Samedi 16 décembre 2006 6 16 12 2006 23:36
Diana Damrau
Récital de Salzbourg, 13 août 2005
Stefan Matthias Lademann, piano


BERG, 7 frühe Lieder
MAHLER, « Das himmlische Leben » (Des Knaben Wunderhorn)
ZEMLINSKI, Walzergesänge op. 6
WOLF, Mörike-Lieder : « Er ist’s ! », « Der Knabe und das Immlein », « Nimmersatte Liebe », « Lebe wohl », « Storchenbotschaft »
STRAUSS, Mädchenblumen op. 22 : « Kornblumen », « Mohnblumen », « Epheu »,
« Wasserrose »
STRAUSS, 2 Brentano-Lieder : « Ich wollt’ ein Sträusslein binden », « Amor »

En bis :
MAHLER, « Wer hat dies Liedlein erdacht ? » (Des Knaben Wunderhorn)
WOLF, « Auch kleine Dingen »
WOLF, « Ich hab’ in Penna »
LISZT, « Es muß ein Wunderbares sein »


    La firme munichoise Orfeo a choisi d’intégrer à sa collection d’archives du Festival de Salzbourg ce récital donné l’an passé par Diana Damrau. Il est peu fréquent d’y proposer une captation aussi récente, et sans doute le grand succès (audible) de l’artiste n’y est pas étranger.

    Surtout connue dans des emplois de soprano aigu (la Reine de la Nuit, qu’elle a décidé d’abandonner au profit de Pamina, ou Zerbinetta) et plus largement de soprano mozartien (Zaïde récemment gravée avec Harnoncourt, Blonde, plus récemment Konstanze), Damrau possède une voix exceptionnelle, rayonnante, d’une grande aisance dans l’aigu, mais aussi parée de qualités d’assise et de projection peu communes. Je ne l’ai entendue qu’une fois sur scène, en Konstanze (Vienne, mai 2006), et c’était souverain, avec ce mélange de délicatesse et d'ampleur qui caractérise cette artiste, et elle y manifestait un souci constant de l’expression et du texte (« Martern aller Arten » était pensé dramatiquement de bout en bout) qui font merveille ici, s’il est vrai que ce n’est pas a priori dans le lied post-romantique qu’on attendrait ce type de voix.

    Programme « fin de siècle » splendide, avec une rareté : le groupe des Zemlinski, composé sur une traduction allemande de chants populaires toscans, et dont le titre de « valses » est parfaitement trompeur. On a une alternance de poèmes moqueurs et de poèmes carrément tragique (le lapidaire « Ich gehe des Nachts »). C’est magnifique, et Damrau y est constamment admirable d’esprit.

    Sur l’ensemble du programme, on retrouve non seulement sa voix argentine, juvénile, épanouie, avec une projection de premier ordre, mais ce sourire perceptible dans la voix, ce don dynamique de la communication qui est une vertu si précieuse. On voit presque l’expression d’un visage à la seule écoute du disque. Tout est investi expressivement. La maîtrise vocale est extraordinaire tout du long, mais on est finalement plus frappé par la variété de l’expression, le soin permanent du relief expressif, de la nuance et de la dynamique, avec une articulation parfaite du texte, qui fait que ce chant allie la fluidité et la plus grande précision.

    Les 7 lieder de jeunesse de Berg ouvrent le récital. Ils souffrent à mon sens d’une multiplication d’accents (« so reich an Sehnsucht » par exemple) et d’un soulignement excessif du détail par rapport à la ligne. Le texte paraît parfois surarticulé, mais il faut sans doute tenir compte des conditions du concert dans une salle assez grande. En fait, si le chant est d’un raffinement bienvenu, il manque une dimension de mystère et de nostalgie.

    Le long lied de Mahler qui évoque les joies du Paradis (dernier mouvement de la 4e symphonie) convient beaucoup mieux à Damrau, qui prodigue charme et ironie, avec un ton parfaitement juste. Le pianiste n’est pas un modèle de raffinement, hélas, et on est souvent gêné par son prosaïsme, comme dans les Berg, parfois brouillons.

    Après le groupe Zemlinski, c’est de mieux en mieux. Damrau a l’intelligence de choisir des Wolf qui lui conviennent. Le merveilleux lied printanier « Er ist’s ! » est chanté comme en apesanteur mais de façon frémissante : impeccable ! « Lebe wohl », lied dépouillé entre tous, bénéficierait sans doute d’une voix plus profonde, mais Damrau en domine l’arche expressive de façon irréprochable. « Storchenbotschaft », si narratif et peu « vocal » en un sens, prouve brillamment les qualités d’un interprète du lied, et c’est le cas ici.

    Les Mädchenblumen de Strauss, si beaux (Epheu et Wasserrose en particulier) et si peu chantés en définitive, sont captivants, avec un chant dont le raffinement n’entame pas la franchise, sans la moindre préciosité. Damrau surclasse ainsi sans peine Gruberova dans ce répertoire, ce que confirment les deux Brentano-Lieder magistralement enlevés.

    En bis, un Mahler idéalement dosé, d’une ligne irrésistible. « Ich hab’ in Penna » fait office de trait brillant dans son ironie (le pianiste est à la peine dans le postlude, évidemment). Damrau connaît cependant les vertus de la discrétion : au joyau de Wolf (« Même les petites choses peuvent nous charmer »), chanté avec un sens très émouvant de la suggestion, répond le lied de Liszt, précédé d’un « Danke ! » tout simple adressé au public, et qui clôt le récital sur un registre rêveur, comme si la voix se retirait délicatement, en silence.

Du très grand art, vraiment, non seulement un chant exceptionnel mais de la générosité, et un véritable don de sympathie. Elle porte bien mal son prénom !


P.S. J'ai mis comme illustration une couverture qui n'est pas celle du disque commercialisé en France, laquelle est une photo couleur et de mauvaise qualité de DD.
Par Bajazet - Publié dans : Enregistrements
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés