Mardi 3 juillet 2007
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Dans Le Monde daté du 2 juillet, la fameuse Marie-Aude Roux, « spécialiste musique symphonique » (www.direct8.fr), rend compte d'un concert au festival d'Aix (Philharmonie de Berlin, direction Rattle) et elle écrit :
« La Valse de Ravel suivra, jouée sans la méchanceté voyoute
et l'outrance putassière qui sied. »
« Vous êtes si sotte, ma mie, qu'on ne saurait vous souffrir », écrivait un excellent auteur. Tant qu'à faire, puisqu'au Monde ils sont en plein ménage, ils ne pourraient pas payer les gages de cette dame ? Ou la mettre à la rubrique Shopping ? Sauf si Mazarine Pingeot est déjà pressentie, bien sûr.
Les lecteurs des pages Culture du journal ont beau essuyer héroïquement et depuis longtemps le style de Mme Roux, mélange d'erreurs et d'approximations (musicologiques ou historiques), prétexte à des tournures amphigouriques qui semblent issues du blog d'une lycéenne besogneuse à prétentions littéraires, il faut bien reconnaître à cette prose une vertu éminente : reculer les limites du n'importe quoi.
En tout cas, la phrase citée est un bon échantillon de sa manière, qui se voudrait artiste :
¶ pour le fond, une ânerie impavide sur l'œuvre dont elle parle (« l'outrance putassière » de Ravel, dont on se demandera d'ailleurs si l'orchestration de La Valse est « sexuellement transmissible »)
¶ une préciosité : l'adjectif voyoute, chéri des frères Goncourt
¶ un mot vulgaire pour tâcher de donner au propos du sel branché : parler de l'art en affectant quelques trivialités, c'est le style de Mme Verdurin relooké.
¶ le télescopage ostentatoire entre un mot vulgaire (putassière) et un mot très littéraire (sied), unis par un écho sonore (-ssière/sied) chargé d'attester une grande sensibilité musicale et une affection immodérée pour les homéotéleutes.
(Il faudrait encore ajouter les allitérations en T, sans doute un hommage occulte au style si particulier de Wagner dans ses livrets.)
Tout cela bien voyant, bien putassier justement, histoire de faire la maline, comme ces adolescentes de familles bourgeoises qui se teignent les cheveux en rose et vert pour singer laborieusement une indépendance qu'elles n'ont pas.
Car – on le vérifie à cette occasion une fois encore – ce qui importe à Mme Roux, ce n'est pas tant de rendre compte avec exactitude du concert ou de l'interprétation, mais d'abord d'afficher par ce style de bélise l'originalité factice de sa personne.
En fait de « style artiste », on songerait plutôt à celui d'Annie Cordy, dont nul n'a oublié l'antienne lancinante qui corrodait le souffle dans La Bonne du curé :
« J'voudrais bien, mais j'peux point. »
P.S. L'avant-veille, c'est Renaud Machart qui dans le même journal évoquait « les pages démiurgiaques » de La Walkyrie. Comme quoi, avec tout son esprit, il est lui-même vulnérable aux mariodismes. car je n'ose croire que les correcteurs n'aient pas fait leur travail… même si dans le même article on lit que la présence de l'orchestre berlinois a été « chère payée ».
Et d'ailleurs, dans l'article de Mme Roux, on aurait dû lire : sans la méchanceté voyoute et l'outrance putassière qui siéent. Ou à la limite : sans méchanceté voyoute ni l'outrance putassière qui sied. À moins que dans son répertoire de pauvres préciosités, l'auteure (comme ils disent au Monde) ait intégré l'accord du verbe avec le sujet le plus proche, encore en usage au XVIIe siècle ?
Mais non (comme disait cette pute de Shéhérazade), c'est plus vraisemblablement une faute de syntaxe. Une sorte d'outrance langagière, si vous préférez.
Par Bajazet
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S'il vous plaît, Mme Roux, continuez de la sorte et nous servez quelque fadaise enrubannée dont vous avez le secret, que Bajazet puisse encore vous épingler de la sorte ("épinglier de mon âme")!
O.
"un Prélude à l'après-midi d'un faune superlatif de fluidité, de couleur, de poésie, heureusement coupable des mollesses coquines de l'hédonisme solitaire. "
Alors Remarquons d'abord, à titre de confirmation, que Mme Roux considère que glisser quelque chose de sexuel dans son style est d'une classe folle. Donc, va pour le faune masturbatoire (on disait "onaniste" jadis, mais nous avons changé tout cela).
Et cependant voyez, Narbal, la main légère de cette enfant, qui enrobe la chose d'une périphrase si longue qu'elle doit mettre la puce à l'oreille du lecteur ("Pssst, t'as vu ? là, y a un truc, huhuhu"). Aura-t-on la mauvaise grâce de noter que si "l'hédonisme solitaire" tire (si je puis dire) la masturbation vers une sorte d'euphémisme qui ambitionne une tenue classique du style et "mollesses" joue il me semble dans le même sens , avec "coquines", patatras ! Nous voilà dans une pub pour 3615.ULLA, ou à peu près. On nous la jouait néo-classique, mais en fait on est dans le style "coquin", variante post-moderne du style "nouille", également connu sous le nom de style "pornichon" à cause de sa niaiserie cul-cul.
Franchement, ce "coquines", c'est un peu le gros clin d'il appuyé de l'oncle Gaston qui a trop bu et qui à la fin du repas de la communion s'apprête à raconter une de ses savoureuses histoires. Dans la phrase marioderusselienne, "coquines" est le signal niaiseux qui doit avertir le lecteur distrait que dans les apprêts de sa périphrase à la mord-moi-le-nud, il y a vraiment du sexe, hihihi.
"Une masturbation est cachée dans le paysage : trouvez-la."
Ce "coquines" aussi niais que discordant est d'autant plus malencontreux qu'on réchappait tout juste d'un oxymore ("heureusement coupable") par lequel notre styliste intersidérale s'abandonnait mollement à l'hédonisme solitaire de sa différence.
Mais je suis injuste. Par une troublante délicatesse, c'est le Prélude qui est "superlatif", et non le Faune (de toute façon on emploie un autre nom aujourd'hui).
On retiendra enfin que si Ravel peut être putassier et voyou, Debussy reste lui assez vaporeux. Ça gaze, M'ame Mariode ?
Réjouissez-vous dans les chaumières, vous allez pouvoir bientôt entendre le doux son de la voix de celle dont la plume a si souvent su vous ravir par son hardiesse coquine et néanmoins voyoute : la dite "Idiote" passera en effet lundi prochain 1er octobre de midi à 13 h sur France Musique à l'émission "à portée de mots"...
Avis!
De l'art du contre-sens et de l'illogisme.