Mercredi 28 février 2007
Récital Ann Hallenberg, mezzo
Benjamin Alard, clavecin
Tours, Auditorium Ronsard, 15 février 2007

Carlo Francesco POLLAROLO, Onorio in Roma (Venise, 1693)
« In quel piè, legato ho il core » (Placidia)
« Vacillante è il regno mio » (Onorio)

Domenico SCARLATTI
Sonates K. 208 & K. 162

Francesco GASPARINI, Bajazet (Reggio Emilia, 1719)
« Rondinella che si vede » (Leone)
« A dispetto d’un volto ingrato » (Tamerlano)

Georg Friedrich HAENDEL, Tamerlano (Londres, 1724)
« A dispetto d’un volto ingrato » (Tamerlano)

Carl Heinrich GRAUN, Cleopatra e Cesare (Berlin, 1742)
« Voglio strage e sangue voglio » (Cesare)
« Vien da’ cenni suoi » (Arsace)

HAENDEL
Air d’Almirena « Lascia ch’io pianga » transcrit au clavecin par William Babell

MOZART, Mitridate (Milan, 1770)
« Venga pur, minacci e frema » (Farnace)

PAISIELLO, Nina o la Pazza per amore (Caserte, 1789)
« Il mio ben quando verra »


    Programme admirable. Le lien entre les airs était que tous ces opéras sont composés sur un livret adapté d’une pièce française, mais c’était surtout l’occasion de balayer un siècle d’opéra italien, de l’opéra vénitien des années 1690 au drame « sensible » de Paisiello. Ann Hallenberg, que j’entendais au concert pour la première fois, fait preuve d’un mélange de classe et de chaleur qui est très frappant. On peut certes regretter l’absence d’accompagnement orchestral pour les pages les plus dramatiques.
    Par exemple, l’air de fureur du César de Graun sonne avec une étrange délicatesse soutenu par un clavecin, même si l’excellente de l’Auditorium Ronsard et l’intelligence expressive du claveciniste évitaient l’écueil du riquiqui. Hallenberg l’a interprété avec intensité (et une grande attention au texte, constante de la soirée), sans bien sûr la défonce d’Iris Vermillion, au bord de la rupture dans l’enregistrement dirigé par Jacobs. Les da capo étaient ornés, mais avec mesure.

    La voix sonne magnifiquement, pleine mais mobile, avec un engagement expressif permanent. C’est moins dans les éclats qu’elle donne le meilleur d’elle-même que dans une noblesse plus intérieure. À ce titre, les airs de Pollarolo (inconnu au bataillon) étaient d’un effet admirable, celui d’Onorio en particulier : musique splendide, moins expansive que majestueuse, très suggestive.
    Les airs de la fin du XVIIIe siècle semblent finalement moins convenir à Hallenberg. Sans doute faut-il compter avec un peu de fatigue, perceptible dans l’air de Farnace, et qui expliquait peut-être une relative prudence dans l'aigu au cours de la soirée. Mais si l’air de Nina était chanté avec une classe et musicalité, il manquait aussi d’abandon (j’ai toujours dans l’oreille ce qu’en faisait Von Stade sur un disque-récital CBS jamais édité en CD). J’ai l’impression que la propre sensibilité de Hallenberg s’accommode mieux d’un répertoire un peu plus ancien.
    Justement, la confrontation du Bajazet de Gasparini et du Tamerlano de Haendel, qui en reprend le livret quelques années plus tard, était du plus grand intérêt. Entendre à la suite le même air de Tamerlano par Gasparini puis par Haendel met forcément en relief le souffle expressif du Saxon. Non que la musique de Gasparini soit inoffensive : elle est fort belle, mais plus corsetée, moins surprenante. En ce sens, le raffinement de l’air de comparaison chanté par Leone (le texte ne se retrouve pas chez Haendel) convient mieux à l’esprit de la musique de Gasparini.

    Quel plaisir enfin d’entendre le rôle de Tamerlan rendu à une voix féminine aussi ample et impériale que celle de Hallenberg. C’est le jour et la nuit avec la pauvre Bacelli (version Pinnock, CD et DVD) mais aussi avec un contre-ténor, fût-il l’électrique Mehta, auquel on distribue massivement le rôle aujourd’hui ! On espère que Hallenberg poursuivra son exploration des opéras de Haendel avec des rôles majeurs comme celui-ci.

    Un mot enfin du claveciniste Benjamin Alard, aussi modeste que jeune, dont l’art du phrasé est exceptionnel. Dieu sait si l’accompagnement au clavecin risque l’atonie, mais là aucun risque : soutien, présence, sens de la ligne et du chant, tout y est là. L’air d’Almirena, transcrit de la manière la plus florissante par William Babell, était magistral. J’en profite pour signaler un splendide CD de transcriptions d’œuvres lyriques de Haendel par Babell, gravé par le claveciniste Claudio Astronio chez Stradivarius (2001). 


Pour tout savoir sur Ann Hallenberg, s'adresser au Palazzo Licida :
http://licida.over-blog.com/article-3491118.html




Par Bajazet - Publié dans : Représentations et concerts
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