Dimanche 13 avril 2008


Avertissement
Il ne sera pas question ici de la couverture du disque Wagner-Strauss de Deborah Voigt (EMI), d'abord parce que celui-ci met au pluriel le titre indiqué (nuance !), et ensuite parce que je sais, par recoupements, que ce blog est parfois lu par des personnes d'une grande sensibilité.



    Un collègue m'a fait don il y a quelques mois d'une télévision flanquée d'un lecteur DVD, moins pour me faire plaisir que pour s'en débarrasser. Il s'agit d'un matériel assez archaïque désormais, mais bien suffisant pour l'usage que j'en fais, c'est-à-dire à peu près nul. Je peine en effet à regarder un DVD jusqu'au bout, et je ne regarde à peu près jamais la TV. Une réception d'Arte catastrophique me prive d'ailleurs des programmes musicaux de cette chaîne. Je fais depuis peu une exception pour Barnaby, série policière anglaise et villageoise, assez inégale, mais qui convient à mon ennui du dimanche soir.

    Adoncques je me suis affalé ce soir sur le divan de la pièce-débarras (appelons-la ainsi) où est reléguée la TV, en espérant que l'épisode serait moins faiblard que la semaine dernière. J'ai été un peu largué dès le début, sans grand dommage, car je prends autant de plaisir à voir la campagne anglaise (inconnue de moi) et la tête des acteurs qu'à suivre les méandres de l'enquête. De temps en temps, j'essaye d'imaginer la vraie voix de ces acteurs, sans jamais démordre de ma religion en la matière, qui est que les Britanniques sont les plus grands acteurs du monde.

    Et voici qu'apparaît Peggy Aynscombe, incarnée par une actrice qui n'est pas ce qu'on appelle communément belle, mais dont je trouve les yeux très expressifs et surtout dont le nez au contour irrégulier a beaucoup de caractère. Je suis très sensible à la forme des nez, je vous prie de m'en excuser. Et plus l'épisode avance, plus je me dis qu'elle me rappelle quelqu'un ; non pas une de mes tantes, mais quelqu'un de connu, je veux dire une artiste.

    Et alors qu'elle attend son amant dans des espèces de ruines tout juste gothiques (ou tudor, on ne va pas chinoiser), c'est comme un trait de lumière. Eurêka ! Elle ressemble à Pauline Tinsley !

    [Parenthèse explicative] Je suis bien conscient qu'à moins de vous nommer Francesco, le nom de Pauline Tinsley ne vous dit à peu près rien. Vous l'avez peut-être lu çà et là sur ce blog, qui fait miroiter depuis trop longtemps un portrait aussi documenté que possible de cette soprano galloise insensée, qui jouissait d'une présence scénique exceptionnelle (dit-on), et que je considère volontiers comme une des plus grandes interprètes d'opéra des années 60-80. J'ai dit. Elle n'a quasiment rien gravé officiellement (une Elettra remarquable quand même (Philips), indisponible depuis longtemps) mais Ponto semble avoir entrepris de publier des archives à sa gloire, j'en parlerai. [Fin de la parenthèse]

    L'énigme de l'épisode Un mariage et quatre enterrements étant élucidée, je me concentre pour identifier le nom de l'actrice au générique de fin, et il faut faire un effort considérable car c'est écrit tout petit et ça défile à toute vitesse. Je crois lire Susan Thomas. Heureusement que saint Google me remettra dans le droit chemin : il s'agit de Sian Thomas.
    Et c'est là que je découvre qu'il s'agit surtout d'une actrice de théâtre, qui s'est illustrée récemment dans des classiques anglais comme L'Orphelin d'Otway et surtout dans du Shakespeare, à la Royal Shakespeare Company : Goneril, Gertrude, et Lady Macbeth — comme Pauline Tinsley, que j'ai entendue sidérante dans ce rôle chez Verdi.




    Je n'ai pas été vérifier la ressemblance physique à partir des rares photos disponibles de Pauline Tinsley. Peut-être que cette ressemblance n'existe que dans mon imagination, et je préfère croire à une fiction plutôt que de trouver confirmation de mes égarements.

     De cette aventure domestique, je retiendrai ceci : 
1) si j'en arrive à revenir à l'opéra en regardant un pauvre téléfilm, il faudra que j'en parle à mon confesseur, ou à défaut au Père Cyprien (car rien ne le retient) ;
2) il faudrait que je sache si par hasard Pauline Tinsley et Sian Thomas ne seraient pas originaires du même coin du Pays de Galles ;
3) peut-être que pondre enfin ce portrait de Tinsley (que même Francesco n'attend plus) me libérerait l'esprit… mais pour cela je dois, par acquis de conscience, écouter ses enregistrements live d'Ernani et de Cavalleria Rusticana. Bon. Si seulement je pouvais mettre la main sur son Lucio Silla ou sur son Agrippina !







Par Bajazet - Publié dans : Artistes
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