Dimanche 3 juin 2007 7 03 /06 /2007 22:03


C'est le Psaume VI, un des psaumes de pénitence les plus en usage dans le culte catholique. Monteverdi l'a mis en musique (connais pas) et il a également donné lieu à une œuvre fastueuse d'Henry Desmarets (1661-1741) pour un de ses grands motets lorrains (avec le Confitebor tibi Domine), composé entre 1707 et 1710.
Je ne connais pas la version récente des Arts Florissants (Erato), je suis toujours avec l'ancienne version dirigée par Higginbottom (même éditeur). Musique à découvrir, plus surprenante que celles de Lully ou même de Lalande, avec des jeux de couleurs et d'harmonies étonnants, non moins majestueuse.

Cependant je ne parlerai pas de la musique, mais plutôt du texte, de 2 des versets exactement, car la Psaume VI est un de ceux que le grand Corneille a paraphrasés en vers. Je donne ci-dessous le texte latin de la Vulgate, puis la traduction dans la Bible de Port-Royal, puis la versification de Corneille (antérieure, évidemment).


6. Laboravi in gemitu meo. Lavabo per singulas noctes lectum meum. Lacrimis stratum meum rigabo.

Je me suis épuisé à force de soupirer ; je laverai toutes les nuits mon lit de mes pleurs ; j'arroserai de mes larmes le lieu où je suis couché.

Abattu de tristesse et travaillé d'alarmes,
Soupirer et gémir, c'est tout ce que je puis,
    Et baigner mon lit de mes larmes,
    Ce sont mes plus heureuses nuits.



9.
Exaudivit Dominus deprecationem meam. Dominus orationem meam adsumpsit.

Le Seigneur a exaucé l'humble supplication que je lui ai faite ; le Seigneur a agréé ma prière.

Mes larmes ont monté jusque devant ta face ;
Il a reçu mes vœux, mes soupirs l'ont touché,
    Mes cris en ont obtenu grâce,
    Il n'a plus d'yeux pour mes péchés.


    Où l'on remarque ce qu'on savait déjà, c'est-à-dire que le latin est merveilleusement plus dense et économe que le français. Mais surtout que Corneille est un grand poète (on le savait déjà aussi).
       La contrainte d'un poème en quatrains contraint le paraphraste à amplifier la base des versets bibliques, ce qui donne lieu à un développement du caractère affectif du texte (c'est très net pour le second exemple), mais surtout, d'autre part, qui évite l'impression de délayage par des formules surprenantes : « Ce sont mes plus heureuses nuits », mais surtout ce vers admirable adressé à Dieu, où la verticalité est inversée grâce à une condensation poétique : la supplication s'élève vers le Ciel en même temps que les larmes s'écoulent vers le bas, mais Corneille n'a qu'à substituer les larmes aux plaintes verbales, et le tour est joué…

    Mes larmes ont monté jusque devant ta face.


Par Bajazet - Publié dans : Œuvres et compositeurs
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