Vendredi 17 juillet 2009
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Parmi les parutions discographiques célébrant cette année Joseph Haydn, quatre au moins se distinguent par leur intérêt musical et aussi par leur
prix modique.
D'abord l'intégrale des Symphonies, dirigées par Adam Fischer à la tête de l'occasionnel Orchestre Haydn d'Autriche-Hongrie. Pour les quelques volumes que je connais
déjà, il s'agit d'une interprétation remarquable, très équilibrée mais non sans caractère. Le coffret de 33 CD (Brilliant) est vendu pour moins de 30 euros sur Amazon.de

Sony avait déjà réédité les Symphonies parisiennes dirigées à New York par Leonard Bernstein, tandis que les Messes gravées à la même époque se trouvaient
dispersées au gré des volumes d'une étrange collection illustrée par des peintures du prince Charles d'Angleterre. Un nouveau coffret de 12 CD (pour 30 euros) rassemble désormais les
Parisiennes et les Londoniennes, mais aussi la superbe 88e, ainsi que toutes les Messes gravées à New York (où paraissent les débutants Von Stade, K. Riegel ou S. Estes), sans
oublier la Theresienmesse ultérieure, avec le London Symphony Orchestra. Les symphonies, pour celles que je connais déjà, sont d'un élan et d'une tension magnifiques, alors que celles
que Bernstein enregistrera plus tard à Vienne pour DG sont considérablement alourdies, travaillant la pâte plus que le nerf (c'est spectaculaire pour la 88e).
Pour les œuvres chorales, on peut sans doute se passer de La Création, à moins de vénérer Judith Raskin. Argh. Mais pour les Messes, elles sont d'un feu et d'un poids
dynamique impressionnants. Je ne crois pas avoir entendu un Kyrie de la Messe Nelson aussi captivant et soutenu, et si Judith Blegen a une voix plus légère que Margaret Marshall ou
Teresa Stich-Randall, elle exhale merveilleusemet l'inquiétude. On regrette que les qualités d'architecture et de puissance qui sont celles de Bernstein n'aient pas pu s'appliquer à la Messe de
sainte Cécile. Mais pour la Theresienmesse, qui est peut-être celle de toutes qui me touche le plus, on gagne le soprano de Lucia Popp à son apogée, elle qui semble née pour chanter cette
musique.

Ferenc Fricsay avait dirigé Les Saisons à Berlin vers 1960 avec l'orchestre et les chœurs de la RIAS, et pour solistes Stader, Haefliger et Greindl. DG a publié ce
document live plus tard, récemment réédité au sein du coffret Ferenc Fricsay : A Life in Music. Il n'y a peut-être pas de version plus mystérieuse et poétique de cette œuvre, et
Stader s'y surpasse, et plus encore Haefliger (le début de L'Été !). Mais un enregistrement encore antérieur des Saisons par Fricsay, inédit semble-t-il, a été récemment édité
par Ars : il date de 1952, avec les mêmes forces instrumentales, et déjà Greindl, rejoint par Elfriede Trötschel et Walther Ludwig, a priori moins engageants que leurs cadets. On
retrouve cette version dans un coffret Haydn de 10 CD (Membran), assez fourre-tout mais vendu pour 11 euros seulement, où se tapit également La Création où Keilberth dirigeait Annelies
Kupper et Josef Traxel.

Enfin reparaît, à un prix qu'on n'ose rêver, l'intégralité des opéras de Haydn créés à Esterhaza qu'Antal Dorati grava avec l'Orchestre de Chambre de Lausanne entre 1975 et
1980 pour Philips, à l'époque révolue où une grande maison osait graver des inédits sans lésiner sur les distributions. Vendu 40 euros sur jpc.de, ce coffret de 20 disques (mais les livrets
y manqueront sans doute) offre des interprétations magistrales qui n'ont été guère égalées. Ce n'est pas qu'on ne puisse désirer un orchestre plus animé ou plus ductile, mais enfin ça respire
toujours, et j'en connais quelques-uns qui dirigent Haydn aujourd'hui qui pourraient méditer la chose. Quant aux chanteurs, le luxe vocal des années 70 est assuré, avec même Jessye Norman dans
La Vera Costanza ou en Armida, pas forcément à l'aise avec ce langage mais qui pèche plutôt par timidité, et fascinante assurément. Les fans de Samuel Ramey auront même le privilège de
l'entendre tonitruer en Idreno, alors pourquoi se priver ?
Mais on retient d'abord La Fedeltà premiata, royalement interprétée : Valentini-Terrani est extraordinaire en Celia, mais Frederica Von Stade – qui confère un charme
et un sourire indescriptibles à la soubrette du Mondo della Luna – a-t-elle été jamais meilleure que dans ce rôle de pimbêche aristocratique auquel elle offre une classe, une véhémence
parfaites, mais aussi une émotion poignante ? On pourrait transposer : Barbara Hendricks et surtout Edith Mathis ont-elles des témoignages plus accomplis de leur art que dans cette Infedeltà
delusa ? Pour le reste, on jouit de la méconnue Linda Zoghby, du trio prodigieux qu'elle forme avec Margaret Marshall et Della Jones dans L'Incontro improvviso ; de la grâce
inquiète d'Arleen Auger en Flaminia ou en Angelica (autre prodige de style). Et on s'incline devant la musicalité et l'intelligence dramatique du ténor Claes Ahnsjö. Dans l'Orlando
paladino de Dorati, régal qui n'est certes pas concurrencé par le disque récent et décevant d'Harnoncourt, on trouve Elly Ameling (Eurilla) dans son seul enregistrement d'un rôle d'opéra, et
on entend surtout de quel bois se chauffait George Shirley (grand Idoménée par ailleurs), et dans une moindre mesure Gwendolyn Killebrew, qui fut alors non seulement Alcina ou Tamerlano mais
Waltraute dans le Ring de Chéreau.

Et voici le trio féminin à l'acte I de L'Incontro improvviso,
par Linda Zoghby, Margaret Marshall et Della Jones :
Sans oublier le numéro de la bergère et du valet dans
Orlando paladino :
Par Bajazet
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Publié dans : Enregistrements
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