, livret de... Congreve, celui que reprendra Haendel !  "à un Augure près, les 14 membres de l'Opéra universitaire de Tallahassee (Floride) ont la voix de choristes, en aucun cas de figures lyriques. La scène d'amour entre Jupiter et Sémélé diffuse une sensualité à peu près comparable aux entretiens de Jean-Pierre et Samantha dans Ma Sorcière bien-aimée". C'est néanmoins publié chez Forum.

Par Bajazet
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Vendredi 24 novembre 2006
   
    L'Avant-Scène Opéra
file un mauvais coton…

    Certains numéros, vous le savez, sont "actualisés", non seulement pour la discographie et le bilan des productions, mais pour les articles de fond. C'est le cas du récent numéro sur Lucia (que je n'ai pas consulté d'ailleurs) et on peut espérer que le numéro à paraître dans quelques semaines sur Les Contes d'Hoffmann tienne compte des acquis de la recherche musicologique (l'édition Keck, bien sûr*).

    Mais que penser d'une "mise à jour" qui appauvrit le volume d'origine ?

    C'est la nouvelle mésaventure que vient d'essuyer Idoménée, semble-t-il.
  L'éditeur nous annonce que le numéro sur Idomeneo est de nouveau disponible. À la bonne heure. Mais il a l'air bien mince comparé au numéro d'origine… Et pour cause : il a été vigoureusement allégé !

    Jugez plutôt.

    Voici le sommaire du numéro paru cet automne :

¶ Pierre Michot : Vue d’ensemble
¶ Michel Pazdro : Argument
        
¶ Harry Halbreich : Commentaire littéraire et musical   
¶ Giambattista Varesco : Livret intégral
¶ Dominique Sila : Traduction française

¶ Jean-Michel Brèque : Les vertus d’un livret imparfait
¶ Pierre Michot : La genèse et la création 1781
¶ Pierre Michot : Profil des rôles

¶ Alfred Caron : Discographie comparée
¶ Alfred Caron : Vidéographie comparée

¶ Bibliographie
¶ Elisabetta Soldini : L’œuvre à l’affiche (1781-2006)
 
   
Et voici ce que proposait l'édition originale de 1986 (je mets en gras ce qui a été supprimé) :

¶ Alain Duault : Présentation
¶ Elisabeth Giuliani : La genèse d'Idomeneo au miroir de la correspondance
¶ Alain Gueulette : Mozart face au livret de Varesco
¶ Jean-Michel Brèque : Les vertus d'un livret imparfait
¶ Jacques Gheusi : Le créateur du rôle d'Idoménée : Anton Raaf
¶ Alain Duault : Argument

¶ Harry Halbreich : Commentaire littéraire et musical   
¶ Giambattista Varesco : Livret intégral
¶ Dominique Sila : Traduction française


¶ Rémy Stricker : Mort du seria, naissance du drame
¶ Jean-Victor Hocquard : Un laboratoire de la dramaturgie mozartienne
¶ Marie-Françoise Vieuille : Ilia ou le sourire de la tragédie
¶ Sena Jurinac : À Glyndebourne avec Fritz Busch
¶ Karl Böhm : Une œuvre inépuisable
¶ Pierre Strosser : Des pas dans l'espace d'un décor
¶ Piotr Kaminski : Discographie

¶ Michel Pazdro : L'œuvre à l'affiche
¶ Elisabeth Giulani : Bibliographie

+ Suppléments
¶ Anton Dermota : Chanter Mozart
¶ André Tubeuf : Ténors mozartiens
¶ J.-V. Richard : Oublis et compromis (chronique des productions de l'Opéra de Paris au printemps 86)

    Que certaines contributions aient pu être jugées dispensables ou trop liées à l'actualité de 1986, je veux bien… Et admettons que les nouveaux articles reprennent tout le contenu sur la genèse et la création de l'opéra (j'ai un gros doute, mais je n'ai pas acheté le volume sous cellophane pour vérifier). Reste qu'on voit un peu trop que la logique actuelle de la revue est de faire des économies : une poignée d'auteurs, et surtout une réduction drastique au minimum sur l'œuvre, qui revient à aligner la conception de la revue sur celle d'un programme de salle.

    Tout se passe comme si une publication spécialisée, qui en principe tire son attrait de sa substance, obéissait désormais au régime minimum de l'édition. Craint-on que les lecteurs s'offusquent d'avoir trop à lire sur le sujet ? Plus vraisemblablement, on a résolu de réduire le coût de l'édition. Mais faut-il alors des photos couleurs au détriment du contenu ?

    Voilà qui est plus que regrettable, pour ne pas dire lamentable quand l'éditeur proclame fièrement que le n° 89 (Idomeneo) est "à nouveau disponible". Imposture.

(Et en plus on perd la discographie si pénétrante de Kaminski !)


* On peut d'ailleurs remarquer le paradoxe suivant. Le livret des Contes d'Hoffmann conforme à la reconstitution de Keck n'est pas à ce jour disponible en France (sauf erreur). Mais l'éditeur de poche allemand Reclam le propose, en version bilingue, depuis 2005, pour moins de 6 euros.
Par Bajazet
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Samedi 16 décembre 2006
    Le nouveau numéro sur Les Contes d'Hoffmann est paru. Mais ne vous réjouissez pas trop vite…

    On pouvait espérer un volume consistant : il n'en est rien bien sûr, même si la participation de J.-Chr. Keck met enfin à jour (j'imagine) l'établissement du livret et les références à la partition.

    Mais voyez le sommaire :

Jean-Christophe Keck : Guide d’écoute
Jules Barbier : Livret intégral
Jean-Christophe Keck : Genèse et légendes
Jean-Claude Yon : Hoffmann et ses Contes
Alain Perroux : Who’s who des Contes d’Hoffmann
Gérard Condé : Les Contes d’Hoffmann contre les règles de l’art ?
Didier van Moere : Discographie
Pierre Flinois : Vidéographie

    Je ne veux pas préjuger du volume, ne l'ayant pas encore eu en main, mais si peu d'articles pour une matière si riche, vraiment quelle déception ! Je n'ai eu en mains naguère que la première mouture (un des premiers numéros de L'Avant-Scène) mais par exemple il y avait des réflexions de Chéreau assorties de photos de sa fantastique mise en scène à Garnier. Exeunt ! Il me semble bien qu'il y avait aussi un article "littéraire", sur le spectre de la mère, ou quelque chose d'approchant.

    À lire le nouveau sommaire, on aura compris que l'on vise le court et le facile (un Who's who, misère !). Ce n'est pas encore Les Contes d'Hoffmann pour les nuls, mais ça ressemble décidément, pour ce qui est des articles hors discographie, à un programme de salle. 
    166 p., mais partiellement occupées par un dossier sur Le Journal d'un disparu de Janacek + une chronique sur la Lucia de Serban (par Chantal Cazaux) et une sur Les Noces de Marthaler (par Chr. Merlin).

    Mais le pompon, c'est ce que je lis dans le sommaire du numéro affiché sur le site de l'A.S.O. :
    "Suppléments (fichier PDF avec textes facultatifs du livret et du Guide d'écoute ne figurant pas dans l'édition papier)"
    Et que veulent-ils dire, avec leurs "textes facultatifs du livret" ? Ça voudrait dire que les différents états de l'œuvre ne sont même pas imprimés dans le livret du volume ?!!! Je n'ose imaginer qu'ils se sont contentés de reprendre l'ancienne édition du livret…Je vous dirai, puisque j'avais candidement commandé cette édition "mise à jour".

    Et voilà, ça fait 22 euros, mais en plus ils n'ont pas tout mis, et si ça se trouve, il n'y a même pas le livret complet !

    « Il a fui, L'Avant-Scène,
    Il a fui loin de toi ! »


P.S. Évidemment, qui se trouve sur la couverture ? Natalie Dessay, bien sûr (version Carsen).
Par Bajazet
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Dimanche 14 janvier 2007
    Récemment parue en Italie, une édition extrêmement soignée (et peu chère) des livrets des opéras composés par Tommaso Traetta à la cour francophile de Parme, entre 1759 et 1761, et connus pour leur visée expérimentale de réformer l'opéra italien par imitation du modèle français de la tragédie lyrique.

Tommaso Traetta : i libretti della "Riforma" (Parma 1759-1761), a cura di Marco Russo, Università degli Studi di Trento, 2005, 277 p.

Ils sont au nombre de 4, en majorité dus au poète Frugoni :

Ipppolito ed Aricia (Frugoni) : adaptation de la tragédie lyrique de Pellegrin et Rameau
I Tindaridi (Frugoni) : adaptation du Castor et Pollux de Gentil-Bernard et Rameau
Le Feste d'Imeneo (Frugoni) : adaptation de l'opéra-ballet de Cahusac et Rameau, Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour
Enea e Lavinia (Sanvitale) : adaptation du plus ancien Énée et Lavinie de Fontenelle et Collasse

    Les livrets sont édités intégralement, avec argument et épître dédicatoire, et précédés d'une copieuse introduction de Marco Russo.

    De ces opéras, seul le premier a été enregistré : il s'agit d'un live de Martina Franca paru chez Dynamic, assez inégal, mais où le rôle d'Aricia (très développé par rapport à Rameau, inversement à celui de Phèdre) est magnifiquement chanté par Patrizia Ciofi.

    Sur Traetta, un site de référence (merci à Clément !) : www.traetta.com

    J'en profite pour signaler que deux études importantes de Daniel Heartz* sur Traetta, difficilement consultables jusqu'ici, sont désormais disponibles dans un chapitre sur la réforme de l'opéra au XVIIIe siècle, lequel clôt le recueil d'essais From Garrick to Gluck. Essays on Opera in the Age of Enlightenment, New York, Pendragon, 2004 :
« Traetta in Parma : Ippolito ed Aricia »
« Traetta in Vienna : Armida and Ifigenia in Tauride »

*Le musicologue Daniel Heartz est aussi l'auteur d'une admirable étude des opéras de Mozart
(Mozart's Operas) non traduite en français et c'est bien dommage, tant elle surclasse à maints égards ce que nous pouvons lire ordinairement. C'est également lui qui a réalisé l'édition d'Idomeneo dans l'édition Mozart de référence (NMA) chez Bärenreiter.



Par Bajazet
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Jeudi 25 janvier 2007

Jean-Didier Wolfromm
Diane Lanster, roman (1978)



    Pas de rapport direct avec la musique, même si on croise (en disques) Le Vaisseau fantôme, Clara Haskil et Le Marteau sans maître. Surtout un hasard, qui m'a fait tomber sur ce livre chez un bouquiniste, me faisant resouvenir que j'en avais vu une adaptation TV autrefois, avec Jacques Spiesser (quel acteur, celui-là !). J'ai donc pris, et j'ai lu. C'est un livre extraordinaire.

    Peut-être vous souvenez-vous du grand roman de Stefan Zweig, La Pitié dangereuse (Impatience du cœur pour le titre original, Ungeduld des Herzens). Un jeune officier, invité à un bal que donne un hobereau local, invite sa fille à danser, sans savoir qu'elle est paralytique : en cherchant à réparer sa bévue, et par le poison de la pitié, il conduira à un désastre. La scène finale se déroule d'ailleurs à l'Opéra de Vienne pendant une représentation de l'Orphée de Gluck, où l'officier reconnaît, accompagné d
'une épouse infirme, le médecin qui connaît le fin mot d'une histoire qu'il a voulu oublier.

    Le narrateur de Zweig était le jeune officier. Le roman de Wolfromm (qui était à l'époque un critique littéraire célèbre, je crois) nous place, lui, du côté de l'infirme, institué comme narrateur de ce récit à la forme étrange, qui est à la fois une dernière lettre adressée à Diane Lanster, où toute vérité vient enfin se dire, et une narration où elle est désignée à la 3e personne. D'où cette oscillation bizarre, et très suggestive, comme si le récit était aimanté par sa présence en même temps qu'il l'expulse.

    Nous sommes à la fin des années 50, au début des événements d'Algérie et juste avant la mort d'Albert Camus, dans un tout petit milieu d'étudiants du Quartier Latin. Thierry souffre à la fois d'une affection de la peau et des séquelles d'une polio, qui le fait boîter, le rend maladroit de ses mains et dépendant de sa canne. Inscrit à la préparation au concours d'entrée à l'École Normale Supérieure des Arts Décoratifs, il y rencontre une énigmatique et surtout très bourgeoise jeune fille, qui lui prête assistance et avec qui il se lie d'amitié, à supposer que ce mot ait un sens assez exact ici.
     L'écriture est d'une économie admirable, sans aucun pathos, sèche, âpre même dans son élégance, et d'une ironie à la mesure du personnage principal, dont l'expérience de la souffrance a forgé l'intelligence et trempé le caractère, jusqu'à un certain point. Seule la forme littéraire peut exprimer cette présence obsessionnelle du corps de Thierry à lui-même, qui s'impose constamment dans ses relations avec les autres, et ses incidences sur son appréhension du modne extérieur.

    Publié d'abord chez Grasset (il reçut le prix Interallié) puis repris dans la collection du Livre de Poche, ce roman est couramment disponible aujourd'hui dans la collection des Cahiers Rouges Grasset.
Par Bajazet
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Samedi 22 décembre 2007


    Le numéro consacré à L'Étoile de Chabrier ne paraîtra qu'au début de 2008, mais vient de paraître un numéro thématique très alléchant, Opéra et mise en scène, sous la direction de Christian Merlin, et dont voici le sommaire :


¶ Les questions de fond   
 Christian Merlin : Pourquoi ce numéro ?
 Christian Merlin : Les grandes tendances de la mise en scène
 André Tubeuf  : Droits et devoirs du metteur en scène
 Pierre Michot : Mélomane et Drammophile   

¶ Les choix du metteur en scène   
 Ivan A. Alexandre : Lost in transposition
 Alain Perroux : Entre le concret et l’abstrait
 Pierre Flinois  : Le rôle de la technologie
 Alain Perroux  : Le metteur en scène : interprète ou créateur ?
 Jean Cabourg : Académisme et modernité
 Piotr Kaminski : Comment servir Mozart ?
 Isabelle Moindrot : L’opéra en version de concert   

¶ Qui sont-ils ?
 Pierre Flinois : Les chefs d’orchestre
 Alain Perroux : Les hommes de théâtre
 Alain Perroux  : Les scénographes
 Christian Merlin : Les cinéastes
 Christian Merlin : Les plasticiens   
 Pierre Flinois : Les chorégraphes

¶ TOP 20 ou les Cas d’école, de 1955 à 2006   
 Atys, par J.-M. Villégier
 Boris Godounov, par H. Wernicke
 La Clémence de Titus, par K.-E. et U. Herrmann
 Don Carlos, par P. Konwitschny
 Don Giovanni, par M. Haneke
 Katia Kabanova, par C. Marthaler
 Madame Butterfly, par B. Wilson
 Les Noces de Figaro, par G. Strehler   
 Pelléas et Mélisande, par P. Strosser   
 La Petite Renarde rusée, par Felsenstein
 Platée, par L. Pelly
 Le Ring, par P. Chéreau
 Le Songe d’une nuit d’été, par R. Carsen
 Theodora, par P. Sellars
 La Tragédie de Carmen, par P. Brook
 La Traviata, par L. Visconti
 La Traviata, par P. Mussbach
 La Trilogie de Monteverdi, par J.-P. Ponnelle
 Tristan et Isolde, par W. Wagner
 Tristan et Isolde, par O. Py

    D'autre part, la revue brade un nombre important de numéros pour l'achat d'un minimum de 3 (12 € au lieu de 18, ou 15 € au lieu de 20). Le détail de cette promotion se trouve ici.

    Cependant, la prudence est toujours de mise pour les numéros "mis à jour" : ce charmant euphémisme dissimulant constamment une purge parfois drastique des textes du numéro d'origine. Je l'avais signalé l'arnaque au sujet d'Idomeneo. Mais c'est pire pour Tannhäuser, qui avait fait l'objet d'un copieux numéro double de 250 p. (n° 63-64, 1984), réédité plus tard en photocopie atroce. Le numéro mis à jour en 2004 présente une jolie couverture polychrome et du papier glacé, mais on est tombé à 169 p., en perdant au passage environ 3/4 des articles. Plus précisément, voici ce qui aura ainsi disparu :

P. Enckell : Un chevalier problématique
E. Giuliani : Tannhäuser par écrits
St. Goldet : Les différentes versions (mais un nouvel article de P. Jost est en remplacement)
E. Sans : Tannhäuser, drame de l'artiste
Ph. Godefroid : Relire Tannhäuser
Nerthal : Tannhäuser au Venusberg
M.-Fr. Vieuille : Vénus/Elisabeth
A. Guédy et Ph.-J. Salazar : Le "sinthome" de la voix
Cl. Nanquette : Un opéra "moderne"
St. Goldet : Wagner et le manichéisme
Fr. Ferlan : Tannhâuser ou l'homme en quête de sa religion
Ph. Olivier : Dresde, années Wagner
M. Kahane : Les avatars de la création parisienne (remplacé par un article de P. Jost)
Ph. Godefroid : Note sur une indication scénique
Ken Russel : Un vaste pélerinage
Jess Thomas : Le cas Tannhäuser
Gwyneth Jones : Vénus, le pôle complémentaire d'Elisabeth

Sont rescapés 4 articles du volume d'origine, dont un très beau texte de Tubeuf ("Aveugle l'Italie") et celui de G. Coutance sur la mise en scène de Wieland Wagner. Tout n'était pas de la même eau sans doute dans les contributions de 1984, mais pour un opéra aussi important, l'abondance ne nuit pas.

Mon salut… mon salut repose en Maria (libraire d'occasion) !



Par Bajazet
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Mercredi 27 février 2008

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Jean-François Parot
L’Énigme des Blancs-Manteaux
Paris, J.-C. Lattès, 2000
rééd. coll. 10/18


 
   





    Grâce à l'aimable sollicitude du Chevalier des Grieux*, me voilà entré dans ce polar historique fameux que constituent les enquêtes de Nicolas Le Floch dans le Paris de Louis XV. Parot s’appuie manifestement sur une solide connaissance historique des mœurs au XVIIIe siècle (y compris alimentaires), licites ou interlopes, et en particulier des institutions policières et judiciaires. Tout ce qui se passe au Châtelet, sorte de théâtre avant l’heure, est ainsi particulièrement suggestif, comme le sont les réflexions du bourreau Sanson, prototype du policier scientifique. La documentation est du reste discrètement reléguée en notes sobrement rédigées à la fin du livre, qu’il s’agisse de références historiques et politiques impossibles à mettre dans la bouche des personnages ou d’explications lexicales, puisque Parot reprend certains termes caractéristiques de la langue de l’époque. Le choix est judicieux, qui ne parasite pas la lecture cursive des aventures tout en apportant des précisions nécessaires.

    Pour avoir rarement lu des romans policiers, j’ai été très séduit par la tension constante du récit qui pourtant ménage un portrait évolutif du jeune enquêteur, qui va s’approfondissant. Il s’agit là du premier volume de la série : Nicolas, enfant trouvé élevé par un chanoine de Guérande et dont le parrain est le marquis de Ranreuil, se trouve curieusement envoyé à Paris au terme de ses études chez les jésuites de Vannes, placé pour ainsi dire auprès du lieutenant général de la police, M. de Sartine, qui confie bientôt au novice une ténébreuse affaire dont le Roi et sa favorite sont un des enjeux. La résolution de l’énigme de la vie et de la mort de l’inspecteur Lardin voit non seulement Nicolas Le Floch justifier la confiance mise en lui par Sartine mais le voit aussi être présenté au Roi à Versailles, pour une ultime péripétie. Ad augusta per angustia.
    Le roman policier se double ainsi d’un roman d’apprentissage : l’orphelin breton pénètre en quelques semaines de l’hiver 1761 les arcanes de Paris et accède au travers de ces ténèbres à la faveur royale. On pense d’ailleurs au Paysan parvenu de Marivaux, d’autant que tout inachevé qu’il soit il se clôt par l’introduction de Jacob à la Cour et que comme Jacob Nicolas trouve d’abord soutien et affection auprès d’une cuisinière au parler énergique nommée Catherine. Le sentiment métamorphique de devenir un autre lorsqu’il revêt un habit de cérémonie irait dans le même sens. Pour le reste, le caractère est sans comparaison : Jacob est un jouisseur et un séducteur né, quoique le sentiment moral guide sa lucidité ironique, alors que Nicolas est d’humeur plus mélancolique, et ses moments de méditation ou de remémoration, où il est en proie au doute et à la souffrance, paraissent essentiels à la profondeur du personnage. Or l’évolution du personnage est excellemment ménagée, au cours de ses erreurs ou de sa réaction de vanité sociale lors du dîner chez Noblecourt, si bien que le développement de l’enquête modifie simultanément chez le héros la connaissance de soi et des autres et détermine les modalités de la prudence, c’est-à-dire aussi de la sagesse. En ce sens, il s’agit là d’une opération de révélation qui dépasse de beaucoup le cadre de l’énigme policière.

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    Les rapports de Nicolas avec Sartine et surtout avec son auxiliaire Bourdeau donnent lieu à des pages particulièrement pénétrantes, tandis qu’on est assez soulagé de voir s’effilocher le sentimentalisme convenu de l’attachement du Breton pour la fille de son parrain (cet amour contrarié est cousu de fil blanc de toute façon). Toutes les scènes avec l’équivoque Mme Lardin, ponctuellement comme dans leur succession, sont de grands moments, tout comme les deux visites de Nicolas au bordel du Dauphin couronné : son entretien avec la Paulet dans le salon jaune manifeste un sens du comique supérieur, avant que le même salon ne devienne, à la fin du roman, le théâtre d’un étonnant combat à mort dans l’obscurité. L’évocation de la maison Noblecourt, asile généreux de la civilisation aristocratique, contraste admirablement avec l’inquiétante étrangeté de la maison des Blanc-Manteaux, toute obscurité, dissimulation, mouvements furtifs et voix basses, jusqu’à l’horreur de ses souterrains.
    Justement, le prologue du roman, cette scène horrifique au Grand Équarissage de Montfaucon au milieu de la nuit, où on ne voit à peu près rien, me semble tout à fait caractéristique d’un art particulier de Parot à produire des climats nocturnes captivants, qui fondent de fait l’essentiel d’un récit occupé à mettre en scène l’envers du Paris des Lumières. On se dit d’ailleurs que la façon dont les personnages et les scènes du roman persistent dans la mémoire doit beaucoup à l’emprise des réalités physiques : voilà un romancier qui ne néglige pas les corps. Mais en termes de climat, on remarque tout autant le soin apporté à des évocations météorologiques (pluie, neige, soleil et glaces, vent et nuages) qui donnent lieu à une écriture magnifique, qui parvient à installer une dimension poétique dans l’économie heureusement sèche du récit.
   
    Une telle fiction pose également une difficulté majeure pour ce qui est de l’équilibre de l’écriture : il s’agit en effet de trouver un style suffisamment congruent à l’univers historique évoqué sans pour autant tomber dans le pastiche. Sur ce point, il convient d’admirer chez Parot une langue assez claire et élégante, et aussi économe et précise, pour convaincre. Cela n’empêche pas diverses scories, dont on s’étonne pour certaines qu’un travail de relecture chez l'éditeur ne les ait pas corrigées. Passe pour l’emploi absolu de vitupérer (p. 205), qui semble une coquetterie mal maîtrisée, mais Noblecourt, chargé d’incarner l’esprit de la conversation élégante et cultivée des Lumières, peut-il déclarer vouloir « stigmatiser les mœurs » (p. 206) ? Le sens moderne du mot est vraiment postérieur, et on sentirait plutôt, en l’occurrence, un défaut de contrôle dans l’économie lexicale (à moins qu'il ne s'agisse d'un private joke à l'intention de M. du Marrec ?). C’est plus net encore, et vraiment fâcheux, quand Sartine, dont la langue est par ailleurs rigoureuse, conseille à Nicolas de « rebondir sur le peu de mots » qu’il aura saisi (p. 28) ? Sartine était trop honnête homme sans doute pour parler comme un journaliste de la radio. De même l’emploi du verbe tutoyer dans « tutoyer les rivages du crime » (p. 320) procède trop visiblement d’une tournure douteuse d'aujourd'hui, mais surtout semble complètement hétérogène avec la métaphore du rivage, qui elle appartient à un registre soutenu.
    Plus étrange encore :  la phrase (p. 281) « les mensonges initiaux » de Semacgus « rédimaient tout ce qui avait suivi et les protestations répétées de sincérité » est absurde, et on se demande si rédimer (racheter) n’est pas un lapsus pour dirimer. On voit d'ailleurs poindre là une certaine recherche dans le vocabulaire qui ne semble pas forcément bien accordée au naturel de l'ensemble. Du reste, on ne peut pas écrire « cette idée le poigna », puisqu’il s’agit du verbe poindre, qui fait donc en l’occurrence poignit. Quand Noblecourt explique qu’il n’a fait que compléter le cabinet de curiosités constitué par son père (p. 243), il semble que « Je n’ai fait que marcher sur ses brisées » soit malencontreusement substitué à «suivre ses brisées ». Enfin, il ne serait pas mauvais de réécouter un Te Deum, afin de ne pas remplacer « Salvum fac regem » par « Salve fac regum », qui ferait se retourner dans sa tombe tout le chapitre de Guérande.


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    J’ai oublié de relever la présence de la musique dans le roman, qui s’achève sur Nicolas traversant le Pont-Neuf « en sifflant un air d’opéra ». L’un des romans de la série commence d’ailleurs le jour de la création des Paladins (le Chevalier dixit). Parmi les épigraphes dont s’ornent les chapitres du récit, on trouve les vers de Médée dans le Thésée de Quinault et Lully quand elle invoque les démons (« Sortez, Ombres, sortez de la nuit éternelle »), mais là encore avec un fléchissement bizarre : Médée ne continue pas par « Voyez le jour pour le triomphe », ce qui littéralement ne rime à rien, mais par « Voyez le jour pour le troubler ». Je me suis également interrogé sur la réaction de Nicolas à la lettre d’Isabelle de Ranreuil : « Depuis plus de deux an
nées à Paris, il avait eu l’occasion d’aller à l’Opéra. Le message d’Isabelle aurait pu appartenir à quelque mauvais libretto » (p. 223). La teneur de la lettre, le rapprochement avec le théâtre de Marivaux quelques lignes plus loin et le terme italien semblent plutôt faire allusion à un livret d’opéra italien, mais que jouait-on à l’Opéra de Paris entre 1759 et 1761 ? On retiendra donc plutôt l’apparition fugitive, au chapitre XI, du claveciniste Claude Bénigne Balbastre : pour le coup, sa présence ne paraît pas seulement là pour faire d’époque et elle est parfaitement intégrée à la situation romanesque.
    Et maintenant la suite ! Le Père Cyprien** me recommande L’Homme au ventre de plomb : ça tombe bien, c’est le suivant dans la série.


* Il était pourtant déjà péri au moment des enquêtes de Nicolas Le Floch. Il n’en a que plus de mérite à les recommander.
** Bien connu par une chanson rapportée dans Les Bijoux indiscrets : Rien, Père Cyprien, ne vous retient. À ne pas confondre avec Qui me baise ? Est-ce Blaise ?

P.S.

Le verbe poigner n'existe pas. Du moins le croyais-je, car le Père Cyprien, au terme d'un travail de bénédictin, en a trouvé des traces, que voici :

POIGNER, verbe intr. : se masturber, se donner volupté en solitaire. Je poigne dur depuis que Cinderella m'a guélarLitt. Je me réjouis que le verbe poigner soit remis à l'honneur (J.-L. Ézine au Masque et la Plume, 24 févr. 2008).

Cela est juste et bon, mais n'explique pas comment une idée peut poigner !






Par Bajazet
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Samedi 15 novembre 2008





    Monique Canto-Sperber, d’ordinaire si soucieuse d’accorder la tenue de son vocabulaire à ses chatteries vocales, se laisse pourtant gagner par le ton de son invitée, et fait remarquer, à propos des Tristes et des Pontiques, que le poète « engueule tout le monde au début ».  Car elle reçoit Marie Darrieussecq, « la première étonnée » d’avoir traduit les deux recueils nés de l’exil d’Ovide sur les bords du Pont-Euxin.

    La raison à cela, on la devine, elle est confirmée : débarrasser le génie du poète des anciennes traductions produites dans le sein corrupteur de la vieille université, « très scrupuleuses » mais « souvent ampoulées », et qui laissaient le champ libre à une version française enfin fidèle à la « grande simplicité » de ces vers. Pour faire encore plus « simple », on a supprimé les points et les virgules, y compris dans le titre : Tristes Pontiques. « Un petit hommage à Claude Lévi-Strauss », glisse finement Darrieussecq (pour le cas où l’auditeur n’aurait pas pris toute la mesure de son esprit), et d’un ton de collégienne tel qu’on jurerait l’avoir entendue dire : « un petit coucou à Claude ».

    Elle parle donc d’Ovide, qui « n’est pas le patachon qu’on croit ». C’est un grand poète : « il a un sens de l’image très fort ». Et l’énigme persistante de ce qui causa cet exil ? Qu’est-ce donc que ses yeux n’auraient pas dû voir ? Darrieussecq a son idée, bien sûr : « Ovide s’est laissé embarquer dans une orgie, et les orgies, c’était pas son truc » ; c’est allé très loin, « comme toutes les orgies », et là il s’est passé des choses, avec la fille d’Auguste. À vous les studios. Personne n‘a vu mon vert à lèvres ?

    N’allez pas croire pourtant qu’on ait confondu Ovide avec Astérix. Voyez, on nous ouvre plutôt le livre au chapitre « La vie quotidienne dans l’Antiquité ». Les Tristes occupent 5 livres, Les Pontiques en comptent 4. Ça fait 9. Or combien d’années Ovide a-t-il survécu dans cet exil ? 9 ! Troublant, n'est-ce pas ? « J’ai mis du temps à comprendre le dispositif : il y avait un bateau par an qui reliait Tomes à Rome, Ovide envoyait un livre à Rome chaque année ». Vive la science !

    Encore n’est-ce pas ce qui rendrait compte du charme extraordinaire de cette poésie. Darrieussecq s’enthousiasme au micro : « Ovide envoie une épée à son correspondant, un des rares produits manufacturés de là-bas. On a accès à la vie du bout du monde il y a 2000 ans ! Ça me fascine ! » Rappelez-vous l’euphorie d’Arielle Dombasle dans je ne sais plus quel film de Rohmer, quand elle découvre l’herbe dans une prairie.

    Mais bon, ce qu’il y aussi de très fort avec la traduction, c’est la relation mystérieuse entre le traducteur et l’auteur qu’il sert. « À certains moments, j’avais des flashs ! Moi, assise devant mon ordinateur, et femme, je me trouvais au bout de cette chaîne qui depuis l’Antiquité perpétue ces poèmes d’Ovide. Je participe à leur postérité, à la survie de l’Écriture. » C’est beau. C’est grand, même si c’est simple. C’est sublime, en fait. Après, ça retombe un peu quand même : « Rendez-vous compte, Ovide est beaucoup plus lu aujourd’hui que de son vivant ! »  Et vous n’avez encore rien vu. Non, non, ne la remerciez pas.

    Comment s’appelait déjà ce livre qu’elle avait publié il y a quelques années ? Non, pas celui où elle s’extasie des différents parfums qu’exhalent les excréments de son nourrisson (signe d’une alimentation déjà variée).

    Truismes

    (vous avez vu ? je n’ai pas mis de point à la fin)
      vous avez vu je n’ai pas mis de point à la fin




Par Bajazet
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Samedi 10 octobre 2009

 


« La musique est un animal qui nous regarde droit dans les yeux.
Il peut nous tuer. »


    Conversation avec le pianiste Valéry Afanassiev, que j'ignorais être aussi écrivain, à l'occasion de la parution de son essai Le Silence des sphères (Corti) : à écouter ici.

    Il y est question de l'horrible danger de la musique, et beaucoup du silence, d'Emil Gilels, du corps du piano, de l'intensité du pianissimo, des gestes de l'interprète, des noms que l'on écoute et du comportement du public.


Par Bajazet
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