Samedi 13 janvier 2007
6
13
01
2007
01:09
Mozart 22
Airs et scènes de Mozart
Archives du Festival de Salzbourg (1951-2003)
Salzburger Festspieldokumente 2006, 2 CD
En marge de l’édition des DVD « M22 », le Festival de Salzbourg a publié un double CD regroupant des extraits de chacune des œuvres lyriques de Mozart, empruntés à son fonds d’archives.
Bastien et Bastienne (dir. Hager, 1969)
Ouverture et air d’entrée de Bastienne, par I. Cotrubas
Apollo & Hyacinthus (dir. Hager, 1981)
Duo Melia/Œbalus, par A. Auger et A. Rolfe-Johnson
Die Schuldigkeit des ersten Gebotes (dir. Sawallisch, 1978)
Air de l’Esprit du Monde « Schildre einen Philosophen », par Lilian Sukis (?)
La plaquette annonce Margaret Price, mais c’est faux !
La Finta semplice (dir. Conz, 1960)
Air de Ninetta « Ich wünsch’ mir einen Mann », par E. Mathis
Mitridate (dir. Hager, 1971)
Récitatif et duo Aspasia/Sifare, par E. Moser et A. Auger
Ascanio in Alba (dir. Hager, 1967)
Trio Silvia/Ascanio/Aceste, par E. Gabry, G. Jahn, W. Krenn
Lucio Silla (dir. Cambreling, 1993)
Récitatif accompagné de Cecilio, chœur et invocation funèbre de Giunia,
par S. Graham et L. Orgonasova
La Betulia liberata (dir. Auguin, 1991)
Air de Giuditta « Del pari infeconda », par V. Kasarova
Il Sogno di Scipione (dir. Paumgartner, 1967)
Licenza « Ah, perchè cercar degg’io », par T. Stich-Randall
Il Re pastore (dir. Paumgartner, 1958)
Air d’Aminta « Aer tranquillo », par R. Streich
La Finta giardiniera (dir. Paumgartner, 1959)
Duo final Sandrina/Belfiore, par P. Alarie et L. Simoneau
Zaïde (dir. Wimberger, 1983)
Air d’Osmin « Wer hungrig », par R. Holl
Idomeneo (dir. Fricsay, 1961)
Ouverture
L’Enlèvement au sérail :
¶ dir. Kertesz, 1961
Air de Belmonte « Konstanze, dich wiederzusehen », par Fr. Wunderlich
¶ dir. Bolton, 2003
Air de Blondchen « Welche Wonne, welche Lust », par D. Damrau
Les Noces de Figaro (dir. Böhm, 1957)
Duo Susanna/Almaviva et air d’Almaviva, par I. Seefried et D. Fischer-Dieskau
Don Giovanni :
¶ dir. Mitropoulos, 1956
Duo « La ci darem la mano », par C. Siepi et R. Streich
¶ dir. Karajan, 1970
Trio du cimetière, par G. Evans, N. Ghiaurov, V. von Halem
Così fan tutte :
¶ dir. Böhm, 1958
Récitatif et duo « Prendero quel brunettino », par E. Schwarzkopf et Chr. Ludwig
¶ dir. Muti, 1982
Finale de l’acte I, par M. Marshall (et non Janowitz comme indiqué !), Baltsa, Battle, Araiza, Morris, Van Dam
Der Schauspieldirektor (dir. Hager, 1976)
Trio de la dispute, par Kr. Laki, E. Gruberova, Th. Moser
L’Oca del Cairo (dir. Paumgartner, 1956)
Ensemble final, par E. Brink, K. Küster, D. Protero, G. Maran, E. Zurek, W. Raninger
Lo Sposo deluso (dir. Wimberger, 1975)
Quatuor, par B. Cossak, E. Büchner, W. Bellon, I. Gati
La Clemenza di Tito (dir. Muti, 1988)
Duo Sesto/Vitellia et air de Vitellia (acte I), par D. Ziegler et C. Vaness
La Flûte enchantée :
¶ dir. Levine, 1980
Duo Pamina/Papageno, par I. Cotrubas et Chr. Boesch
¶ dir. Furtwängler, 1951
Finale de l’acte II, avec J. Greindl
L’ensemble est bien sûr inégal, et d’abord à cause d’un choix déconcertant parfois, soit parce que l’extrait choisi est loin d’être le plus intéressant de l’œuvre (Bastien, Ascanio, La Finta semplice, Zaide, Scipione) soit parce que l’enregistrement live était déjà bien connu (les 2 Muti), soit pour les deux : la plus parfaite banalité semble avoir dicté ainsi le choix des extraits de Don Giovanni ou de La Flûte.
Par ailleurs, il y a au moins deux erreurs d’identification : ce n’est pas Margaret Price (hélas !) qu’on entend chanter l’Esprit du Monde, mais me semble-t-il Lilian Sukis (le timbre est ce qu’il est, mais l’interprète est une fois de plus engagée et intéressante), et c’est bien Marshall et non pas Janowitz qui chante Fiordiligi dans le finale du I.
On est évidemment heureux de retrouver Fricsay dans Idomeneo (ce live est supprimé chez DG depuis assez longtemps, malheureusement), la Vitellia grand genre (mais aussi d'expression très générique) de Carol Vaness ou le sublime duo de Melia et Œbalus par Auger et Rolfe-Johnson, encore plus émouvants que dans la version studio. Le grand duo de Mitridate était déjà connu par le live publié par Opera d’oro, mais ici le son est meilleur (et confirme que Moser n’est pas toujours précise) et surtout il n’y a pas la bavure de montage dont pâtit l’intégrale.
Le plus intéressant réside bien sûr dans les inédits. Certains néanmoins alignent de parfaits inconnus, plus consciencieux que remarquables (L’Oie du Caire… la musique est cependant charmante autant que rare), ou bien de second rayon (Ascanio) ou les deux (Lo Sposo deluso pour son superbe quatuor, hélas donné sans grâce ni caractère, et avec l'atroce ténor Bellon).
Les grands noms, du reste, ne sont pas forcément à leur avantage. Kasarova est gênée par la tessiture grave et par la vocalisation de Giuditta (ici trop hachée), mais le caractère est séduisant. La pauvre pâtit, il est vrai, l’affreuse direction de Ph. Auguin, toute en martellement scolaire et dépourvue de ligne. Susan Graham en 1993 n’avait pas trouvé les clés de l’expression de Cecilio (Seigneur, que c’est plat !).
La Stich-Randall de 1967 s’attaque à la Licenza du Scipione avec son timbre adamantin, sa vélocité un peu vide et sa technique si particulière, mais elle ne maîtrise guère la justesse et se plante magistralement à la fin. On aurait voulu surexposer les limites de cette artiste qu’on n’aurait pas mieux fait… Dans le duo final de La Finta Giardiniera, Alarie se plante aussi, mais la tendresse du morceau et du couple reste délectable (surtout chez Monsieur).
Du côté des années 50, Seefried, encore assez fraîche vocalement, fait entendre une Susanna repassée au fusain et Fischer était déjà très très Dieskau dans le Comte. Comme cela sonne appuyé, mon Dieu… L’air du Comte est quand même impressionnant de nuances. Rita Streich, perceptiblement mûrie de timbre, est très poétique en Aminta, mais avec cet orchestre larvesque, elle a bien du mérite.
Enfin, réentendre en sœurs de Così Schwarzkopf et Ludwig (celle-ci avec un italien peu reluisant) ne fait pas forcément regretter l'âge d'or : je vote aussitôt pour Marshall et Baltsa ! D'un autre côté, le trio du Schauspieldirektor est d'un tel manque d'esprit et d'animation… consternant, même si les chanteurs sont très bons, excellents même, avec en tête la jeune Grubi, encore bien scolaire, mais quel aigu !
Restent quelques moments au sommet. J’ai déjà évoqué l’ouverture somptueuse d’Idomeneo par Fricsay : elle est majestueuse mais déliée, admirablement phrasée et tenue, avec un climat de mystère extraordinaire. Les duos d’Apollo et de Mitridate sont également du meilleur cru, et émouvants. À quoi il faut ajouter pour le seria l’invocation funèbre de Giunia, magnifiquement rendue par Orgonasova, avec la voix idéale du rôle.
Et bien sûr les deux extraits de L’Enlèvement. Damrau en 2003 prouvait à elle seule que la gloire du chant mozartien n’est pas révolue : même si cet air de Blondchen n’est pas ce qui la révèle le mieux, elle est magnifique. Quant au Belmonte de Wunderlich, il est d’une beauté vocale et expressive à pleurer. Inoubliable. L’intégrale existe chez Orfeo. Mais songez seulement que ce même été 1961, on pouvait entendre Wunderlich dans L’Enlèvement de Strehler, Fricsay diriger dans Idomeneo Lorengar et Grümmer, Leontyne Price en Donna Anna avec Karajan (que ne l’a-t-on retenue ici plutôt qu’un trio du cimetière vide de tout intérêt ?).
Avec ses limites, cet album, orné de quelques petites photos rares (l’Aspasia de Moser !), contient assez de perles pour qu’on le distingue, étant donné le prix ridicule auquel il est proposé : 10 euros sur jpc.de
S’il vous intéresse, ne tardez pas cependant, car il s’agit d’une publication limitée.
Par Bajazet
-
Publié dans : Enregistrements
0
-
Recommander
Derniers Commentaires