Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 01:01


    Il y a quelques étés, France Musique avait rediffusé d'une part d'admirables entretiens de Comment l'entendez-vous ? (par Claude Maupomé) et d'autre part d'anciennes émissions de La Tribune des Critiques de Disques, animée par son fondateur Armand Panigel de 1947 à 1984. Ces Tribunes (qui duraient 3 heures si je me souviens bien) sont restées célèbres pour les disputes homériques entre Jacques Bourgeois et Antoine Goléa, mais réentendre ces anciens débats font mesurer ce qui a pu changer dans le discours critique sur l'interprétation musicale. C'était patent bien sûr dans le cas des interprétations dites "à l'ancienne" alors dans leur fleur. Mais plus généralement, au-delà d'un ton parfois suranné, on remarque avec le recul un mélange de prudence dans l'analyse (le vocabulaire est plus volontiers psychologisant que technique) et d'audace dans la formulation du jugement (chez Goléa en particulier). C'est que, jusque dans le timbre de voix et l'élocution, les participants étaient fortement caractérisés : c'étaient des caractères, presque des personnages.




    Aussi, Peter Ustinov trouvait là matière à exercer son génie de la ventriloquie comique. C'est dans les années 70 qu'il réalisa pour la radio une parodie de La Tribune des Critiques de Disques où il interprétait toutes les voix de l'émission. Sous des pseudonymes, Bourgeois et Goléa sont très reconnaissables, évidemment, mais le plus hilarant vient du personnage féminin, dont j'ignore s'il avait un modèle avéré. L'œuvre choisie est l'assommante Marche turque des Ruines d'Athènes de Beethoven, dont le même enregistrement est inlassablement repris sous couvert d'écoute comparée. Il y a aussi une surprise à la fin.

    On peut réécouter cette parodie jusqu'à la fin du mois de janvier : c'est ICI, ça commence à 26 minutes du début et ça dure une dizaine de minutes.

    Ustinov avait également produit des parodies musicales que sa culture et son génie vocal autant que sa fantaisie rendaient irrésistibles, et où il faisait toutes les voix, instruments compris ! En témoigne par exemple une conférence musicologique où un professeur allemand illustre son propos par une (fausse) cantate de Bach chantée par sa propre femme avec un continuo. Il avait aussi imaginé un commentaire délirant sur une parodie d'opéra verdien, inspirée par Rigoletto. Tout cela avait été rediffusé par France Culture en hommage à Ustinov au moment de sa mort en 2004.


Par Bajazet - Publié dans : Artistes
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Commentaires

aaaah voilà qui a réjoui mon samedi matin ! Il est vraiment hilarant. Les dynamiques générales de ce type d'émission n'ont guère changé me semble-t-il ; mais cela bien longtemps que je ne les écoute plus. Je me rappelle de comparaisons de versions d'Ariodante, de Don Carlo, des Noces et d'Anna Bolena, par exemple. Dans cette dernière émission, tous semblaient tomber d'accord pour trouver l'opéra sans intérêt, et ne trouver de grâce qu'à Callas. Enfin... Pour en revenir à Ustinov, j'avais entendu sur France musique la fameuse cantate retrouvée de Bach, ainsi qu'un opéra russe inédit dont Ustinov chantait le final sans omettre fille cachée travestie, basse profonde et sons de cloches.
Commentaire n°1 posté par Clément le 10/01/2009 à 10h41
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