Dimanche 28 janvier 2007
   
    Revoilà celle que j'avais déjà évoquée à propos de
Scylla & Glaucus


    Elle reste assez méconnue en France (contrairement à Marie-Nicole Lemieux), bien qu’elle soit une interprète fantastique du répertoire baroque, et de toute façon une soprane magnifique. Elle fera une tournée française dans quelques jours avec un programme Purcell récemment enregistré chez Atma. Ses prochains concerts seront américains (Solomon de Haendel, Psyché de Lully) mais elle chantera à Turin dans Annibale in Torino de Paisiello avec Dantone le 25 février (voir l'article à côté pour plus de précisions). Espérons que peut-être le Festival de Beaune 2007…
    Le calendrier de Gauvin est consultable sur son site officiel


    Karina Gauvin, soprano québecoise, a commencé par accumuler divers prix et distinctions : Maggie Teyte Memorial Prize (Londres, 1992), Prix du lied et Prix du public au Concours de s'Hertogenbosch (Pays-Bas), Prix Virginia Parker (Canada), etc. Elle s'est longtemps produite au Canada, et très rarement en Europe (mais c'est en train de changer, Dieu merci).

    C'est son disque splendide consacré à des motets de Vivaldi qui l'a attirée à  l'attention internationale de la critique et du public en 1997 : y éclatent déjà  une musicalité exceptionnelle, une voix agile, techniquement souveraine (trille compris), mais dotée d'un timbre fruité et plein, une projection impeccable, un sens du phrasé et de l'expression déjà très remarquable. Suivra en 1999 un très beau récital Haendel, également (et justement) remarqué, même si l'interprète y est plus timide que ses incarnations récentes (l’Alcina à Beaune en 2005 était transcendante). C'est ainsi dans le répertoire baroque que sa renommée s'est installée.

 C'est Christophe Rousset qui sauf erreur l'a le premier invitée à se produire dans un opéra en France : Asteria du Tamerlano de Haendel à Beaune en 2000 aux côtés de Kobie van Rensburg (Bajazet) et de Patricia Bardon (Tamerlano). Concert mémorable ! À vrai dire, je vois très peu de sopranes qui aujourd'hui puissent rivaliser dans Haendel avec elle pour ce qui est de la plénitude vocale, du raffinement du chant et de l'engagement expressif.

    La voix de Karina Gauvin a récemment pris plus de corps, de couleurs aussi, et aussi de hardiesse dans l'expression, comme en a témoigné son  interprétation de Circé dans Scylla & Glaucus à Versailles. Même si on peut çà  et là lui reprocher une certaine mollesse de diction, il est à espérer qu'elle continue de chanter le répertoire français d'Ancien Régime. Son récent disque de cantates (Boismortier, Clérambault) est un régal.

    Pour la découvrir, choisissez Haendel, et plus particulièrement le disque d'œuvres romaines réunissant le superbe motet « Silete venti » et la grande cantate Apollo e Dafne dont c'est à mon sens la meilleure version enregistrée. Mais son interprétation dans le Tito Manlio de Vivaldi est enthousiasmante. Son Knoxville de Barber est de toute beauté également. Le disque Mozart/Schubert offre quelques pièces rares, mais Gauvin, malgré son velouté et une tendresse vocale appréciable, y est curieusement alanguie, parfois.

    Parmi les projets discographiques, elle ne chanterait finalement que Morgana dans l’intégrale d’Alcina prévue avec McCreesh. Auparavant sera sans doute sorti le Tolomeo de Haendel dirigé par Curtis où elle chante Seleuce avec Ann Hallenberg.


Complément : comptes rendus de concerts

Scylla & Glaucus de Leclair (septembre 2005)
Tolomeo de Haendel (mai 2008)
Concert Vivaldi (mars 2009)


Discographie de Karina GAUVIN
 mise à jour le 2 avril 2009

¶ J.S. BACH, Petit livre d'Anna Magdalena Bach, avec L. Beauséjour (clavecin) (Analekta, 1996)

¶ J.S. BACH, Cantate 82 et Psaume 51 [= adaptation du Stabat Mater de Pergolèse], avec D. Taylor (alto), dir. B. Labadie (Atma, 2005)

¶ BARBER, Knoxville : Summer of 1915 (cycle de mélodies avec orchestre), avec le Royal Scottish National Orchestra, dir. M. Alsop (Naxos, 2002)

 ¶ BEETHOVEN, Musique de scène pour l'Egmont de Goethe, dir. J. Rescigno (Analekta, 1996) : les deux airs de Klärchen.

¶ BOISMORTIER, L’Hiver, cantate ; CLÉRAMBAULT, Orphée, cantate; avec l'ens. Les Boréades, dir. Fr. Colpron (Atma, 2005)

¶ CANTELOUBE, Chants d'Auvergne, dir. R. Armenian (CBC, 2002)

¶ CONRADI, Die schöne und getreue Ariadne (Hambourg, 1691), dir. St. Stubbs (CPO) : rôle d'Ariane

¶ HAENDEL, Airs extraits d'Alcina et d'Agrippina, avec l'orch. Tafelmusik, dir. J. Lamon (Analekta, 1999) :
 « Di, cor mio » (Alcina); « Tornami a vagheggiar » (Morgana) ; « Barbara ! » (Oberto); « Ombre pallide » (Alcina) ; « Mi restano le lagrime » (Alcina) ; « Non ho cor che per amarti » (Agrippina) ; « Ogni vento » (Agrippina) ; « Vaghe perle » (Poppea) ; « Se giunge un dispetto » (Poppea).

¶ HAENDEL : Silete venti, motet ; Apollo e Dafne, avec Russel Braun (Apollo), Les Violons du Roy, dir. B. Labadie (Dorian, 2000)

¶ HAENDEL, Oratorio arias & dramatic scenes, avec l'orch. Tempo Rubato, dir. A. Weimann (Atma, 2008) :
« Let the bright seraphim » (Samson), « Lascia ch'io pianga » (Rinaldo), « Rejoice greatly » (Messiah), « Ah ! think what ills » (Hercules), « Where'er you walk » (Semele), « O take me from this hateful light » (Alexander Balus), « Oh sleep ! » (Semele), « Waft her, angels » (Jephtha), « Through the land » (Athalia), « Hence, Iris, hence away » (Semele), « Sweet bird » (L'Allegro), « Will the sun forget to streak » (Solomon), « I know that my Redeemer liveth » (Messiah).

¶ HAENDEL, Tolomeo , dir. A. Curtis (Archiv, 2008)
: rôle de Seleuce

¶ HAENDEL, Alcina , dir. A. Curtis (Archiv, 2009)
: rôle de Morgana

¶ HAENDEL, Ezio , dir. A. Curtis (Archiv, 2009)
: rôle de Fulvia

¶ HAENDEL, Le Messie, révision de MOZART, dir. A. Parrot (Arabesque, 2000)

¶ HAENDEL, Tolomeo, dir. Curtis (Archiv, à paraître)

¶ LULLY, Psyché, tragédie en musique (rôle de Vénus), dir. Stubbs (CPO, 2007)

¶ MAHLER, Symphonie n° 4, dir. Y. Nézet-Séguin (ATMA)

¶ MOZART, Requiem (rév. Levin), dir. Labadie, avec Lemieux (Dorian, 2003)

¶ MOZART & SCHUBERT, Motets, dir. B. Labadie (CBC, 2001) :
 MOZART : Exsultate jubilate, Kommt her, ihr frechen Sünder, Ergo interest, Quaere superna ;
 SCHUBERT : Salve Regina D. 676, Totus in corde langueo D. 136.

¶ PURCELL : récital avec l’ens. Les Boréades, dir. Fr. Colpron (Atma, 2006) :
« Now the night » (The Fairy Queen), « If Love's a sweet passion » (The Fairy Queen), « Fairest Isle » (King Arthur), « Strike the Viol » (Ode pour l’anniversaire de la Reine Mary), « See, even Night herself is here » (The Fairy Queen), « When I am laid » (Dido and Æneas), An Evening Hymn, « Music for a While » (Œdipus), « Hither this way » (King Arthur), « Shepherd, shepherd » (King Arthur), « One charming night » (The Fairy Queen), « How blest are the shepherds » (King Arthur), « From rosy bowers » (Don Quixote), « Hark! The echoing air » (The Fairy Queen)

¶ Alessandro SCARLATTI, Agar e Ismaele esiliati (Centaur) : rôle de Sarah.

¶ VIVALDI, Motets pour soprano, avec Les Chambristes de Ville-Marie (Analekta, 1997) :
  Sum in medio tempestatum R. 632 ; O qui coeli terraeque serenitas R. 631 ; Laudate pueri R. 600.

¶ VIVALDI, Tito Manlio, dir. Dantone (Naïve) : rôle de Manlio.

¶ Récital Fête galante, avec M.-A. Hamelin (piano) (Radio Canada, 1999) :
 POULENC, Reine des mouettes, C'est ainsi que tu es, Paganini, C., Fêtes galantes, Le présent, Chanson,  Hier ; DEBUSSY, Fêtes galantes, Trois chansons de Biliti ; HONNEGER, Salluste du Bartas ; FAURÉ, Mandoline, Clair de lune, Aurore, En sourdin ; RAVEL, Cinq mélodies populaires grecques ; VUILLERMOZ, Chansons populaires françaises et canadiennes.

Images de Noël , avec Michael McMahon au piano (CBC, 2001)
Chants traditionnels, mélodies et lieder (en particulier de Britten, Debussy, Poulenc, Wolf, Cornelius)


Par Bajazet - Publié dans : Artistes
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Commentaires

Parmi les dates de la tournée Purcell en février :
le 8 à Cherbourg, le 12 à Paris (Gaveau), le 18 au Creusot (L'Arc).
Commentaire n°1 posté par Bajazet le 28/01/2007 à 17h11
Ah bon ?  Moins connue que Lemieux ? 

Pourtant, qu'est-ce que j'ai entendu parler d'elle, par rapport à Lemieux, et toujours en termes bien plus élogieux - si bien que ma découverte de Lemieux a été assez stupéfaite et ébahie (je n'en avais jamais entendu parler).

Pas mal, le programme du récital français, ça vaut quoi ?  ("Mieux que Lemieux" n'est pas une lapalissade acceptée.)
Commentaire n°2 posté par DavidLeMarrec le 28/01/2007 à 17h23
Hors du Canada, Gauvin est connue des gens qui écoutent de l'opéra baroque, et encore…
Lemieux a pour elle d'avoir un ancrage discographique plus visible (dont l'Orlando avec Spinosi), de s'être produite souvent en France à la scène, et consécration suprême, d'être passée aux Victoires de la musique sous les vivats de Frédéric Lodéon.

Alors que Gauvin, à part 3 apparitions au festival de Beaune, a dû se contenter d'un Gaveau et d'un Radio France en 10 ans (sauf erreur).

Bref, je suis certain que si tu faisais un sondage sur certains forums, le nom de Lemieux dirait quelque chose à beaucoup pour qui celui de Gauvin n'évoque rien du tout.
Commentaire n°3 posté par Bajazet le 28/01/2007 à 17h36
P.S. J'ai un souvenir très flou du disque de mélodies françaises (pas vraiment mon rayon…) et comme je ne l'ai pas retrouvé, j'ai dû le prêter (mais à qui ?)
Commentaire n°4 posté par Bajazet le 28/01/2007 à 18h55
Lemieux, ok, depuis les Victoires. Mais auparavant ? J'avais précisément vécu, je crois bien, la chose inverse, de gens qui parlaient de Gauvin et ne connaissaient pas Lemieux. Ca ne prouve rien, je suis d'accord.



Tout ce que je peux te dire, c'est que ce disque de mélodies françaises, ce n'est pas à moi que tu l'as prêté. (dommage, tu l'aurais retrouvé, du coup)
Commentaire n°5 posté par DavidLeMarrec le 28/01/2007 à 19h43
C’est vrai que la nouvelle intégrale d’Alcina sera sous la baguette de McCreesh ? Moi j’avais entendu que c’est Curtis, mais McCreesh est l’un des chefs d’orchestre sous contrat chez DG.
Commentaire n°6 posté par Lurcanio le 28/01/2007 à 19h44
Il me semble bien que c'est McCreesh (qui l'avait dirigée à Beaune) mais je confonds peut-être. Il faut voir sur le blog de Licida, où l'information est plus sûre.
Commentaire n°7 posté par Bajazet le 28/01/2007 à 19h48
C'est effectivement Mc Creesh qui avait dirigé Karina à Beaune il y a deux ans, avec aussi Daniel Taylor, j'avais moins aimé la direction de Mc Creesh, par contre l'année précédente à Beaune toujours, Karina avait donné un Tito Manlio d'antologie avec les mêmes interprètres que le Cd d'ailleurs paru quelques temps aprés......et dirigé il est vrai par Ottavio Dantone.
Commentaire n°8 posté par Jean-Baptste le 12/10/2007 à 17h42
Gauvin chantera Seleuce dans Tolomeo à Paris le 4 avril prochain, avec Hallenberg et Bonitatibus sous la direction de Curtis (l'intégrale sera alors sortie en France). Dans quelques mois sera publiée l'Alcina de Curtis où elle chante Morgana, avec Di Donato et Beaumont. À plus longue échéance doivent suivre, toujours avec Curtis, Ezio de Haendel (rôle de Fulvia) et Agrippina (rôle de Poppée).
Commentaire n°9 posté par Bajazet le 08/03/2008 à 15h49
Nouveauté chez CPO : la Psyché de Lully, issue du Festival de Boston, à qui on devait déjà la résurrection scénique de Thésée. Karina Gauvin chante la jalouse Vénus, Carolyn Sampson le rôle-titre. http://www.jpc.de/jpcng/cpo/detail/-/hnum/8171766?rk=classic&rsk=hitlist Il s'agit de la tragédie lyrique sur un livret de Thomas Corneille, postérieure à la "tragédie-ballet" de Molière-Quinault-Corneille, pièce parlée dans laquelle s'inséraient des séquences musicales de Lully.
Commentaire n°10 posté par Bajazet le 25/05/2008 à 22h24

Un sondage rigoureux effectué auprès de 2 personnes, non autochtones mais canadiennes depuis une quarantaine d’années et ne s’intéressant pas du tout à l’opéra ni au classique en général, montre que Marie-Nicole Lemieux est connue au Canada francophone d’un très large public et est même considérée comme LA grande chanteuse lyrique canadienne (d’ailleurs, ils sont incapables d’en citer une autre). Sa popularité vient du fait qu’elle est assez présente dans les media et a participé à des émissions grand public. Elle semble bénéficier d’un grand capital sympathie, avec un léger bémol toutefois : on lui reproche depuis quelque temps de négliger son pays au profit de l’Europe et « de se la péter un peu depuis qu’elle fait carrière en France. » A Paris, je ceci ; à Paris, je cela ; ça énerve un peu là-bas. Le nom de Karina Gauvin ne leur dit absolument rien, pas plus que sa photo d’ailleurs.

Voilà, c’était le résultat d’une enquête exclusive pour le Bajablog effectuée dans la vraie vie des vrais gens.

Commentaire n°11 posté par Caroline le 10/11/2009 à 11h12
Merci Caroline, vous pouvez rendre l'antenne et me servir mon gratin de caribou.

Hein ?


Commentaire n°12 posté par Bajazet le 10/11/2009 à 15h51
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