Mardi 3 avril 2007 2 03 /04 /2007 01:34

    Kikiriki ! Kikiriki, c'est ce qu'entend l'apôtre Pierre dans une cour de Leipzig après son troisième reniement. (Chez Rimski-Korsakov, on ajoute "koukou", mais c'est hors sujet.)

    Or hier, j'étais dans ma voiture (bis), le matin cette fois, et sur France Musique Mlle Goldet nous régalait d'extraits alternés des deux grandes Passions de Bach — soit dit en passant dans des versions baroqueuses tristounettes, Herreweghe pour Matthieu, avec Harry Potter en Evangéliste et un "Erbarme dich" que je n'ai (je crois bien) jamais entendu aussi frigide, et Gardiner pour Jean, avec Nancy Argenta fadissime et Neil Archer nullissime dans "Ach, mein Sinn".
    Donc, Mlle Goldet comparait les deux traitements du Reniement (idée heureuse) et pour ce faire narrait le contenu de l'épisode évangélique — pile à l'heure de la messe des Rameaux, quelle concurrence déloyale !
    Et elle n'a rien trouvé de mieux pour "animer" sa paraphrase que de sortir tout de go : « et rebelote, Pierre dit qu'il ne connaît pas Jésus ». Elle semblait d'ailleurs tellement fière de sa sainte saillie qu'elle l'a resservie pour le 3e reniement : « et rebelote… »

    Stéphâne, tu me fends le cœur. Zerfließe, mein Herze… Bon, je ne suis ni prude ni précieuse, comme disait la regrettée Julie d'Étanges (vous savez bien, celle qui jouissait deux fois pour une…), mais ce pauvre procédé me désolerait moins s'il n'était parfaitement caractéristique d'un certain esprit "France Musique", qu'illustreraient aussi par exemple Damian ou Esparza, et qui fait penser à ces professeurs de lycée qui mettent un point d'honneur à truffer leurs commentaires des œuvres littéraires de quelques trivialités censées établir une connivence avec l'auditoire.
    De deux choses l'une : ou bien Mlle Goldet n'a pas conscience des niveaux de langue, et on a quelque peine à le croire venant de quelqu'un qui écrit sur Wolf et Mörike ; ou bien elle se croit obligée de pratiquer le relâchement linguistique en guise de sauf-conduit puisqu'elle parle (horreur !) d'un sujet religieux à l'heure de la messe. Le résultat, c'est surtout qu'une fois de plus elle donne à l'auditeur l'impression d'entendre une grande bourgeoise appliquée à parsemer sa conversation de quelques grossièretés ostentatoires, comme pour tenter de masquer la culture qui la porte, et de faire oublier de quel bois elle se chauffe.
    Un peu comme Pierre devant la servante ? Non, car c'est plutôt avec Mme Verdurin que le rapprochement s'imposerait.

    De toute façon, devant le palais de Caïphe ou au Golgotha on ne jouait pas aux cartes : on faisait rouler les dés.

Par Bajazet - Publié dans : Citations
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Commentaires

"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard"...

Cela dit, si Sellars mettait en scène la St Jean, gageons que la tunique de Jésus serait tirée non aux dés mais sans doute au poker... ou à la roulette RRRRusse! Transposition oblige... Au fait, quelqu'un a vu la Passion selon Saint- Bob au Châtelet?
Commentaire n°1 posté par orlandocurioso le 03/04/2007 à 12h44
Ach! Ce fameux "Erbarme dich", quelle aventure que d'en trouver une interprétation sobre, touchante et legato... sans compter un violon alerte et sensible. Auriez-vous des références à me donner ? J'en serai ravi. D'avoir chanté cette Passion m'a définitivement marqué.
Commentaire n°2 posté par Zach le 17/10/2009 à 23h49
A propos de jeu, les paris sont ouverts à propos de la version préférée du Bajablog pour "Erbarme dich". Moi je parierais pour celle de Forrester dans son récital Bach-Haendel chez Vanguard...
Commentaire n°3 posté par il-gioco-d'orlando le 20/10/2009 à 12h44
… récital bientôt réédité au Quebec dans quelques semaines dans le coffret d'hommage à Forrester dont on a déjà parlé.

Je ne sais trop que répondre, en fait. Disons que je préfère "Erbarme dich" avec une voix qui exprime quelque chose de fragile, d'une manière ou d'une autre. Forrester aurait trop de majesté de ce point de vue. Au reste, Bach n'est pas vraiment mon rayon. Mais pour cet air comme pour l'ensemble de cette Passion, je reviens inlassablement à la première version d'Harnoncourt, avec Paul Esswood.

Commentaire n°4 posté par Bajazet le 22/10/2009 à 00h59
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