Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /2007 16:32
Hommage à Margaret Marshall
Dédicace au Cardinal

    C'est aujourd'hui son anniversaire : elle est née le 4 janvier 1949 à Stirling, en Écosse.  J'aime beaucoup cette chanteuse (j'en ai déjà souvent parlé ici), à qui je suis venu assez tardivement. Je me souviens que Segalini la descendait volontiers en la reléguant dans la catégorie honnie des « voix blanches » (!).

    Et il se trouve que je découvre aujourd'hui même la parution récente d'un disque Mozart chez Hänssler, issu des archives de la Radio Bavaroise : sous la direction de Günter Wand, elle chante dans les Litanies du Saint-Sacrement (qu'elle a gravées avec Guest en studio) mais surtout deux airs de concert de Mozart inédits, et non des moindres : le grand monologue de Fulvia « Misera, dove son ? » et le sublime « Bella mia fiamma ». Bref, je n'aurai qu'un mot : youpi.

¶ Carrière

    Après des études en Écosse, puis des cours avec Peter Pears ou Hans Hotter, Margaret Marshall se fit connaître par un premier prix retentissant au Concours International de Munich en 1974 (à 25 ans, donc).

    Sa carrière européenne prit alors son essor au concert, tout en participant dès 1974 à l’enregistrement des albums de musique sacrée de Vivaldi chez Philips sous la direction de Vittorio Negri, qui l’admirait particulièrement. De cette série de disques, réédités en coffret économique, Hoffelé et Kaminski ont pu écrire qu’elle constituait « un monument à la gloire de Margaret Marshall », et de fait son soprano lyrique et virtuose y déploie un art consommé sous divers aspects : ligne, onctuosité, phrasé, ornements, éloquence du texte, tension et ardeur expressives, sens exact du pathos. Et le timbre avait un rayonnement particulier, particulièrement bienvenu dans la musique sacrée.
 

    Avec Valentini-Terrani, elle enflamme le Stabat Mater de Pergolèse dans la version "grand genre" et (trop) romantisante d'Abbado. Son Kyrie de la Messe Nelson de Haydn (Missa in angustiis) est saisissant ; les deux messes de Haydn qu’elle a gravées à Dresde avec Marriner sont de toute façon extraordinaires. Elle a pu ainsi démontrer sa maîtrise exceptionnelle du style et de l’expression dans le répertoire du XVIIIe siècle, et il est en effet remarquable que la quasi totalité de sa discographie soit centrée sur cette période. Je connais peu d'interprètes qui dans ce répertoire s'imposent comme elle par l'autorité et le relief du texte dans le récitatif.
 
    Ses débuts sur la scène de l’opéra datent de 1978 à Florence, où Muti l’avait choisie pour incarner l’Eurydice de Gluck (un enregistrement a suivi chez EMI), avant de lui confier la Comtesse des Noces (Scala), rôle de ses débuts à Covent Garden en 1980 et à Vienne en 1988. À partir de 1982, toujours avec Muti, elle fut la Fiordiligi du Festival de Salzbourg, avec Baltsa puis Murray (son « Come scoglio » est anthologique). Un disque live est paru chez EMI, aujourd’hui complété par un DVD du spectacle. Marshall reprit le rôle de Fiordiligi plus tard à Londres avec Jeffrey Tate.

    C’est ainsi dans Mozart qu’elle s’est avant tout imposée : et on a pu l’entendre en France, au milieu des années 1990, en Konstanze (Toulouse), Lucio Cinna (Festival de Montpellier) puis Arminda (Opéra de Montpellier 1999, avec Kobie van Rensburg). La voix était devenue plus stridente dans l’aigu, et souffrait d’une justesse parfois défaillante, mais la projection, l’urgence dramatique et le panache de la vocalisation demeuraient très remarquables. Son Cinna était d’une classe extraordinaire et en scène son Arminda se caractérisait par un sens exquis de l’ironie.
    Sauf erreur, elle a abordé le rôle de Vitellia une seule fois, à Salzbourg en 1992, avec Murray, Kasarova en Annius, et le Titus du jeune Ben Heppner. Elle a aussi chanté Don Giovanni à Parme avec Gardiner, mais j’ignore si c’était pour Elvire ou Anna (la seconde me paraît plus vraisemblable)

    L’opéra des XIXe-XXe s. est notablement absent de sa carrière : une Traviata à Francfort, une Maréchale à Cologne, et c’est à peu près tout. On trouve en revanche des raretés du XVIIIe, par exemple Hypermnestre dans Les Danaïdes de Salieri (Stuttgart et Nancy). Pour plus de détails, voir ici même la notice sur Les Danaïdes (rubrique Œuvres)

    La musique sacrée de Mozart lui également permis de laisser au disque des interprétations marquantes, en particulier avec Marriner : une somptueuse Messe en ut mineur, sans doute la plus équilibrée de la discographie (avec de surcroît Felicity Palmer, fantastique dans le Kyrie et le Laudamus te) et son adaptation Davide penitente (cette fois, c’est Marshall qui chante le solo initial avec chœur). Mais elle ne s’est pas moins illustrée dans Haendel : avec Palmer toujours, dans un inoubliable Dixit Dominus sous la direction de Gardiner (le sommet absolu de la discographie de cette œuvre), dans Michal (Saul) ou Iphis (Jephtha). On n’a plus guère l’habitude aujourd’hui d’entendre dans ces œuvres des voix aussi pleines et amples, et pourtant aussi stylées. Son duo avec Janet Baker dans la Messe en si de Bach est également somptueux.
     On ne peut que regretter qu’elle ait laissé si peu de témoignages dans le lied : son disque Berg avec Parsons est admirable.

    Une chanteuse classique d’exception, et une carrière assez discrète en définitive, eu égard aux qualités de cette artiste, dont le disque conserve la mémoire rayonnante.


¶ Discographie

Les liens renvoient à des pages de ce blog où l'interprétation de Marshall est évoquée, de manière plus ou moins détaillée

1) ORATORIO
BACH (Jean-Sébastien), Messe en si, dir. Marriner (Philips, 1977), avec J. Baker, R. Tear, S. Ramey.
BACH (Jean-Sébastien), Passion selon saint Matthieu, dir. Corboz (Erato)
    ————————————, dir. Enoch zu Guttenberg (RCA)
BACH (Jean-Sébastien), Oratorio de l’Ascension BWV 11, dir. Ledger (EMI, 1980)
BACH (Jean-Chrétien), Salve Regina, dir. R. Ewerhart, dans
Sacred Music of the Late Baroque, FSM Adagio
BEETHOVEN, Messe en ut majeur op. 86, dir. Wand, live (Hänssler, 2007), avec Wulkopf, Dallapozza, Ridderbusch.
ELGAR, The Light of Life (la Mère de l’Aveugle-né), dir. Groves (EMI), avec H. Watts, R. Leggate et J. Shirley-Quirk.
ELGAR, The Kingdom (Marie), dir. Hickox (Chandos), avec F. Palmer.
GALUPPI, Motet Rapida cerva fugge,
dir. R. Ewerhart, dans Sacred Music of the Late Baroque, FSM Adagio
HAENDEL, Dixit Dominus, dir. Gardiner (Erato), avec F. Palmer.
HAENDEL, Messiah, dir. Gardiner (Philips)
HAENDEL, Jephtha (Iphis), dir. Marriner (Decca, 1979)
HAENDEL, Saul (Michal), dir. Ledger (EMI, 1979 ; rééd. Virgin)
HAYDN, La Création (Gabriel), dir. Jordan (Erato), avec E. Tappy et K. Rydl.
    ——————————, dir. Kubelik (Orfeo), avec V. Cole, G. Howell et L. Popp.
HAYDN, Missa in angustiis (Nelson-Messe), dir. Marriner (EMI)
HAYDN, Missa in tempore belli, dir. Marriner (EMI)
MAHLER, Symphonie n° 8, dir. Gielen (Sony).
MONTEVERDI, Vêpres de la Vierge, dir. Harnoncourt (Teldec, live Graz 1986), avec F. Palmer, Ph. Langridge, K. Equiluz, Th. Hampson.
MOZART, Die Schuldigkeit des ersten Gebotes K. 35 (la Miséricorde), dir. Marriner (Philips, 1988), avec A. Murray et H.P. Blochwitz.
MOZART, Exsultate, jubilate, dir. Marriner (Philips, 1987) : inclus dans le disque suivant.
MOZART, Davide penitente, dir. Marriner (Philips, 1987), avec I. Vermillion et H.P. Blochwitz.
MOZART, Messe en ut mineur K. 427, dir. Marriner (Philips, 1979), avec F. Palmer, A. Rolfe-Johnson, G. Howell.
MOZART, Litaniae de altaris venerabili sacramento K. 243, dir. Guest (Decca, 1979)
MOZART, Litaniae de altaris venerabili sacramento K. 243, dir. G. Wand, live 1982 (Hänssler, 2006)
MOZART, Vesperæ solennes de Dominica K. 321, dir. Guest (Decca, 1980)
MOZART, Messe du couronnement K. 317 & Missa solemnis K. 337, dir. Cleobury (Decca, 1983)
PERGOLÈSE, Stabat Mater, dir. Abbado (DG, 1984), avec L. Valentini-Terrani.
ROSSINI, Petite Messe solennelle (Decca), avec A. Hogdson, R. Tear et M. King.
VAUGHAN WILLIAMS, A Sea Symphony [poèmes de Walt Whitman], dir. Hickox (Virgin, 1990) avec St. Roberts.
VIVALDI, Musique sacrée, dir. V. Negri (Philips, 1974-1990) : nombreuses pièces, parmi lesquelles le Laudate pueri R. 601.


2) OPÉRA
GLUCK, Orfeo ed Euridice (Eurydice), dir. Muti (EMI, 1981), avec A. Baltsa et E. Gruberova.
HAYDN, L’Incontro improvviso (Balkis), dir. Dorati (Philips, 1979), avec L. Zoghby, D. Jones, Cl. Ahnsjö, D. Trimarchi.
MOZART, Così fan tutte (Fiordiligi), dir. Muti (EMI, live Salzburg 1982), avec A. Baltsa, K. Battle, Fr. Araiza, J. Morris, J. Van Dam.
MOZART, La Finta Giardiniera (Arminda), dir. Layer (Actes Sud, live Montpellier 1995)
MOZART, Air de concert K. 490, « Non più, tutto ascoltai — Non temer, amato bene », dir. Weikert (live Salzbourg 1983), dans Grosse Mozartsänger, vol. 5 (Orfeo, 1995).
MOZART, Airs de concert « Misera, dove son ? » et « Bella mia fiamma », dir. G. Wand (Hänssler, 2006)
SALIERI, Les Danaïdes (Hypermnestre), dir. Gelmetti (EMI, 1990), avec R. Gimenez et D. Kavrakos.
VIVALDI, Tito Manlio (Lucio), dir. Negri (Philips, 1977)

3) LIED ET MÉLODIE
BERG, 7 frühe Lieder + An Leukon ; Schließe mir die Augen beide (2 versions), avec G. Parsons (DG)
MAHLER, Lied conclusif de la Symphonie n° 4, dir. Casadesus (Forlane)

4) DVD
BACH, Matthäus-Passion, dir. Guttenberg (Arthaus), avec Hermann Prey
MOZART, Così fan tutte, dir. Muti, mise en scène Hampe (TDK), avec A. Murray, K. Battle, Fr. Araiza, J. Morris, S. Bruscantini.

Par Bajazet - Publié dans : Artistes
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