Samedi 19 juillet 2008
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J’ai attrapé ce soir les deux derniers actes de la retransmission radio de la Carmen donné à Orange il y a quelques jours, avec B. Uria-Monzon et M. Alvarez sous la
direction de M. Plasson. Il y aurait beaucoup à dire sur l’interprétation musicale, sur les alanguissements du chef, sur une Micaela sans ligne, sur une Carmen plus sourde et accidentée que
jamais ; mais c’est d’abord sur les conditions même de la représentation que je m’interroge.
Le plein air, et d’autant plus (j’imagine) dans un théâtre vaste comme Orange, impose une autre manière de chanter et de parler. Il suffisait d’entendre ces dialogues parlés
emphatiques, à la limite de l’agressivité, qui conduisent à mettre du pathos où il n’en faudrait guère, et à transformer les contrebandiers en roquets. C’est encore plus vrai du chant, sans doute
: nolens volens, les chanteurs grossissent le trait. Pour avoir entendu les mêmes Don José et Carmen en salle à
Toulouse au printemps de l’an passé, je suis à même de mesurer tout ce qui se perd à Orange. Dans la scène finale, Alvarez a ici tendance à verser, au fur et à mesure, dans un ton de
mélodrame, sans doute payant à la scène, sans doute aussi inévitable, mais qui vient gauchir l’esprit de la musique et de l'œuvre. Carmen, née à l’Opéra-Comique, conçue pour la salle de
l’Opéra-Comique, y retournera en juin prochain, et on ne peut que s’en réjouir. Le génie de cet opéra, qui est de sécheresse et d’économie, et guère de grandeur et de faste, pourra y retrouver
son compte, c’est-à-dire ses légèretés.
Jean-Charles Hoffelé remarquait récemment, dans la critique du DVD d’un Nabucco à Vérone, qu'à mesure que cet opéra « s’abonne aux Arènes et autres théâtres de
plein air », il « y abandonne une grande part de ses subtilités musicales ». Il en va de même, plus nettement peut-être, de Carmen. La retransmission d’Orange prouve de fait à quel point
les conditions d’un vaste espace contraignent le caractère de l’exécution musicale. Comme si cet air libre (en plein air se dit précisément en allemand im Freien) refusait
paradoxalement à la musique et au théâtre, à leur interprétation, la liberté de l’ajustement.
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