L'inévitable Parouty a encore frappé... Où l'on apprend que la Sémiramis de Sutherland est "d'une intégrité philologique imparable", tandis que dans la Zaïde d'Harnoncourt Damrau "souffre d'un timbre qui manque de lumière et de suavité" alors que Scharinger "évite de faire basculer Osmin dans la lourdeur et la caricature". Hé bon bon bon !
Un très beau portrait d'Armin Jordan, par J.-Ch. Hoffelé (qui le connaissait bien, manifestement).
On se délecte de la plume de Kaminski : Kasarova et Gens sont sévèrement appréciées (la seconde surtout, mais non sans raison vraisemblablement) dans la nouvelle Clemenza chez RCA ; contre Netrebko (récital russe), le grief d'une indifférence permanente au texte et aux mots ; Anja Harteros (récital Mozart/Haydn) reçoit quant à elle des éloges considérables, après avoir été encensée par Alexandre pour son Elettra à Salzbourg ; enfin le nouveau récital de Pendatchanska (intitulé "Genuine") donne lieu à une critique mitigée... qui donne grande envie de l'entendre !
D'Ivan Alexandre, le compte rendu d'orfèvre de La Naissance d'Osiris, et celui, attristant, d'une première mondiale : une Sémélé anglaise de 1707, musique de John Eccles, livret de... Congreve, celui que reprendra Haendel ! "à un Augure près, les 14 membres de l'Opéra universitaire de Tallahassee (Floride) ont la voix de choristes, en aucun cas de figures lyriques. La scène d'amour entre Jupiter et Sémélé diffuse une sensualité à peu près comparable aux entretiens de Jean-Pierre et Samantha dans Ma Sorcière bien-aimée". C'est néanmoins publié chez Forum.
Par Bajazet
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Vendredi 24 novembre 2006
L'Avant-Scène Opéra file un mauvais coton…
Certains numéros, vous le savez, sont "actualisés", non seulement pour la discographie et le bilan des productions, mais pour les articles de fond. C'est le cas du récent numéro sur Lucia (que je n'ai pas consulté d'ailleurs) et on peut espérer que le numéro à paraître dans quelques semaines sur Les Contes d'Hoffmann tienne compte des acquis de la recherche musicologique (l'édition Keck, bien sûr*).
Mais que penser d'une "mise à jour" qui appauvrit le volume d'origine ?
C'est la nouvelle mésaventure que vient d'essuyer Idoménée, semble-t-il.
L'éditeur nous annonce que le numéro sur Idomeneo est de nouveau disponible. À la bonne heure. Mais il a l'air bien mince comparé au numéro d'origine… Et pour cause : il a été vigoureusement allégé !
Jugez plutôt.
Voici le sommaire du numéro paru cet automne :
¶ Pierre Michot : Vue d’ensemble
¶ Michel Pazdro : Argument
¶ Harry Halbreich : Commentaire littéraire et musical
¶ Giambattista Varesco : Livret intégral
¶ Dominique Sila : Traduction française
¶ Jean-Michel Brèque : Les vertus d’un livret imparfait
¶ Pierre Michot : La genèse et la création 1781
¶ Pierre Michot : Profil des rôles
¶ Alfred Caron : Discographie comparée
¶ Alfred Caron : Vidéographie comparée
¶ Bibliographie
¶ Elisabetta Soldini : L’œuvre à l’affiche (1781-2006)
Et voici ce que proposait l'édition originale de 1986 (je mets en gras ce qui a été supprimé) :
¶ Alain Duault : Présentation
¶ Elisabeth Giuliani : La genèse d'Idomeneo au miroir de la correspondance
¶ Alain Gueulette : Mozart face au livret de Varesco
¶ Jean-Michel Brèque : Les vertus d'un livret imparfait
¶ Jacques Gheusi : Le créateur du rôle d'Idoménée : Anton Raaf
¶ Alain Duault : Argument
¶ Harry Halbreich : Commentaire littéraire et musical
¶ Giambattista Varesco : Livret intégral
¶ Dominique Sila : Traduction française
¶ Rémy Stricker : Mort du seria, naissance du drame
¶ Jean-Victor Hocquard : Un laboratoire de la dramaturgie mozartienne
¶ Marie-Françoise Vieuille : Ilia ou le sourire de la tragédie
¶ Sena Jurinac : À Glyndebourne avec Fritz Busch
¶ Karl Böhm : Une œuvre inépuisable
¶ Pierre Strosser : Des pas dans l'espace d'un décor
¶ Piotr Kaminski : Discographie
¶ Michel Pazdro : L'œuvre à l'affiche
¶ Elisabeth Giulani : Bibliographie
+ Suppléments
¶ Anton Dermota : Chanter Mozart
¶ André Tubeuf : Ténors mozartiens
¶ J.-V. Richard : Oublis et compromis (chronique des productions de l'Opéra de Paris au printemps 86)
Que certaines contributions aient pu être jugées dispensables ou trop liées à l'actualité de 1986, je veux bien… Et admettons que les nouveaux articles reprennent tout le contenu sur la genèse et la création de l'opéra (j'ai un gros doute, mais je n'ai pas acheté le volume sous cellophane pour vérifier). Reste qu'on voit un peu trop que la logique actuelle de la revue est de faire des économies : une poignée d'auteurs, et surtout une réduction drastique au minimum sur l'œuvre, qui revient à aligner la conception de la revue sur celle d'un programme de salle.
Tout se passe comme si une publication spécialisée, qui en principe tire son attrait de sa substance, obéissait désormais au régime minimum de l'édition. Craint-on que les lecteurs s'offusquent d'avoir trop à lire sur le sujet ? Plus vraisemblablement, on a résolu de réduire le coût de l'édition. Mais faut-il alors des photos couleurs au détriment du contenu ?
Voilà qui est plus que regrettable, pour ne pas dire lamentable quand l'éditeur proclame fièrement que le n° 89 (Idomeneo) est "à nouveau disponible". Imposture.
(Et en plus on perd la discographie si pénétrante de Kaminski !)
* On peut d'ailleurs remarquer le paradoxe suivant. Le livret des Contes d'Hoffmann conforme à la reconstitution de Keck n'est pas à ce jour disponible en France (sauf erreur). Mais l'éditeur de poche allemand Reclam le propose, en version bilingue, depuis 2005, pour moins de 6 euros.
Par Bajazet
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Le nouveau numéro sur Les Contes d'Hoffmann est paru. Mais ne vous réjouissez pas trop vite…
On pouvait espérer un volume consistant : il n'en est rien bien sûr, même si la participation de J.-Chr. Keck met enfin à jour (j'imagine) l'établissement du livret et les références à la partition.
Mais voyez le sommaire :
Jean-Christophe Keck : Guide d’écoute
Jules Barbier : Livret intégral
Jean-Christophe Keck : Genèse et légendes
Jean-Claude Yon : Hoffmann et ses Contes
Alain Perroux : Who’s who des Contes d’Hoffmann
Gérard Condé : Les Contes d’Hoffmann contre les règles de l’art ?
Didier van Moere : Discographie
Pierre Flinois : Vidéographie
Je ne veux pas préjuger du volume, ne l'ayant pas encore eu en main, mais si peu d'articles pour une matière si riche, vraiment quelle déception ! Je n'ai eu en mains naguère que la première mouture (un des premiers numéros de L'Avant-Scène) mais par exemple il y avait des réflexions de Chéreau assorties de photos de sa fantastique mise en scène à Garnier. Exeunt ! Il me semble bien qu'il y avait aussi un article "littéraire", sur le spectre de la mère, ou quelque chose d'approchant.
À lire le nouveau sommaire, on aura compris que l'on vise le court et le facile (un Who's who, misère !). Ce n'est pas encore Les Contes d'Hoffmann pour les nuls, mais ça ressemble décidément, pour ce qui est des articles hors discographie, à un programme de salle.
166 p., mais partiellement occupées par un dossier sur Le Journal d'un disparu de Janacek + une chronique sur la Lucia de Serban (par Chantal Cazaux) et une sur Les Noces de Marthaler (par Chr. Merlin).
Mais le pompon, c'est ce que je lis dans le sommaire du numéro affiché sur le site de l'A.S.O. :
"Suppléments (fichier PDF avec textes facultatifs du livret et du Guide d'écoute ne figurant pas dans l'édition papier)"
Et que veulent-ils dire, avec leurs "textes facultatifs du livret" ? Ça voudrait dire que les différents états de l'œuvre ne sont même pas imprimés dans le livret du volume ?!!! Je n'ose imaginer qu'ils se sont contentés de reprendre l'ancienne édition du livret…Je vous dirai, puisque j'avais candidement commandé cette édition "mise à jour".
Et voilà, ça fait 22 euros, mais en plus ils n'ont pas tout mis, et si ça se trouve, il n'y a même pas le livret complet !
« Il a fui, L'Avant-Scène,
Il a fui loin de toi ! »
P.S. Évidemment, qui se trouve sur la couverture ? Natalie Dessay, bien sûr (version Carsen).
Par Bajazet
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Récemment parue en Italie, une édition extrêmement soignée (et peu chère) des livrets des opéras composés par Tommaso Traetta à la cour francophile de Parme, entre 1759 et 1761, et connus pour leur visée expérimentale de réformer l'opéra italien par imitation du modèle français de la tragédie lyrique.
Tommaso Traetta : i libretti della "Riforma" (Parma 1759-1761), a cura di Marco Russo, Università degli Studi di Trento, 2005, 277 p.
Ils sont au nombre de 4, en majorité dus au poète Frugoni :
¶ Ipppolito ed Aricia (Frugoni) : adaptation de la tragédie lyrique de Pellegrin et Rameau
¶ I Tindaridi (Frugoni) : adaptation du Castor et Pollux de Gentil-Bernard et Rameau
¶ Le Feste d'Imeneo (Frugoni) : adaptation de l'opéra-ballet de Cahusac et Rameau, Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour
¶ Enea e Lavinia (Sanvitale) : adaptation du plus ancien Énée et Lavinie de Fontenelle et Collasse
Les livrets sont édités intégralement, avec argument et épître dédicatoire, et précédés d'une copieuse introduction de Marco Russo.
De ces opéras, seul le premier a été enregistré : il s'agit d'un live de Martina Franca paru chez Dynamic, assez inégal, mais où le rôle d'Aricia (très développé par rapport à Rameau, inversement à celui de Phèdre) est magnifiquement chanté par Patrizia Ciofi.
Sur Traetta, un site de référence (merci à Clément !) : www.traetta.com
J'en profite pour signaler que deux études importantes de Daniel Heartz* sur Traetta, difficilement consultables jusqu'ici, sont désormais disponibles dans un chapitre sur la réforme de l'opéra au XVIIIe siècle, lequel clôt le recueil d'essais From Garrick to Gluck. Essays on Opera in the Age of Enlightenment, New York, Pendragon, 2004 :
« Traetta in Parma : Ippolito ed Aricia »
« Traetta in Vienna : Armida and Ifigenia in Tauride »
*Le musicologue Daniel Heartz est aussi l'auteur d'une admirable étude des opéras de Mozart (Mozart's Operas) non traduite en français et c'est bien dommage, tant elle surclasse à maints égards ce que nous pouvons lire ordinairement. C'est également lui qui a réalisé l'édition d'Idomeneo dans l'édition Mozart de référence (NMA) chez Bärenreiter.
Par Bajazet
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