Mardi 31 octobre 2006
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19:30
MOZART, Messe en ut mineur K. 427 (composée en 1783)
Reconstitution de Robert D. Levin
Enregistrement dirigé par Helmut Rilling
Gächinger Kantorei de Stuttgart
Bach-Kollegium de Stuttgart
Diana Damrau (soprano I)
Juliane Banse (soprano II)
Lothar Odinius (ténor)
Markus Marquardt (basse)
1 CD Hänssler, 2005
(enregistré live en mars 2005)
Cette Messe nous est parvenue inachevée (Kyrie & Gloria complets + 1er verset du Credo + Et incarnatus est + Sanctus/Benedictus plus ou moins restaurés). Jusqu'ici la partition était le plus souvent donnée dans l'édition de Robbins Landon (gravée pour la première fois sauf erreur par Colin Davis en 1970).
La nouvelle édition de Robert Levin relève le défi de reconstituer une Messe solennelle complète avec l'intégralité du texte liturgique. Pour ce faire, le musicologue a puisé dans diverses esquisses de Mozart entre 1781 et 1785 (Dona nobis, Crucifixus), et dans l’adaptation par Mozart de sa Messe en oratorio italien (Davide penitente, 1785).
Les parties nouvelles sont indiquées dans le sommaire ci-dessous par un astérisque.
KYRIE (soprano I solo, chœur)
GLORIA
Gloria (chœur)
Laudamus te (soprano II solo)
Gratias (chœur)
Domine Deus (duo : sopranos I et II)
Qui tollis (double chœur)
Quoniam (trio : sopranos I et II, ténor)
Cum sancto spiritu (chœur)
+ *cadence ornée confiée au trio de solistes précédent, empruntée au Davide Penitente
CREDO
Credo in unum Deum (chœur)
Et incarnatus est (soprano I solo)
*Crucifixus (chœur) = double fugue
*Et resurrexit (chœur)
*Et in Spiritum Sanctum (ténor solo) = partie rapide de l’air "Fra l’oscure" du Davide
*Et una sanctam (chœur)
*Et vitam venturi saeculi (chœur) = fugue
SANCTUS (double chœur)
BENEDICTUS (quatuor : sopranos I et II, ténor, basse + chœur)
AGNUS DEI
Agnus Dei (soprano II solo chœur)
= première partie de l’air "Fra l’oscure" du Davide
Dona nobis pacem (solistes et chœur)
= d’après deux esquisses d’un « Dona nobis » de Mozart en 1783
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La réussite est celle de l’ensemble. Rilling a beau être un peu raide par moments, et par exemple les solos de bois parfois hétérogènes (Et incarnatus est), l’œuvre est tenue d’un bout à l’autre. Lecture d’une grande rigueur rythmique, qui par exemple assure au chœur initial du Credo tout le rebond en même temps que la densité nécessaire. L’articulation des phrases musicales est nette, la musique avance mais sans aucune précipitation (le Qui tollis à double chœur est quand même un peu trop allant à mon goût). Tout se passe comme si Rilling avait assimilé les acquis philologiques, mais sans hystérie ni maniérisme. On n’évite pas toujours l’écueil de la tiédeur cependant.
Le chœur est impressionnant : rigueur musicale (qualité allemande !), clarté de l’articulation et netteté des attaques mais aussi chaleur et couleur, ferveur et engagement constant. Vraiment une grande réussite.
On peut pourtant regretter un certain manque de majesté, audible dans le Kyrie, où la combinaison d’une acoustique nette mais un peu sèche et d’un certain souci d’éviter la solennité (la soliste chante le Christe de façon très délicate) ôte quand même du poids à cette introduction.
Pour les solistes, c’est plus compliqué. Ces parties sont ardues, au moins pour les deux sopranos. Et les divers défauts qu’on pourra trouver aux interprètes de ce disque tiennent sans doute aux conditions du live, au moins pour certains. Prononciation du latin à l’allemande : vous avez intérêt à aimer les occlusives...
Le Christe eleison réclame une voix de soprano flexible, à l’aigu éclatant mais au grave sonore, capable de finesse mais aussi d’énergie (le grand saut sur l’exclamation Christe), tandis que l’Et incarnatus est exige cantabile, longueur de souffle, poésie, plénitude de l’expression, abandon et tenue tout ensemble.
Le choix de Diana Damrau était-il judicieux pour cette partie ? Cet excellent soprano, Reine de la Nuit et Konstanze fameuses, et qui a depuis laissé une magnifique Zaïde (voir ici même dans la rubrique Œuvres), ne s’y montre pas vraiment sous son meilleur jour, ce qui peut étonner. On mettra à son crédit l’élégance, la musicalité, le sourire qu’elle met perceptiblement dans l’Et incarnatus est.
Mais la voix a-t-elle assez d'étoffe pour rendre justice à la partie du soprano I ? La voix sonne plus frêle et claire que dans la Zaïde d’Harnoncourt : en 12 mois, a-t-elle pu prendre plus de densité ? Je serais enclin à le croire : il faudrait entendre le concert de Salzbourg en août dernier, puisque Damrau a chanté cette partie lors du concert anniversaire dans la Peterskirche. Dans le Christe, le grave est insuffisant mais plus étrangement l’aigu sonne sans liberté, étriqué (curieusement !).
Le raffinement mis dans l’Et incarnatus est tourne aussi un peu à vide à la longue, je trouve, d’autant que le souffle n’est pas toujours aussi confortable qu’on l’attend, que l'aigu ne s'épanouit pas forcément, et que le timbre n’est pas exempt d’acidité ; et il manque là une dimension de mystère, il est vrai difficile à rendre. Le plus décevant est finalement dans le trio et le quatuor, où sa vocalisation manque de fluidité, trahit même une légère trémulation, et des sonorités nasales parfois désagréables : défaut de la vocalisation d’ailleurs partagé par le ténor Lothar Odinius, à la virtuosité manifestement limitée (et au timbre clairet).
Du corps, la voix de Juliane Banse en a, elle : la couleur est magnifique (j’avoue avoir toujours aimé cette chanteuse), charnue, avec un engagement expressif constant (c’est une élève de Fassbaender). Mais son aigu, qui n’a jamais été particulièrement aisé chez elle, toujours un peu tendu ou crispé, se trouve ici particulièrement mis à l’épreuve. Les échanges entre les deux sopranes dans le duo Domine Deus en offrent un exemple peu concluant, d’autant que les timbres de Damrau et Banse ne se marient pas très bien, je trouve. Le résultat est assez laborieux, alors que justement on devrait avoir idéalement une interchangeabilité des deux voix dans ce passage évoquant l’union du Père et du Fils. L’Agnus Dei tourmenté est en revanche très bien servi par les qualités de Banse.
Conclusion : les solistes ne bouleverseront pas la discographie de l’œuvre. Je reste indéfectiblement attaché aux versions Philips laissées par Davis I en 1970 (Philips, très fervente et animée, avec Donath et Harper) et Marriner I en 1979 (élégance et noblesse réunies, Kyrie et Laudamus te extraordinaires de Palmer, Marshall royale mais un peu moins impliquée), et aussi à Hendricks chez Karajan. Néanmoins la réussite globale du disque de Rilling demeure, pour une reconstitution qui devrait faire date, et dont la séduction se confirme au fil des écoutes.
¶ Remarque sur l’air « Et incarnatus est ».
Sa difficulté me semble être qu’il y faut une voix point trop angélique ni petite fille (pas de McNair donc), assez charnue mais dont le chant puisse exprimer un climat de mystère, sans se borner à l’hédonisme des volutes, et sans tomber dans le piège du maniérisme (Dessay dans son disque récent sature l’air de nuances et de signaux, et on perd la simplicité). Le pire que j’aie entendu, c’était Petibon avec Christie : atroce (Diapason d’or… le critique l’avait louée d’oser chanter à la limite de la justesse, on croit rêver).
Je regrette bien sûr que Popp n’ait laissé aucun témoignage de cette Messe. Finalement, c’est peut-être Marshall qui me laisse le moins insatisfait. Mais j’aimerais connaître Auger avec Bernstein (CD et DVD chez DG).
Egalement disponible en édition jeunesse.
"Ad me omnis caro veniet."
dirigée par Rudolf Moralt mais où Teresa Stich-Randall me semble inégalée
dans la partie de soprano.
Rééditée en CD
Son interprétation de l'ET INCARNATUS EST présente ceci de remarquable qu'elle y déploie des moyens lui permettant de se jouer des difficultés évidentes de la partition, non pour attirer l'attention à soi mais pour concerter avec les instrumentistes comme avec Bernstein. Le calme dans la tendresse qu'elle y déploie n'eussent été possibles sans une conception du chant et une technique vocale littéralement extraordinaires, à l'écart de toute revendication narcissique comme de toute démonstration vulgaire de brio. L'intervention de la voix est ici conçue de telle sorte qu'elle s'y égale aux instruments, solistes ou non, qui trament avec elle ce tissu musical mozartien, lui conférant ainsi cette intensité poétique où l'incarnation nous est restituée non comme violence métaphysique ou puissance foudroyante du sublime mais, selon le vœu de la partition, comme mouvement et travail d'une douceur apaisante et réconciliatrice.
Signalons qu'un amateur a eu la généreuse initiative de rendre accessible à tous la captation vidéo de ce concert, hautement recommandable :
http://www.youtube.com/watch?v=YJJT108WZ7o
Alors je suggère cette distribution idéale pour la Messe en UT :
soprano 1 : Bigit Nilsson
soprano 2 : Christian Fliegner
Ténor Zarah Leander
Basse : Siegmund Nimsgern
Qu'en pensez-vous?