Vendredi 26 janvier 2007
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Jennifer Smith, ou la voix solitaire
Elle est née à Lisbonne en 1945, de parents britanniques certes. Elle a expliqué un jour que son père exigeait de ses enfants
qu’ils parlassent à table dans une langue étrangère, variable selon les jours. La jeune Jennifer, si je ne m’abuse, a étudié au lycée français de Lisbonne. C’est à ma connaissance une des
dictions françaises les plus exemplaires, à la fois exacte et sensible, ce dont témoignent par dessus tout son Alcyone de Marais (un monument !) et des
Nuits d’été méconnues avec Mackerras (enregistrées sur le vif). Ce qui est aussi certain, c’est qu’une attention précoce aux langues a sans doute fondé
son sens incomparable du texte, de l’éloquence du texte, pour en faire une interprète exceptionnelle du répertoire baroque.
Ses premiers disques, sauf erreur, ont été réalisés dans les années 70 pour Erato, avec Corboz (impatronisé à la Fondation
Gulbenkian de Lisbonne, justement) ou Paillard (Indes galantes et motets de Lully). Sa réputation est d’abord celle d’une grande chanteuse d’oratorio,
spécialisée dans le baroque, jusqu’à une date récente. Ainsi, elle a chanté en 1998 le rôle-titre de l’Artaserse du Barcelonais Terradellas sous la
direction de Rousset. Mais il convient de rappeler sa carrière à la scène, au service d’un répertoire diversifié.
Débuts à Lisbonne dans la Voix du Ciel de Don Carlo, avec Boris Christoff en Philippe II. Par la suite, elle s’est illustrée dans les grands Rameau : Télaïre avec le Bach English Festival Orchestra (fixée par le disque), Alphise dans la création
aixoise des Boréades, Diane dans Hippolyte et Aricie toujours à Aix (elle était souveraine, entre majesté et
second degré), et plus tard une Folie de Platée qui anéantit tout simplement la concurrence (et à laquelle Delunsch, très manifestement, doit beaucoup de
l’inspiration de sa composition).
Mais sait-on qu’elle a chanté à la fois la Comtesse des Noces, Elettra (en concert à
Lisbonne) et une Reine de la Nuit qui, selon plusieurs témoignages, était sidérante (du reste son enregistrement de Platée atteste les ressources de son
suraigu) ? Minkowski, qui la vénère, lui avait aussi offert Marcellina dans ses Noces à Aix : une composition comique de premier ordre... au moment même
où elle chantait à Strasbourg une Ellen Offord bouleversante dans Peter Grimes. Remplaçant Martine Dupuy en 1992, elle a chanté à Paris (TCE) une
Iphigénie en Tauride inoubliable, peu après que Minkowski l’ait dirigée à Londres dans l’Alceste de
Gluck.
Là réside sans doute une composante essentielle de sa personnalité artistique : exceller à la fois dans le comique drôlatique
(la Folie, la Diane d’Offenbach mais aussi le gamin des Trétaux de Maître Pierre de Falla) et dans l’élégiaque (ses Purcell en témoignent à eux seuls),
jusqu’au tragique le plus pur (Alcyone au sommet). Le dénominateur commun serait justement la poésie. Jennifer Smith est une chanteuse poétique par excellence, avec dans la voix ce quelque chose d’étrange qui la distingue.
Et avec un tempérament théâtral rare. Villégier, qui avait travaillé avec elle dans Le
Couronnement de Poppée à Nancy, seul opéra jamais dirigé à la scène par Gustav Leonhardt (elle faisait Drusilla), avait fait de sa participation à Atys une condition de son travail : elle alternait en Cybèle avec Guillemette Laurens, et je dois dire, pour avoir vu les deux, que Smith parvenait à une intensité
tragique sans comparaison, plus inquiétante, plus impérieuse, et quelle élocution ! Le tout avec une économie sidérante du geste (scénique ou vocal). Ce génie de l’économie, cette aptitude qui
est la sienne à marier la pudeur au relief expressif la prédestinait à exceller dans la tragédie lyrique française.
On pourrait aussi hasarder, sans faire de la psychologie à deux sous, que c’est une forme de mélancolie qui constitue
peut-être le fonds commun de ce génie comique et de cette dignité tragique. Du reste, cette voix semble aussi à l’aise dans les mouvements pathétiques que dans une dimension contemplative
toujours habitée d’une merveilleuse tension expressive. Le timbre ne séduit pas forcément, on peut le trouver froid ou métallique, et il n’étale pas de velours, mais cette voix me
captive.
En fait j’y entends d’abord une expression plus qu’une matière purement vocale, même si j’apprécie que cet organe apparemment
vulnérable révèle des ressources d’énergie insoupçonnées ; dans l'opéra français du XVIIIe siècle, cela fait merveille, par exemple dans le récitatif d’Alphise devant Adamas, « Ministre saint, le
trouble, l’épouvante ». Sur le vif (et dans ses meilleurs disques) la voix de Jennifer Smith semble entourée d’un halo de mystère, phénomène sonore tout à fait singulier.
La résonance profondément humaine et fragile de son chant, à la fois méditatif, élégant et inquiet, de son chant en ferait presque oublier la maîtrise superlative de
l’instrument : elle me fait un peu penser à Grümmer de ce point de vue, toutes choses égales bien sûr. À la fois évanescente (mais jamais floue) et intense (mais jamais extérieure, quoique
capable d’étincelles dans la comédie), et d’une expressivité très particulière où il entre quelque chose que faute de mieux je qualifierai de spirituel. Le timbre s’est sans doute terni ces
dernières années, mais la poésie dont rayonne la voix semble inaltérable, comme cette dimension d’intériorité qui fait d’elle une des plus admirables voix de la solitude et du
secret.
J’ai plusieurs souvenirs d’elle en concert particulièrement forts. D’abord, le Plaisir dans Il Trionfo del Tempo de Haendel (Paris 1988, à l’Église Notre-Dame-du-Travail, c’était la première fois que j’entendais Minkowski d’ailleurs), et je crains qu’elle
m’ait gâché l’oreille pour les autres dans cette partie (Bartoli a plus d’éclat et de couleurs, mais n’a pas cette étrangeté ni cet sorte d'effroi). Puis Theodora de Haendel (à Lourdes !), avec Minkowski toujours et Gérard Lesne : malgré une acoustique aussi atroce que le style de la basilique, je ne suis pas près
d’oublier ce qu’elle faisait dans la scène de la prison. Plus tard, à Beaune, elle chantait Marie dans La Resurrezzione et ouvrait les ailes de la nuit et
du mystère dans son premier air, jusqu'à un ultime récitatif stupéfiant (« Tu non mi puoi toccar ! »).
Enfin, il y a 4 ans environ, au Festival de Cordes-sur-Ciel (dans le Tarn), en hommage à Olivier Greif disparu, elle
reprenait l’imposant cycle de mélodies qu’elle a créé et enregistré, sur des poèmes anglais des XVIIe et XVIIIe siècles, Chants de l’âme. Ce fut ce qui
s’appelle une expérience. Toujours ce halo de mystère, et cette charge spirituelle d'un chant qui est plus que du chant. Dans ce même concert, elle chantait le tout simple « The Salley Gardens »,
air irlandais arrangé par Britten : le temps s’arrêtait, et on se trouvait ému sans bien savoir pourquoi.
C’est ainsi, à mon sens, une des plus grandes interprètes des dernières décennies, et aussi dans la mélodie justement. On a
relativement peu de témoignages d’elle dans ce répertoire, et c’est dommage, si j’en juge par des Brahms et des Wesendonck que j’ai entendus par elle
(génie de la mélancolie, toujours). Son disque des Nuits d’été live est à entendre absolument (il a été hélas très mal distribué et tôt supprimé). Parmi
ses récents enregistrements, des Fauré dans l’intégrale Hyperion en cours : c’est à elle que reviennent Mélisande's Song, La Chanson d’Ève et Le Jardin clos, et elle y est fascinante.
Et maintenant, attendons son grand retour dans Rameau avec Phébé dans le Castor et
Pollux de Gardiner, pour elle qui fut inoubliable en Télaïre dans la version de 1754 : privée donc du trio des Enfers mais dotée d’un nouvel air, « Éclatez, mes justes regrets ».
DISCOGRAPHIE DE JENNIFER SMITH
(j’indique les priorités par des astériques)
On peut entendre des extraits de ses Fauré à l’adresse suivante :
http://www.hyperion-records.co.uk/artist_page.asp?name=jsmith
1) OPÉRA ET ORATORIO
ARNE, Alfred (Eltruda, Edith), dir. McGegan (DHM)
BACH, Cantate de la chasse, dir. R. King (Hyperion)
**CARISSIMI, Jephté (la Fille de Jephté), dir. Corboz (Erato)
CHOSTAKOVITCH, Le Nez, dir. Jordan (Cascavelle)
COLLIN DE BLAMONT, Didon, dir. Minkowski (Cantates françaises, Archiv)
*FALLA, Les Trétaux de Maître Pierre (le Truchement), dir. Rattle (Decca)
HAENDEL, Amadigi (Oriana), dir. Minkowski (Erato)
*HAENDEL, L’Allegro, il penseroso ed il Moderato, dir. Gardiner (Erato)
**HAENDEL, Il Trionfo del Tempo (Piacere), dir. Minkowski (Archiv)
**HAENDEL, La Resurrezzione (Maria), dir. Minkowski (Archiv)
**HAENDEL, Hercules (Iole), dir. Gardiner (Archiv)
*HAENDEL, Ottone (Gismonda), dir. King (Hyperion)
HAENDEL, Serse (Romilda), dir. McGegan (Conifer)
HAENDEL, Messiah, dir. Malgoire (CBS, rééd. Sony)
*HAENDEL, Motet « Silete venti » (+ « Cecilia, volgi un sguardo »), dir. Pinnock (Archiv)
LULLY, Phaéton (Théone), dir. Minkowski (Erato)
**MARAIS, Alcyone (rôle-titre), dir. Minkowski (Erato)
MONDONVILLE, Titon et l’Aurore (Palès), dir. Minkowski (Erato)
MONTEVERDI, L’Orfeo (Proserpina), dir. Medlam (Virgin)
MOZART, Davide penitente (2nd soprano), dir. Devos (Erato)
*OFFENBACH, Orphée aux Enfers (Diane), dir. Minkowski (EMI)
*PURCELL, The Fairy Queen, dir. Gardiner (Archiv)
PURCELL, King Arthur, dir. Gardiner (Archiv)
*PURCELL, The Indian Queen, dir. Gardiner (Erato) : écouter le Song « They tell us »
PURCELL, The Tempest, dir. Gardiner (Erato)
PURCELL, Ode à sainte Cécile, dir. Gardiner (Erato)
PURCELL, Odes « Come, ye, sons of art », « Welcome to all the Pleasures », dir. Pinnock (Archiv)
RAMEAU, Les Indes galantes (l’Amour, Fatime, Phani, Zima), dir. Paillard (Erato)
**RAMEAU, Castor et Pollux, version de 1754 (Télaïre), dir. Farncombe (Erato)
RAMEAU, Naïs, dir. McGegan (Erato) : elle chante à peine :-(
**RAMEAU, Les Boréades (Alphise), dir. Gardiner (Erato)
**RAMEAU, Platée (la Folie), dir. Minkowski (Erato)
STRAVINSKI, Pulcinella, dir. Rattle (EMI)
*STÜCK, Héraclite et Démocrite, dir. Minkowski (Cantates françaises, Archiv)
VERDI, Rigoletto (la comtesse Ceprano), dir. Rudel (EMI)
2) MUSIQUE LITURGIQUE
BACH, Messe en si & Magnificat, dir. Corboz (Erato)
BACH, Messe en si, dir. Brüggen (Philips)
BONTEMPO, Requiem, dir. Corboz (Virgin)
BURGON, Requiem, dir. Hickox (Decca)
CHARPENTIER, Messe des trépassés, dir. Corboz (Erato)
*CHARPENTIER, Miserere des jésuites, dir. Corboz (Erato, non réédité en CD)
HAYDN, Missa Cellensis, dir. Guest (Decca)
LULLY, Te Deum & Dies irae, dir. Paillard (Erato)
MONTEVERDI, Vêpres de la Vierge, dir. Corboz (Erato)
*MOZART, Motets et offertoires, dir. Peire (Forlane) :
« Veni, Sancte Spiritu » K. 47
« Exsultate, jubilate » K. 165
« Sub tuum praesidium » K. 198
« Regina cœli » K. 276
MOZART, Requiem, dir. Atzmon, avec Watts,
Partridge et Dean (Carlton)
VIVALDI, Gloria & Magnificat, dir. Corboz (Erato)
VIVALDI, Dixit Dominus & Beatus vir, dir. Cleobury (Decca)
VIVALDI, Gloria à 3 voix, dir. Pinnock (Archiv)
3) MADRIGAUX ET MÉLODIES
**BERLIOZ, Les Nuits d’été & Le Jeune pâtre breton, dir. Mackerras (BBC)
*FAURÉ, Intégrale des mélodies, Gr. Johnson (Hyperion, 4 vol. parus) :
Seule, La paix et Pleurs d’or (vol. 1),
Le Don silencieux (vol. 2),
Le Papillon et la fleur et Mélisande’s Song (vol. 4),
les cycles Le Jardin clos (vol. 2) et La Chanson d’Ève (vol. 4)
**GREIF, Chants de l’âme, avec Greif au piano (Triton)
MORLEY, The Triumphs of Oriana, avec le Pro Cantione Antiqua (Archiv)
English Madrigals (IMP)
Par Bajazet
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Parce que je n'ai jamais trouvé sa diction plus formidable que d'autres (je parlais de Kirchschlager et Kozena dans l'article d'à-côté, mais on pourrait aussi bien citer Allen, Crook, Workman...). Son français - pardon - me rappelle un peu celui, un peu crispé, de mon petit Siegmund Nimsgern. Du moins sa posture vocale en français, puisque tu auras compris que j'y trouve des différences. :-)
Le timbre, lui, est strident, parfois dur, mais ce n'est pas très grave. Eviter de se jeter sur sa Théone de Phaëton, tout de même (que tu ne recommandes pas, je vois), qui est en plus un brin gauche et affectée.
Tout cela fait que je doute que je l'aurais préférée à Guillemette Laurens en Cybèle, mais là aussi, on pourrait faire des reproches à l'envi sur le détail si l'on n'aime pas, donc position toute personnelle.
J'aime à penser que ces deux voix nous donnent un (lointain) début d'idée sur les créateurs de la tragédie lyrique, à qui on a tant pu reprocher de crier. Cette diction claire, ces aigus stridents pour Smith, ces sons à la fois denses et aux confins du hurlement chez Laurens. J'imagine toutefois que l'exécution était plus "parlée", moins musicale, mais peut-être que les vieilles cires, avec les Henri Etcheverry et autres Vanni-Marcoux m'influencent coupablement.
Ton portrait a le grand avantage de permettre de comprendre cette fascination, en grande partie apparue à la scène, et que je comprends fort bien. Notre Mireille, précisément, prend une dimension physique toute particulière, une sorte de dialogue avec le corps même du spectateur. Une dimension qu'on peut restituer en écoutant le disque, mais pas forcément deviner si on ne l'a pas vécu.
Au disque, Smith paraît cassante, bien loin de ce que tu nous révèles. Bref, une épiphanie qui prolonge la saison. :-)
Pour le Fauré, il faut tout de même préciser que la voix est très vieillie, elle sonne blanche, avec des débuts de trous. Elle prend d'ailleurs les mélodies, il me semble, dans des tonalités transposées bien bas, ce qui n'a jamais été son meilleur endroit.
Fait amusant, l'étoffe (à défaut du français plus flou) de Geraldine McGreevy, sur ces mêmes disques, n'est pas sans rappeler le timbre de jeunesse de Jennifer.
Tout à fait d'accord avec toi pour la parenté étonnante dans la Folie : il y a fort à parier que Delunsch ait abondamment écouté ce disque, peut-être même avant de savoir qu'elle serait destinée à reprendre le flambeau.
Merci encore !
Que Delunsch ait beaucoup écouté la Folie inquiétante de Smith, c'est évident, et on peut même dire que cela relève du mimétisme à certains moments. Cependant, Smith est d'une précision musicale et d'un raffinement que Delunsch était loin d'avoir dans cette partie (la composition théâtrale compensait fortement un certain nombre d'approximations).
Aigus stridents, oui. Mais il y a différentes qualités de stridence (je ne plaisante pas) et vous savez combien j'aime à écouter Felicity Palmer dans l'Armide de Gluck. En tout cas votre remarque sur les créateurs de la tragédie lyrique est très suggestive.
Cela étant, Smith est capable aussi d'aigus piano impalpables, nimbés, délicats : c'est une madrigaliste, quand même ! Je supplie le public qui ne la connaît pas de ne pas imaginer une Silja baroqueuse. Cet art d'alléger la voix me rappelle Yakar par certains aspects.
Quant au vieillissement de la voix dans les Fauré, il me semble que l'âge de Smith (ces disques sont tout récents) n'y est pas étranger. Mais il est vrai que j'ai souvent entendu des réticences à l'égard de sa Marie dans La Resurrezzione (voix fatiguée, stridente, etc.) alors que cela ne m'a aucunement gêné. Non seulement je suis sans doute habitué à ce timbre, mais je l'aime, tout simplement, et je ne dissocie pas ce timbre du frémissement poétique qui l'habite, de son esprit en quelque sorte.
Une dernière chose : Lynne Dawson peut apparaître comme l'héritière de Smith dans ses emplois de jouvencelles haendeliennes, avec Minkowski comme avec Gardiner. Mais précisément, ce que n'a pas Dawson comme sa devancière, c'est cette aptitude à la véhémence impérieuse : vous ne l'imaginez pas en Iphigénie de Tauride ou en Alceste.
Je suis moi-même étonné d'avoir été très séduit par Massis dans cette partie, étonnamment présente, et beaucoup plus sûre instrumentalement, cela va sans dire.
Felicity Palmer ne me paraît nullement stridente ! Oui, bien sûr, il y a différentes qualités de stridences, ici c'est un aigu acide, un peu dur. Pas une question de résonances de la voix qui serait poussée.
Je comprends très bien ce que tu veux dire de Smith, en rétablissant l'esprit reçu à la scène sur des disques, fussent-ils imparfaits. Ce peut expliquer pas mal de divergences en bien des cas. Sur notre cas Mireille, je ne connais guère de gens qui lui aient résisté à la scène (je parle dans des conditions décentes, pas dans des hangars). Inversement, peu de gens ont été séduit, à moins qu'ils aiment Gluck, par le seul disque.
Enfin, pour Lynne Dawson, je ne perçois guère de parenté. Comme tout est rond, propre chez elle ! Effectivement, rien d'impérieux. Sa Dido est assez gentile...
Massis était impeccable (c'est d'abord elle que j'avais vue dans la production de Pelly) mais aussi inoffensive. Très Ambroise Thomas, je dirais. Il me semble qu'une dimension du rôle lui échappe résolument.
"Felicity Palmer ne me paraît nullement stridente "
>> Ne faites pas votre rigolo, hein ? La voix de Palmer dans cet enregistrement d'Armide est objectivement terrifiante dans l'aigu. J'adore ça, mais justement, il faut tenir le choc, et il faut aimer une Armide un peu sorcière Dès "Le vainqueur de Renaud", et pour ne rien dire de "Non il n'est pas possible / De m'ôter mon amou" ou "Égalera l'amour dont j'ai brûlé pour toi". Pour le coup, on comprendrait le spectateur de la création qui aurait lancé à Rosalie Levasseur : "Assez, Madame, vous nous arrachez les oreilles !"
Dawson et Smith ont en commun ces emplois, leur britishitude et leur sensibilité disons élégiaque. Dawson a quand même laissé des témoignages marquants de son investissement émotionnel (Ariodante, Hercules, Alexander Balus, un récital de mélodies anglaises chez Hyperion) très différent du côté très "clean" qu'elle avait à ses débuts (la voix a d'ailleurs pas mal évolué). Ne surtout pas se fier à son récital de mélodies françaises, qui est vraiment raté et confit dans la mollesse.
Taratata ! J'entends par là des gens qui découvraient Rameau par ce biais, et qui ne connaissaient donc pas forcément le disque de Minko ni les représentations de la première tournée Pelly. Beaucoup de jeunes gens dans le lot, objectivement. C'est pas vrai, ce mauvais esprit !
Massis était impeccable (c'est d'abord elle que j'avais vue dans la production de Pelly) mais aussi inoffensive. Très Ambroise Thomas, je dirais. Il me semble qu'une dimension du rôle lui échappe résolument.
Tût-tût ! Ambroise Thomas vous-même ! C'est très bien, d'abord, Ambroise Thomas (enfin, pas Mignon).
Ensuite, c'était très musical, suffisamment pour s'y retrouver un peu clairement. La dimension histrionique ne me paraît pas nécessaire pour que le rôle fonctionne. Et c'est moi qui ai aimé Petibon dans les extraits d'Armide qui vous dis cela - autant dire que je parle ex cathedra.
Felicity Palmer, à présent. Non, non, j'insiste, ce n'est pas strident. Armide très sorcière, oui. Ca arrache si vous voulez, mais ne stride point.
Dawson et Smith ont en commun ces emplois, leur britishitude et leur sensibilité disons élégiaque. Dawson a quand même laissé des témoignages marquants de son investissement émotionnel (Ariodante, Hercules, Alexander Balus, un récital de mélodies anglaises chez Hyperion) très différent du côté très "clean" qu'elle avait à ses débuts (la voix a d'ailleurs pas mal évolué). Ne surtout pas se fier à son récital de mélodies françaises, qui est vraiment raté et confit dans la mollesse.
Il me semble bien avoir entendu un bout de ce truc. C'était beau comme du Fleming. Justement, ce matin j'écoutais Mandoline (chez Debussy) par Mlle Fleming. Pas si terrifiant qu'on pourrait le penser. Mais je n'ai pas osé les Fauré, en revanche.
L'autre jour, j'ai réécouté plusieurs versions du "Tristes apprêts" de Castor & Pollux. J'avais oublié à quel point Agnès Mellon chez Christie est inexistante, vidée de substance, minuscule, à peine une enfant timide, mais ce n'est même pas émouvant tellement c'est vide, vidé. Désespérant.
Après ça évidemment, Smith restaure les droits de la tragédie. Ce ton, cette majesté : là on est devant le mausolée d'un prince. Et le dosage des couleurs vocales sur le texte captive du début à la fin. J'avais oublié enfin cet effet sonore étonnant sur les tenues aiguës "Non, non", où le son meurt tout en étant tenu, comme si la voix devenait son propre écho. Étonnant !
Agnès Mellon est formidable, surtout au dernier acte il est vrai, où elle joue la coquette à merveille...
Dans Tristes apprêts, soit, on peut lui reprocher une diction un peu floue, mais à part ça, à moins de râler pour le plaisir...
Enfin, lorsqu'on loue la juvénile chanson d'Eve de la poétique ruine Smith, comment voulez-vous nous étonner avec ces provocations, ensuite ?
Nonmé.
Adieu Baja, j'ai rempli ma vengeance ;
Voyant Isole en feu, ces Palais embrasés,
Pleure à jamais les maux que ta flamme a causés.
Mais après tout, si vous en tenez pour le yaourth 0 %, j'aurais mauvaise grâce à vous en dissuader. La Télaïre de Mellon est l'inconsistance vocale personnifiée. Il est quand même sidérant que cette impression, qui était si pénible à la scène à Aix, ne soit pas corrigée en studio : mais si la technique d'enregistrement peut donner de l'ampleur à une voix artificiellement, elle ne peut pas encore donner de la substance à une voix délavée.
Curieusement, Mellon a fait un come back récemment avec un disque de cantates françaises dramatiques (Ariane, Médée, etc.). La voix a beaucoup changé, pas forcément en mal d'ailleurs ; il est étonnant en tout cas de l'entendre si véhémente (de façon plus ou moins convaincante) après avoir essuyé ces interprétations comateuses autrefois.
...
Très bien, ce n'est pas grave, on la remplacera par Monique Zanetti, je préfère encore. 8-)
Curieusement, Mellon a fait un come back récemment avec un disque de cantates françaises dramatiques (Ariane, Médée, etc.).
La voix a beaucoup changé, pas forcément en mal d'ailleurs ; il est étonnant en tout cas de l'entendre si véhémente (de façon plus ou moins convaincante) après avoir essuyé ces interprétations comateuses autrefois.
On ne la sent pas très à l'aise avec la fureur, mais c'est là de la très belle musique, et, même si l'aigu s'est un peu durci, la voix n'a pas beaucoup bougé. Son ensemble Barcarolle fait de très belles choses, je trouve.
Vraiment, même si tes griefs ne m'étonnent pas trop, c'est la première fois que je lis du mal de Mellon... ça surprend.
>> Et c'est moi qui vis dans une île déserte Mais vous tombez de la lune, ou quoi ?
Pour les désenvoûtements, c'est quand vous voulez.
Généralement, nos cérémonies se déroulent au son de l'intégrale Daneman, tout se passera bien.
« L'orchestre tient dans une boîte d'allumettes, les violons détonnent et le chef ne parvient pas à imprimer au récit un mouvement. Mais ces textures limpides coulent de source, une telle innocence a quelque chose de touchant, d'intemporel, et les solistes réservent, trois décennies plus tard, de sacrées surprises. Cet art du mot chez Smith, cette assurance chez Cold, cette ardeur juvénile chez Hill… » (I. Alexandre dans le dernier Diapason).