Christian Gerhaher :
Abendbilder. Lieder von Franz Schubert
Gerold Huber, piano
1 CD RCA « Red Seal », 2005
1. Bei dir allein, D 866/2
2. Abendbilder, D 650
3. Himmelsfunken, D 651
4. Daß sie hier gewesen, D 775
5. Drang in die Ferne, D 770
6. Am Fenster, D 878
7. Auf der Bruck, D 853
8. Des Fischers Liebesglück, D 933
9. Der Winterabend, D 938
10. Das Zügenglöcklein, D 871
11. Alinde, D 904
12. Fischerweise, D 881
13. Im Abendrot, D 799
14. Der Musensohn, D 764
15. Du bist die Ruh, D 776
16. Greisengesang, D 778
17. Willkommen und Abschied, D 767
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Peu connu en France si on compare à la renommée de Matthias Goerne, le baryton Christian Gerhaher s’est fait connaître il y a quelques années par un enregistrement des 3 grands cycles de lieder de Schubert chez Arte Nova (toujours disponibles en un coffret pour 3 sous). Parallèlement à des études de médecine et de philosophie, il a étudié le chant à Munich auprès de Paul Kuen (célèbre interprète de Mime à Bayreuth). À partir de 1998, il a obtenu plusieurs prix en duo avec Gerold Huber, son pianiste attitré. Plus encore que Goerne, il semble se consacrer au lied et à l’oratorio (je n’ai pas trouvé trace de performance scénique de lui). Depuis peu il enregistre chez Deutsche Harmonia Mundi (de Haydn, La Création avec Röschmann et Harnoncourt, Orlando Paladino toujours avec Harnoncourt) et RCA (un précédent récital Schumann).
Ce programme Schubert est, disons-le, constamment admirable, le pianiste étant lui-même parfaitement en phase avec le chanteur, extrêmement rigoureux et musical sans effets, limpide et recueilli. Le programme privilégie les lieder méditatifs (par exemple cette merveille qu'est "Der Winterabend", ce soir d'hiver dont Margaret Price a laissé un témoignage extraordinaire), et offre de vraies raretés. Beaucoup aussi de ces lieder lancinants si typiques de Schubert.
Il m’est un peu difficile de caractériser la voix de Gerhaher en tant que telle. Voix plutôt légère, mais timbre intense, très prenant, juvénile et poétique mais sans rien de charmeur. En fait, ce qui m’a d’abord frappé, c’est la clarté absolue de la diction. Je ne sais même pas si j’ai déjà entendu un allemand chanté aussi net et pénétrant dans ce répertoire. La manière dont le R est roulé et varié en intensité et en durée est anthologique, la différenciation des voyelles est impeccable, mais surtout cette impression (sans prix) que le chant n’est que le prolongement de la parole. La ligne de chant est magnifique, le sens des nuances aussi qui ne sacrifie jamais l’intelligibilité du texte, mais surtout il n’y a pas la moindre trace de maniérisme (l’anti-Bostridge…) ni d’effet d’art qui jouerait sur le moelleux de la voix (je pense à Gœrne, qui donne des choses fantastiques dans la lignée de Fischer-Dieskau, mais où la voix pour ainsi dire s’offre au premier plan).
Autrement dit, la simplicité (cette chimère du chant) semble absolue ici. Chaque lied se déploie avec une totale évidence. L’attention est constamment accrochée, sans effets, et si la voix n’a pas ces trésors de suavité qui rendent Gœrne ou Fischer-Dieskau ostensiblement sublimes – voir « Du bist die Ruh’ » par exemple, avec ses envolées piano : Gerhaher a des couleurs un peu plus crues que ses aînés, et des pianissimos plus discrets –, la présence et l’éloquence sans façons du chanteur ravissent. L’art cache parfaitement l’art, si vous préférez. On se dit même que l’esprit de cette voix, la transparence des mots à laquelle elle se plie, sont exactement ce qu’appellent ces œuvres.
Je ne craindrai donc pas le paradoxe : la voix de Gerhaher n’a rien d’intrinsèquement frappant, sauf que son chant captive, avec un mélange de franchise et de délicatesse qui est très remarquable, lui ; d’humanité tout simplement. Le sommet du programme est peut-être cette merveille d’immobilité mélancolique qu’est « Des Fischers Liebesglück » : son caractère rêveur, suspendu, mais aussi l’impression que le chanteur s’adresse au plus intime de l’auditeur sont extrêmement émouvants. Mais tout est remarquable, avec une dominante nostalgique (programme oblige) qui permet de goûter au plus grand et au plus secret de Schubert.
Bref : plus que vivement recommandé !

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