Dimanche 30 août 2009 7 30 /08 /2009 00:58


    Rien décidément n'est épargné à Jonas Kaufmann.

    Après avoir déjà chanté La Belle Meunière en concert (dès 2003 au moins) et avant de la redonner à Paris le 23 mars (toujours avec Helmut Deutsch), le ténor allemand en publiera un enregistrement à la mi-octobre. Et voici la photo de couverture :






    Il faut croire que Decca a résolu d'affecter Kaufmann au musée. Après l'avoir fait promener jusqu'à épuisement dans pas moins de quatre tableaux de Caspar David Friedrich* pour les besoins (?) des illustrations du boîtier et de la notice de son récent récital Sehnsucht (airs d'opéras allemands), on le sort cette fois du cadre pour nous mettre sous le nez un minois Biedermeier.

    La photo prend alors quelque chose d'assez platement sentimental, et il est curieux de visualiser ainsi la figure d'une Meunière qui dans les poèmes de Müller existe plus comme fantasme fuyant que comme réalité dense, contrairement au paysage de verdure et d'eau. Mais surtout, je m'interroge sur l'image de Kaufmann. Veillé-je ou si je dors ? La photo n'est-elle pas méchamment retouchée, avec ces yeux de biche et ce visage qui paraît comme féminisé par contamination du portrait peint ? Vague impression aussi qu'on a voulu tirer l'image de Kaufmann du côté du mannequin métrosexuel (c'est bien comme ça qu'on dit maintenant ?). Ajoutez qu'on ne prête qu'aux riches et grands criminels : du sein de Decca naquirent et naissent les icônes douteuses de Bartoli.

    Bref : la couverture de Sehnsucht amorçait peut-être la chose, mais au moins la parodie gentille du Wanderer de Friedrich (qui doit s'en retourner sur son éperon) faisait passer la chose. Ici en revanche, cette physionomie léchée de Kaufmann ne lui ressemble plus. Dies Bildnis ist bezaubernd schön ? Tu parles ! Non, non, ce n'est plus toi, ce n'est plus ton visage ! Cette physionomie ne ressemble même pas à sa voix, et le contraste promet d'être redoutable entre la couverture doucereuse et rosie, et l'interprétation qu'elle recèle.

    Au fait, l'air extrait du premier acte d'Alfonso & Estrella de Schubert est à mon goût le sommet du récital Sehnsucht, admirablement dirigé par Abbado, avec les deux extraits de Parsifal. Mais on en reparlera.







*   Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages (Hambourg) ;
    Paysage de Bohême (Dresde) ;
    Vue de la vallée de l'Elbe (Dresde) ;
    Le matin sur le Riesengebierge (Berlin)

Par Bajazet - Publié dans : Actualités
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