Vendredi 27 octobre 2006 5 27 /10 /2006 16:04

Christian Gerhaher :

Abendbilder. Lieder von Franz Schubert

Gerold Huber, piano

1 CD RCA « Red Seal », 2005

 

 

 

 

1. Bei dir allein, D 866/2

2. Abendbilder, D 650

3. Himmelsfunken, D 651

4. Daß sie hier gewesen, D 775

5. Drang in die Ferne, D 770

6. Am Fenster, D 878

7. Auf der Bruck, D 853

8. Des Fischers Liebesglück, D 933

9. Der Winterabend, D 938

10. Das Zügenglöcklein, D 871

11. Alinde, D 904

12. Fischerweise, D 881

13. Im Abendrot, D 799

14. Der Musensohn, D 764

15. Du bist die Ruh, D 776

16. Greisengesang, D 778

17. Willkommen und Abschied, D 767

 

 

*******************************

 

 

         Peu connu en France si on compare à la renommée de Matthias Goerne, le baryton Christian Gerhaher s’est fait connaître il y a quelques années par un enregistrement des 3 grands cycles de lieder de Schubert chez Arte Nova (toujours disponibles en un coffret pour 3 sous). Parallèlement à des études de médecine et de philosophie, il a étudié le chant à Munich auprès de Paul Kuen (célèbre interprète de Mime à Bayreuth). À partir de 1998, il a obtenu plusieurs prix en duo avec Gerold Huber, son pianiste attitré. Plus encore que Goerne, il semble se consacrer au lied et à l’oratorio (je n’ai pas trouvé trace de performance scénique de lui). Depuis peu il enregistre chez Deutsche Harmonia Mundi (de Haydn, La Création avec Röschmann et Harnoncourt, Orlando Paladino toujours avec Harnoncourt) et RCA (un précédent récital Schumann).

 

         Ce programme Schubert est, disons-le, constamment admirable, le pianiste étant lui-même parfaitement en phase avec le chanteur, extrêmement rigoureux et musical sans effets, limpide et recueilli. Le programme privilégie les lieder méditatifs (par exemple cette merveille qu'est "Der Winterabend", ce soir d'hiver dont Margaret Price a laissé un témoignage extraordinaire), et offre de vraies raretés. Beaucoup aussi de ces lieder lancinants si typiques de Schubert.

 

         Il m’est un peu difficile de caractériser la voix de Gerhaher en tant que telle. Voix plutôt légère, mais timbre intense, très prenant, juvénile et poétique mais sans rien de charmeur. En fait, ce qui m’a d’abord frappé, c’est la clarté absolue de la diction. Je ne sais même pas si j’ai déjà entendu un allemand chanté aussi net et pénétrant dans ce répertoire. La manière dont le R est roulé et varié en intensité et en durée est anthologique, la différenciation des voyelles est impeccable, mais surtout cette impression (sans prix) que le chant n’est que le prolongement de la parole. La ligne de chant est magnifique, le sens des nuances aussi qui ne sacrifie jamais l’intelligibilité du texte, mais surtout il n’y a pas la moindre trace de maniérisme (l’anti-Bostridge…) ni d’effet d’art qui jouerait sur le moelleux de la voix (je pense à Gœrne, qui donne des choses fantastiques dans la lignée de Fischer-Dieskau, mais où la voix pour ainsi dire s’offre au premier plan).

         Autrement dit, la simplicité (cette chimère du chant) semble absolue ici. Chaque lied se déploie avec une totale évidence. L’attention est constamment accrochée, sans effets, et si la voix n’a pas ces trésors de suavité qui rendent Gœrne ou Fischer-Dieskau ostensiblement sublimes – voir « Du bist die Ruh’ » par exemple, avec ses envolées piano : Gerhaher a des couleurs un peu plus crues que ses aînés, et des pianissimos plus discrets –, la présence et l’éloquence sans façons du chanteur ravissent. L’art cache parfaitement l’art, si vous préférez. On se dit même que l’esprit de cette voix, la transparence des mots à laquelle elle se plie, sont exactement ce qu’appellent ces œuvres.

         Je ne craindrai donc pas le paradoxe : la voix de Gerhaher n’a rien d’intrinsèquement frappant, sauf que son chant captive, avec un mélange de franchise et de délicatesse qui est très remarquable, lui ; d’humanité tout simplement. Le sommet du programme est peut-être cette merveille d’immobilité mélancolique qu’est « Des Fischers Liebesglück » : son caractère rêveur, suspendu, mais aussi l’impression que le chanteur s’adresse au plus intime de l’auditeur sont extrêmement émouvants. Mais tout est remarquable, avec une dominante nostalgique (programme oblige) qui permet de goûter au plus grand et au plus secret de Schubert.

        

Bref : plus que vivement recommandé !

 

 

Par Bajazet - Publié dans : Enregistrements
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Commentaires

Gerhaher chante Papageno dans le DVD de Salzbourg 2006 à paraître, avec Damrau en Reine et Kühmeier en Pamina, direction Muti. Cela dit juste pour mémoire, parce que Papageno, hein… Et puis ici c'est un blog serio !
Commentaire n°1 posté par Bajazet le 29/10/2006 à 13h17
Saaaaaaaaaalveeeeeeeee Reeeeeeeeeeeeex CLAC !

(la fenêtre d'Over-Blog coupe le commentaire en deux le Rideau tombe pendant qu'on ramasse les morceaux)

Voilà une grande nouvelle que cette ouverture ! Et il y a déjà beaucoup à commenter !

Le Sultanat de Bajazetie paraît un séjour tout à fait enchanteur ; voilà longtemps que nous attendions qu'il ouvre au public.

*****

Sur Gerhaher, heu. Je trouve ça assez fruste, tout de même, voix rugueuse, interprétation assez pesante. Willkommen und Abschied est d'une vigueur qui confine à la vulgarité (y compris pour le piano). La qualité du timbre n'est pas belle, c'est vrai, je pense souvent à Holzmair. :-)
On parle beaucoup de Gerhaher, qui raffle régulièrement les récompenses des magazines, éternelle "bonne surprise", et je dois dire que j'ai du mal à comprendre cet engouement.

Côté liedersänger dont on parle peu, je penche plutôt pour Konrad Jarnot, notamment très belle Shéhérazade avec piano, mais aussi du lied.

Pour des chanteurs à la grande simplicité, Rolfe-Johnson et Finley, malgré leur petit accent britannique, ou Varcoe, me semblent associer à cette expression directe des qualités de musicalité sans commune mesure.

*****

Papageno lui conviendrait sans doute nettement mieux.
Commentaire n°2 posté par DavidLeMarrec le 29/10/2006 à 15h48
Merci de ramasser les morceaux.

Aha, j'étais sûr que Gerhaher ferait sortir le loup du lied de son bois… J'adore Rolfe-Johnson, je ne dirais pas que la simplicité est sa vertu cardinale. En tout cas, c'est intéressant d'avoir un avis complètement divergent :-)
Mais toi qui es sensible à la diction, tu ne trouves pas la sienne fantastique ?

(Attention, si tu me dis que Baird a un allemand bien meilleur que Merbeth, je te tue. Ça se passe comme ça à Bajaland !)
Commentaire n°3 posté par Bajazet le 29/10/2006 à 15h54
J'adore Rolfe-Johnson, je ne dirais pas que la simplicité est sa vertu cardinale.

Pourtant, j'imagine qu'on pense au même disque (volume 6 chez Hyperion), et il y a une forme d'expression très directe. Oui, c'est élégant, un style très cup of tea, l'allemand n'est pas tout à fait irréprochable, mais l'interprétation cherche surtout la fidélité au texte. Pas d'analyses profondes et torturées façon Goerne, DFD ou Bostridge.
J'aime beaucoup aussi cette façon d'aborder le lied, en laissant parler Schubert, en quelque sorte. Et je suis revenu, via cette intégrale, de mon aversion pour Graham Johnson, qui est d'une rigueur et d'une probité finalement plus séduisante, à la longue, que tous ces pianistes solistes aux sonorités plus enrobées et au rubato plus inventif.


En tout cas, c'est intéressant d'avoir un avis complètement divergent :-)
Mais toi qui es sensible à la diction, tu ne trouves pas la sienne fantastique ?


Il est vrai que plus le temps passe, plus la qualité de la diction devient mon critère principal d'appréciation. Je ne peux plus du tout écouter June Anderson, donc. :-)

Oui, la diction est vraiment excellente, c'est vrai. Mais je n'adhère pas du tout aux choix d'interprétation, je trouve ça assez violent, voire brutal.
Néanmoins on a parfois des surprises, à l'usage, on peut se faire à une esthétique.

Il faut tout de même souligner que le programme, sans être le plus original du monde, sort des sentiers les plus rebattus. C'est déjà beaucoup.


(Attention, si tu me dis que Baird a un allemand bien meilleur que Merbeth, je te tue. Ça se passe comme ça à Bajaland !)

En allemand ? Je croyais que cette Frosch était chantée dans la langue ouah-ouah ?
La faute à Strauss d'abord, bien sûr, qui a écrit les lignes vocales comme s'il avait affaire à des hautbois ; mais le résultat, chez Merbeth un peu, chez Baird beaucoup beaucoup, était légèrement terrifiant. Merberth m'a fait penser à Rysanek, sans l'intelligence et le feu. Baird, plutôt à la Jones des mauvais jours, ou à la Bjoner de fin de carrière, et plutôt en pire.

Toutefois, la prise de son, comme vous l'aviez souligné avant que d'ouvrir les portes de votre Comté à la tourbe humaine, était lointaine, et on ne peut établir de comparaison fiable avec ce que pouvait donner la scène.
Commentaire n°4 posté par DavidLeMarrec le 29/10/2006 à 16h34
Une petite interview de Gerhaher, aimablement signalée par Pascal le Liedermane.

http://www.arte.tv/fr/art-musique/Maestro/Interviews/1364876.html
Commentaire n°5 posté par Bajazet le 12/01/2007 à 22h35
Vote Seigneurie m'honore ...
Commentaire n°6 posté par Pascal le 13/01/2007 à 16h49
Votre, pardon ...
Commentaire n°7 posté par Pascal le 13/01/2007 à 16h50
Drüben hinterm Bloge steht ein Liedermane
Commentaire n°8 posté par Bajazet le 13/01/2007 à 16h59
Gerhaher participe aux côtés de Von Otter au disque de musiques composées au camp de Terezin (DG, à paraître dans 2 jours en Allemagne et fin août en France). On peut en écouter de cours extraits ici :
http://www.jpc.de/jpcng/classic/detail/-/hnum/1388589

C'est très prenant, je trouve.
Commentaire n°9 posté par Bajazet le 01/08/2007 à 02h47
Ce soir, Deutschlandradio Kultur diffuse les Scènes de Faust avec Gerhaher. Bel orchestre, et surtout Gerhaher qui trouve une dimension très impressionnante dans ce rôle plus large. Avec un matériau quasiment italien, du type Zancanaro. Splendide.

En somme, c'est juste le lied qui ne lui réussit pas. :))

J'attends tout de même la désannonce avant de crier victoire, il est méconnaissable.
Commentaire n°10 posté par DavidLeMarrec le 27/05/2007 à 20h57
C'était bien lui, alors ? J'espère pouvoir l'entendre dans ce Schumann avec Harnoncourt à Bruxelles l'an prochain.
Commentaire n°11 posté par Bajazet le 28/05/2007 à 17h27
C'était bien lui. Métamorphose vraiment étonnante entre les deux répertoires, avec une voix qui sonnait vraiment pleine, quasiment à l'italienne. Du mordant à revendre, bref, impressionnant.

Luisi dirigeait, du coup il se passait des choses intelligentes, ce qui change des habitudes des chefs dans les oeuvres vocales du pauvre Schumann.

La deuxième  partie était tout bonnement fantastique.
Commentaire n°12 posté par DavidLeMarrec le 28/05/2007 à 18h39
Bonjour à tous,

Je vois avec grand plaisir que l'isola, bien que disabitata, est toujours bien animata!
Gehraher a effectivement été Papageno à Salzbourg l'an dernier, et avant ça à la Ruhr Triennale dans la fameuse production de la Fura dels Baus, 1ère version, et encore avant ça à Schwetzingen puis à l'Opéra du Rhin dans la production d'Achim Freyer. L'Opéra du Rhin l'avait réinvité la saison suivante pour un Conte des Noces, mais je crois que ca n'avait pas été une grande réussite.
J'ai vu son Papageno deux fois (à chaque fois à la télé), celui de Schwetzingen et celui de Salzbourg. Les deux fois, j'ai été désarçonné par une approche "placide" du personnage. La première fois, on se dit, c'est la mise en scène. La deuxième, on se dit, non, ça doit venir du chanteur. Un Papageno marmonant, pince sans rire, imperturbable, ça peut se défendre, mais ça déséquilibre un peu l'oeuvre qui est privé d'une grande partie de son énergie... Vocalement, c'est chanté comme du Lied, avec une grande intelligence et c'est un bonheur (un peu l'anti Scharinger, même si Scharinger est sans doute plus philologique dans son approche), mais la voix est un peu grossie, assombrie et reste un peu confidentielle. Bref, ça m'a beaucoup, beaucoup fait penser à Goerne...

Il faut que j'écoute ce disque de Lieder!

Cher Bajazet, j'espère que tu te portes bien et qu'on se re croiseras un de ces jours!
Commentaire n°13 posté par Tom le 04/06/2007 à 23h40
Cher Tom,

sans doute dès la semaine prochaine ;-)

Merci pour ce commentaire, et soave sia il vento.
Commentaire n°14 posté par Bajazet le 04/06/2007 à 23h54
Pub ! Le Chevalier est enthousiasmé par ce disque Schubert de Gerhaher. :-)
Lequel CD est vendu 10 euros sur jpc.de
Fin de la pub.
Commentaire n°15 posté par Bajazet le 15/08/2007 à 22h49
À paraître chez RCA dans un mois environ, un nouveau disque Schumann de Gerhaher, avec le cycle Eichendorff op. 39, le groupe des Andersen, quelques Geibel, et apparemment des extraits de Myrthen op. 25.

Le précédent disque Schumann, déjà chez RCA, proposait les Dichterliebe et les Lenau + Der arme Peter et Belshazzar. Il est vendu actuellement pour 10 euros sur Amazon.
Commentaire n°16 posté par Bajazet le 04/02/2008 à 19h17
Ce disque Schubert de Gerhaher chez RCA avait été élu "meilleur disque vocal solo de l'année 2006" par le magazine anglais "Gramophone Magazine". En France, il est paru dans une indifférence à peu près générale, si bien que son dernier CD Schumann, intitulé "Melancholie", paru en mai dernier, fait enfin découvrir le chanteur à sa juste valeur, semble-t-il. Voilà de quoi méditer sur les écarts nationaux parmi la critique ou le public. Dans un ordre voisin, je me souviens qu'il y a quelques années le splendide enregistrement chez Supraphon de l'oratorio de St Wenceslas, de Zelenka (un chef-d'œuvre du baroque) était passé totalement inaperçu en France, tandis qu'il récoltait un prix annuel de la critique européenne (ou quelque chose comme ça, j'en parle de mémoire). En tout cas, je me demande s'il faudra attendre encore longtemps pour entendre Gerhaher en récital de lieder en France ^^
Commentaire n°17 posté par Bajazet le 20/07/2008 à 00h06
Bonsoir, sauf erreur de ma part, lui et gerold Huber ont prévu un récital de lieder au musée d'orsay. Cela fait partie d'un cycle qui rend hommage aux "pianistes accompagnateurs"
Commentaire n°18 posté par sophie le 21/07/2008 à 20h37
Merci beaucoup, Sophie. Connaissez-vous la date ? Il n'y a aucun renseignement sur le site du Musée d'Orsay.
Commentaire n°19 posté par Bajazet le 21/07/2008 à 22h29
J'ai trouvé ! Concert de Gerhaher et Huber à Orsay le jeudi 18 juin 2009, tout Schubert, avec le Chant du cygne (Taubenpost compris), complété par 3 lieder figurant dans le CD Abendbilder, justement : Drang in die Ferne, Der Winterabend, et Des Fichers Liebesglück, ce dernier d'une beauté indescriptible.
Commentaire n°20 posté par Bajazet le 22/07/2008 à 06h46
Les premiers Schubert gravés par Gerhaher pour Arte Nova (les 3 grands cycles en fait) sont vendus en CD séparés pour moins de 2 euros sur Amazon.fr (compter 2,50 € de frais de port pour chaque CD). Le Schwanengesang est complété par 4 lieder : Im Frühling, An den Mond D. 193, Nachtstück, Totengräbers Heimweh. Le récital à Orsay le 18 juin devrait reprendre cette sorte de couplage. N.B. Sony BMG réédite ces 3 cycles de Gerhaher publiés vers 2000, sous un autre habillage et beaucoup plus cher.
Commentaire n°21 posté par Bajazet le 06/11/2008 à 21h22
On peut lire des réflexions particulièrement intéressantes de Gerhaher sur le lied et son interprétation dans un entretien publié sur Forum Opera (rubrique Articles).
Commentaire n°22 posté par Bajazet le 16/06/2009 à 01h22
Le récital du 18 juin, dont il est question dans l'interview, sera retransmis le 28 juin à 20h sur FM.
Commentaire n°23 posté par Caroline le 16/06/2009 à 14h37
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