Lundi 25 décembre 2006 1 25 /12 /2006 15:13
    Pendant les fêtes, les exhumations continuent à la maison.

    J'ai ainsi remis la main sur la Messe de Noël de Jakub Jan Ryba, composée en tchèque à la fin du XVIIIe siècle et à l'allure résolument populaire. Cette musique est traditionnellement exécutée pour Noël dans l'actuelle Tchécoslovaquie. C'est charmant, ça revigore notre goût musical frelaté, et cela change de cet Oratorio de Noël de Bach tellement long qu'il faut le couper, mais chut…



    Retrouvé aussi une antique anthologie de musique sacrée publiée par la Deutsche Grammophon vers 1960, dont la pochette reprend une Nativité à la Boticelli. On écoutait ça dans ma famille autrefois, sans doute à cause de l'Allelujah de Haendel qui ouvre le programme. Rares sont les morceaux qui se réfèrent explicitement à Noël, d'ailleurs. À part le "Transeamus usque ad Bethlehem" d'un certain Josef Schnabel (1767-1831), on a une guirlande de numéros sacrés plus ou moins célèbres, par le Chœur Haendel de Berlin dirigé par Günther Arndt, avec Lisa Otto et Donald Grobe en solistes.
    Ça donne donc : les deux Ave Maria (Schubert et Gounod) par la soprane avec le chœur, l'Agnus Dei pour ténor du même Gounod (j'avais oublié cette petite horreur), "Caro mio ben" de Giordani (toujours par Grobe, qui chante ça avec beaucoup de classe, sans "faire le ténor", suivez mon regard).
    Plus du Haendel : "And the glory of the Lord" du Messie (en allemand) et un "Dank sei dir, Herr" dont j'ignore l'origine (ça sonne oratorio anglais, solennel et ému).
    Plus rare : le bouleversant Sanctus de la Messe allemande de Schubert, musique dépouillée, récueillie mais presque funèbre. Ce morceau me frappait beaucoup quand j'étais enfant, je le trouvais très triste et très beau, et en parfait décalage avec la Vierge à l'Enfant tout sourire de la couverture.
    Les deux morceaux de Mozart sont aussi marqués par un climat mystérieux, presque mélancolique. On trouve en effet l'Ave verum corpus, là aussi aux confins de la musique funèbre, et ce Laudate Dominum des Vêpres pour un confesseur, magnifiquement chanté par Lisa Otto, avec une simplicité de sentiment admirable. Quel étrange chant de louanges, décidément. Ça sonne presque comme une élégie, avec cet Amen extraordinaire de la soliste, dont la voix palpite, s'élève et s'éteint, comme un adieu.

    Et en réécoutant ces derniers morceaux, je songeais à un décor d'église du XVIIe siècle, je ne sais plus dans quel endroit, où le petit Jésus est couché non pas entre le bœuf et l'âne, mais entre les instruments du supplice de la Passion à venir, et peut-être même couché déjà sur une croix. Puisqu'après tout, c'est bien pour être sacrifié que cet enfant vient au monde. Les bergers de la crèche sont venus avec leurs agneaux, mais seul compte l'Agneau de Dieu, et l'ombre du Golgotha. Bref, Noël est peut-être une fête de joie pour les chrétiens, mais elle participe du mystère de la douleur. On ne saura pas qui a composé autrefois cette anthologie DG, mais y avoir placé le Sanctus étrange de Schubert ou ces pièces équivoques de Mozart paraît révéler un regard profond et intime sur la Nativité.
Par Bajazet - Publié dans : Enregistrements
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