Mardi 3 avril 2007
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Kikiriki ! Kikiriki, c'est ce qu'entend l'apôtre Pierre dans une cour de Leipzig après son troisième reniement. (Chez Rimski-Korsakov, on ajoute "koukou", mais c'est hors sujet.)
Or hier, j'étais dans ma voiture (bis), le matin cette fois, et sur France Musique Mlle Goldet nous régalait d'extraits alternés des deux grandes Passions de Bach — soit dit en passant dans des versions baroqueuses tristounettes, Herreweghe pour Matthieu, avec Harry Potter en Evangéliste et un "Erbarme dich" que je n'ai (je crois bien) jamais entendu aussi frigide, et Gardiner pour Jean, avec Nancy Argenta fadissime et Neil Archer nullissime dans "Ach, mein Sinn".
Donc, Mlle Goldet comparait les deux traitements du Reniement (idée heureuse) et pour ce faire narrait le contenu de l'épisode évangélique — pile à l'heure de la messe des Rameaux, quelle concurrence déloyale !
Et elle n'a rien trouvé de mieux pour "animer" sa paraphrase que de sortir tout de go : « et rebelote, Pierre dit qu'il ne connaît pas Jésus ». Elle semblait d'ailleurs tellement fière de sa sainte saillie qu'elle l'a resservie pour le 3e reniement : « et rebelote… »
Stéphâne, tu me fends le cœur. Zerfließe, mein Herze… Bon, je ne suis ni prude ni précieuse, comme disait la regrettée Julie d'Étanges (vous savez bien, celle qui jouissait deux fois pour une…), mais ce pauvre procédé me désolerait moins s'il n'était parfaitement caractéristique d'un certain esprit "France Musique", qu'illustreraient aussi par exemple Damian ou Esparza, et qui fait penser à ces professeurs de lycée qui mettent un point d'honneur à truffer leurs commentaires des œuvres littéraires de quelques trivialités censées établir une connivence avec l'auditoire.
De deux choses l'une : ou bien Mlle Goldet n'a pas conscience des niveaux de langue, et on a quelque peine à le croire venant de quelqu'un qui écrit sur Wolf et Mörike ; ou bien elle se croit obligée de pratiquer le relâchement linguistique en guise de sauf-conduit puisqu'elle parle (horreur !) d'un sujet religieux à l'heure de la messe. Le résultat, c'est surtout qu'une fois de plus elle donne à l'auditeur l'impression d'entendre une grande bourgeoise appliquée à parsemer sa conversation de quelques grossièretés ostentatoires, comme pour tenter de masquer la culture qui la porte, et de faire oublier de quel bois elle se chauffe.
Un peu comme Pierre devant la servante ? Non, car c'est plutôt avec Mme Verdurin que le rapprochement s'imposerait.
De toute façon, devant le palais de Caïphe ou au Golgotha on ne jouait pas aux cartes : on faisait rouler les dés.
Par Bajazet
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