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Jeudi 3 avril 2008 4 03 /04 /2008 02:22


Wieland Wagner faisant répéter
à Dietrich Fischer-Dieskau le rôle d'Amfortas



    Philips fut le premier éditeur à diffuser les enregistrements sur le vif des productions du Bayreuth d'après 1960, dans les mises en scène de Wieland Wagner. La Tétralogie dirigée par Böhm en 1966-67 demeure celle où la splendeur vocale et la justesse théâtrale s'allient avec le plus grand bonheur, récemment rejointe par celle dirigée par Keilberth en 1955, et
ressuscitée par Testament. Böhm offre en propre le couple Rysanek-King à son sommet en Sieglinde et Siegmund, le Hagen de Greindl, la Waltraute de Mödl confrontée à Nilsson en Brünnhilde, et l'Oiseau de Köth (je plaisante).
    À un même degré d'évidence poétique et théâtrale, le Tristan de 1966, également dirigé par Böhm, classique entre tous, où Windgassen, possédé, fascine davantage que Nilsson, plus athlétique que mystérieuse. Mais c'est la tension et la fluidité soutenues par le chef qui sont déterminantes. La première scène de l'acte II est la plus confondante que j'aie entendue.


Anja Silja en Senta (1961)


       Cet esprit du théâtre de Wieland, intense et neuf, les témoignages de Sawallisch ne l'incarnent pas moins, dans les opéras de Wagner les plus solidaires du romantisme antérieur. Je ne connais pas le Lohengrin (1962, avec Thomas, Silja, Varnay, Vinay), mais Le Vaisseau fantôme qui réunit Silja (dans le rôle de sa vie, il me semble) et Crass, tout jeunes et éloquents, est d'une électricité et d'un emportement rarement atteints : un monument, exalté par Sawallisch, et qui attendait sa réédition. Silja est aussi juvénile mais bien moins adéquate pour Tannhäuser (1962), mais l'ensemble est là encore remarquable de vie théâtrale, avec Windgassen, la Vénus extraordinaire de Grace Bumbry et le Wolfram âpre mais grand de Waechter.

    Autant de versions marquantes ou légendaires, que Philips rééditera dans un mois en un gros coffret de 33 CD, vendu pour 45 euros (!) : voir le site www.jpc.de
    33 CD en effet, car le coffret comprend aussi les Meistersinger de Varviso (1974), au moins célèbres pour illustrer le bas étiage de Bayreuth après 1970 (Cox en Walther, ça fait un peu peur). Il y a bien sûr aussi un Parsifal, mais pour le coup, ce n'est pas le Knappertsbusch testamentaire avec Thomas, Dalis, Hotter, déjà réédité en collection économique dans la série "The Originals" : Philips a préféré le Parsifal plus récent de 1985, dirigé par Levine, avec une des premières Kundry de Waltraud Meier, entourée de Peter Hoffmann, Hans Sotin, Simon Estes.





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Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /2008 15:59

Anna Caterina Antonacci ne chantera pas Elisabetta Regina à Paris dimanche.

Elle sera remplacé par une Mlle Krull, à qui porter le nom d'un chevalier d'industrie sera peut-être utile.


En attendant, le Bajablog prend le grand deuil.







Et pour la musique de circonstance, cliquer ICI et attendre une dizaine de secondes.





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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /2008 21:16

ENESCO, Œdipe (10-19 oct.)
P. Steinberg / N. Joel
Fr. Ferrari (Œdipe), V. Le Texier (Créon), A. Schroeder (Thésée),
S. Brunet (Jocaste), M.-N. Lemieux (la Sphinge), A. Brahim-Djelloul (Antigone)

MOZART, Les Noces de Figaro (21-30 nov.)
M. Armiliato / M.A. Marelli
A. Schroeder (le Comte), R. Merbeth (la Comtesse), A. Esposito / N. Cavallier (Figaro),
A.-C. Gillet / A. Brahim-Djelloul (Suzanne), Bl. Staskiewicz (Chérubin), Ch. Margiono (Marcelline)

OFFENBACH, La Périchole (23-31 déc.)
E. Joel-Hornak / O. Porras
K. Deshayes, X. Mas, J.-Ph. Laffont

GIORDANO, André Chénier (23 janv.-3 févr.)
P. Steinberg / J.-L. Martinoty (prod. Opéra de Nancy)
R. Dean Smith (Chénier), I. Cerboncini (Madeleine de Coigny), St. Toczyska (la comtesse de Coigny), S. Murzaev (Gérard)

RAMEAU, Hippolyte & Aricie (6-15 mars)
E. Haïm / I.A. Alexandre
B. Richter (Hippolyte), A.-C. Gillet (Aricie), St. Degout (Thésée), Allyson McHardy (Phèdre), J. Holloway (Diane), Fr. Masset (Œnone), J. Azaretti (l'Amour), J. Varnier (Neptune), Fr. Lis (Pluton), A. Legay (la Grande-Prêtresse)
Chœur et orch. du Concert d'Astrée ; Ballet Les Cavatines

BIZET, Carmen (3-12 avril)
D. Callegari / N. Joel
A.C. Antonacci (Carmen), Z. Todorovitch (Don José), I. Mula (Micaela), P. Szot (Escamillo)

R. STRAUSS, Salomé (15-24 mai)
P. Steinberg / P. Halmen
C. Nylund (Salomé), L. Tézier (Jochanaan), Th. Moser (Hérode), D. Soffel (Herodias), M. Mühle (Narraboth)

GOUNOD, Faust (19-30 juin)
Emmanuel Plasson / N. Joel
G. Filianoti (Faust), O. Anastassov (Méphisto), I. Mula (Marguerite), A. Schroeder (Valentin), Bl. Staskiewicz (Siebel), M.-N. Lemieux (Dame Marthe)

+ Sophie Koch en concert avec orchestre (13 déc.)
CHAUSSON, Poème de l'amour et de la mer
ELGAR, Sea Pictures
Dir. Y. Abel

+ récital de lieder par S. Isokoski (16 mars)


Pour plus de détails, la brochure peut être téléchargée en pdf : c'est
ICI



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Vendredi 24 octobre 2008 5 24 /10 /2008 01:36

    Ce titre ne doit pas vous abuser : il ne s'agira que de signaler quelques nouveautés discographiques d'automne.

    Et d'abord, tout un récital Haendel de Karina Gauvin chez Atma, sous la direction du claveciniste Alexander Weimann (à la tête de l'ensemble nouvellement créé Tempo Rubato). S'il est du même tonneau que le fabuleux programme Purcell de la même chez cet éditeur, il y a de quoi se réjouir doublement.



Rinaldo : Lascia ch'io pianga
Samson : Let the bright Seraphim
Messiah : Rejoyce greatly ; I know that my Redeemer liveth
Solomon : Will the sun forget to streak
Athalia : Through the land
Jephtah : Waft her, angels, through the sky
L'Allegro etc. : Sweet bird
Hercules : Ah ! think what ills
Semele : Oh sleep ; Hence, Iris, hence away ; Where're you walk
Alexander Balus : O take me from this hateful light

Quelques tubes, deux airs merveilleux enlevés aux ténors (Sémélé, ce qui est d'usage, mais aussi Jephté, ce qui l'est beaucoup moins), l'air d'Iole n'est pas celui du dernier acte mais celui, véloce, du second, et surtout les adieux de la Reine de Saba, le sommeil de Sémélé, l'anéantissement de Cléopâtre dans Alexander Balus (dommage de ne pas avoir les deux airs quasi enchaînés dans l'oratorio).
    Le premier récital Haendel de Gauvin (airs d'Alcina et d'Agrippina) vient d'autre part d'être réédité en collection économique par Analekta. La voix était encore un peu verte et le chant prudent dans les da capo, mais le ton et l'art déjà là (les airs d'Agrippine et de Poppée sont un ravissement).


    De Haendel, voici enfin une œuvre encore inédite au disque : la « fête théâtrale » allégorique  Il Parnasso in festa, créée à Londres en 1734 pour le mariage de la reine Anne avec Guillaume d'Orange. Haendel y adapte plusieurs numéros d'Athalia.
    Hyperion en propose l'enregistrement intégral en 2 CD avec Carolyn Sampson et Lucy Crowe en tête de distribution. L'ensemble du King's Consort n'est pas dirigé par son fondateur Robert King, qui semble désormais hors piste en raison de ses tribulations pénales, mais par Matthew Halls.




    Encore Haendel, avec l'Alcina donnée à Cologne en 1959 avec les jeunes Sutherland et Wunderlich, ce dernier dans le rôle de Ruggiero transposé. Norma Procter, magnifique alto, chante Bradamante et Jeanette Van Dyck, inconnue à mon bataillon, Morgana. Ferdinand Leitner dirige en pionnier de la philologie la Capella Coloniensis. Ce live était déjà connu, mais c'est la première fois qu'il est édité à partir des bandes radio de la WDR. Le coffret de 3 CD est vendu pour 20 euros sur JPC, et rappelle opportunément que Joan Sutherland a été représentée par les plus grands artistes de son temps.





    Le Rosenkavalier que Carlos Kleiber a dirigé des années durant à Munich est bien connu par le film de 1979 publié en DVD (avec Gwyneth Jones, Fassbaender, Popp, Jungwirth) et par divers enregistrements pirates, dont un avec Helga Dernesch en Maréchale et un son précaire.
       Orfeo vient de publier d'après des bande de qualité irréprochable, et en SACD, une représentation où Fassbaender et Popp sont cette fois captées en 1973 (le rêve !) et entourées de Karl Ridderbusch (autre aubaine !) et Claire Watson, dont la Maréchale était déjà connue par un autre live chez Orfeo, mais plus ancien, où elle avait pour partenaires Hertha Töpper, Erika Köth et le Chanteur italien de Wunderlich.
(Pour tout renseignement sur la Maréchale de Watson, posez vos questions à Francesco, par exemple : "est-elle élémentaire ?").


Oui, c'est bien Lucia Popp en photo sur la couverture.


    Gwyneth Jones se revanche non seulement chez Orfeo avec les Meistersinger de Bayreuth en 1968 où sous la direction de Böhm elle a pour partenaires Waldemar Kmennt et Theo Adam et encore le Pogner de Ridderbusch, mais dans la collection d'archives du Covent Garden, pour une Leonora du Trouvère en 1964 dont le triomphe fut décisif dans sa carrière, alors qu'elle n'était que la doublure de Leontyne Price à la suite de ses premiers succès à Zurich. Giulini et Visconti, après leur Don Carlos de 1958 à Londres (avec Brouwenstijn, Christoff et Vickers, le disque est déjà paru dans la même collection, qui met à profit les meilleures bandes), se retrouvaient pour lors, et Jones avait pour partenaires Giulietta Simionato, Bruno Previdi et Peter Glossop (ordre vraisemblablement décroissant de qualité artistique).



    Ce live est d'autant plus alléchant que la noblesse et l'intelligence de Jones dans Verdi (si j'en juge par son Elisabetta avec Konya) s'accompagnait alors d'une stabilité vocale et d'un velouté qu'elle n'aura pas toujours. Giulini a évoqué cette soirée ainsi :
    « Quand on m'annonça que Leontyne Price avait été contrainte de se retirer [...], je suggérai aussitôt qu'il fallait proposer à Gwyneth Jones de chanter le rôle de Leonore ; et ceci dans l'intérêt de Sir David Webster, alors à la tête de Covent Garden, de Luchino Visconti et de moi-même. Je ne pourrai jamais oublier comment, en l'entendant chanter les premières mesures de Tacea la notte, Visconti, fasciné, bondit sur ses pieds ! »
    Et pour la scène de la tour, voyez un peu ici
    (c'est bien en 1964 dans la mise en scène de Visconti)




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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /2008 18:19

Avec mes remerciements à Tom, qui est à l'origine de ce qui suit.












Plus dramatique, plus saisissant que Пиковая дама (Pikovaya Dama) :

une autre histoire de jeu, de folie et de mort :

Lillovayayay Dama !

Et quoi de plus poignant que ce chant de la mémoire d'Ancien Régime ?







Lille, grands appartements du Palais d'hiver.
Peu de meubles, un fauteuil. Une cheminée où le feu s'éteint.
Sur une console, un gros bouquet de roses séchées.
Près du fauteuil, un riche pare-feu représentant Apollon et les 35 Heures.


LA COMTESSE D'AUBRY, seule.

    (Elle éteint son poste de télévision et jette la télécommande dans l'âtre)

    Quelles manières !… quel ton !
    Ils ne savent ni voter ni compter !
    Qui donc participait ? Qui comptait ?
    Des novices !
    Et autrefois, qui étaient les orateurs ? les scrutateurs ?
    Le duc de Mermaz, le duc d’Umas,
    le duc de Ferre, la princesse de Langballe,
    la comtesse Mazarin,
    le prince de Solutré,
    la duchesse de Charasse…
    Quels noms !
    Et de temps en temps, c’était carrément
    la marquise de Sainte-Gabelle !

     Je crains de recompter la nuit,
     J'écoute trop ce qu'elle dit…
     Elle me dit : je vous hais, meuh !
     Et je sens malgré moi,
     Je sens mon beurre qui bat, qui bat,
     Je ne sais pas pourquoi.
   

   
Et pour l'original, c'est ici.


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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /2009 00:08


Malgré les supplications de son entourage, Mme Gabriele Schnaut vient de reprendre Elektra à Dresde.






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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /2009 22:10




    L'Île Saint-Louis à Paris abrite au moins un chef-d'œuvre de l'art classique, l'hôtel Lambert, édifié au début des années 1640 sous la direction de Le Vau, au profit d'un as du trafic, Jean-Baptiste Lambert. C'est là qu'a survécu, bon an mal an, un ensemble architectural exceptionnel. Charles Le Brun y avait pourvu à la galerie d'Hercule, mais Le Sueur a aussi collaboré au décor intérieur ; le jardin et la rotonde (bien connue des voyageurs du bus 86) sont eux aussi remarquables.

    Mort très vite après, Lambert laissa l'hôtel en possession de son frère, surnommé Lambert le Riche,  président à la Chambre des Comptes, et qui fut compromis dans l'affaire Fouquet. Parmi les propriétaires successifs, le fermier général Claude Dupin (dans les années 1730) puis le marquis de Châtelet. Au XIXe siècle, il appartint à l'illustre famille polonaise Czatoryski. De ce temps datent les grandes fêtes de l'hôtel, où fréquentaient Mickiewicz et Chopin, qui y créa plusieurs de ses Polonaises.




     Sans doute pour honorer à sa manière la mémoire du premier propriétaire, l'actuel a décidé de transformer l'hôtel Lambert en résidence avec tout le confort moderne, moyennant un plan de travaux alarmant, qui a d'ores et déjà suscité une pétition. L'attitude étrangement conciliante du Ministère de la Culture  dans l'affaire n'est pas faite pour dissiper les inquitéudes.

    Toutes précisions nécessaires ICI.
    Cette page permet d'accéder à la pétition en ligne.

    Prise de position récente de Claude Mignot sur l'affaire .

    Et en guise d'ornement propitiatoire : l'air que chante une des Grâces à l'acte II de La Princesse de Navarre de Rameau pour éloigner les ravages. « Vents furieux, tristes tempêtes » : les vers sont de Voltaire, et c'est Joyce DiDonato qui ordonne.






   
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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 02:26


Phédresse
Tragédie


[fragment*]



PERSONNAGES

Phédresse, fille de Minos et de Maniphaé
Hydarcos, ministre du temple de Sarkos






                            PHÉDRESSE.
    N’allons point plus avant, demeurons, Hydarcos.
    Je ne me soutiens plus : je sens qu’il y a un os.
    Mes yeux sont offensés de la fronde où je voi
    Les enseignants-chercheurs se soustraire à ma loi.
    Hélas !
            (elle s’assied et fouille dans son sac)1

                            HYDARCOS.
               Dieux des Enfers, que nos pleurs vous apaisent !

                            PHÉDRESSE.
    Que ce vain parlement, que ces motions me pèsent !
    Quelle importune main, en formant tous ces nœuds,
    S’ingénie sur mon front à dresser mes cheveux ?2
    Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire.

                            HYDARCOS.
    Comme on voit tous ses vœux l’un l’autre se détruire !
    Vous-même, condamnant vos injustes desseins,
    Tantôt à réformer vous excitiez nos nains3.
    Vous-même, rappelant votre force coquette,
    Vous vouliez vous montrer et revoir la maquette4.
    Vous la voyez, madame, et prête à vous cacher,
    Vous repoussez le jour que j’osais espérer !

                            PHÉDRESSE.
    Noble et clinquant fauteur d’une triste escadrille,
    Toi, qui toujours limogeas pour une peccadille,
    Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois,
    Sarkos, je te viens voir pour la dernière fois.

                            HYDARCOS.
    Quoi ! vous ne perdrez point cette cruelle envie ?
    Vous verrai-je toujours hésitante, affaiblie,
    Faire de votre exil les funestes apprêts ?

                            PHÉDRESSE.
    Dieux ! que ne suis-je assise à l’ombre des décrets !
    Quand pourrai-je au travers de mon nouveau mastère5
    Suivre de l’œil un prof fuyant de la carrière ?

                            HYDARCOS.
    Quoi, madame ?

                            PHÉDRESSE.
                            Insensée, où suis-je ? et qu’ai-je dit ?
    Où laissé-je égarer mes vœux et mon crédit ?
    Je l’ai perdu : les facs m’en ont ravi l’usage.
    Hydarcos, la rougeur me couvre le visage.
    Je te laisse trop voir mes honteuses fureurs,
    L’autonomie6 m’enflamme et fait couler mes pleurs.

                            HYDARCOS.
    Ah ! s’il vous faut rougir, rougissez d’un silence
    Qui du cruel chercheur aigrit la violence.
    Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours,
    L’université seule accablerait vos jours ?
    Ne suffisait-il pas de la crise des bourses ?
    Quel charme a corrompu les humaines ressources ?
    Les manifs par trois fois ont obscurci la rue
    Depuis qu’avec horreur on voit la LRU,
    Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure
    Depuis que le décret languit sans signature.
    Songez qu’un même jour nous ravira le trône
    Et rendra l’espérance à la plèbe bouffonne7,
    À ces fiers ennemis de vous, de votre loi,
    Ces docteurs furieux, sans bureaux8 et sans foi,
    Ces professeurs…

                            PHÉDRESSE.
                               Ah ! dieux !

                            HYDARCOS.
                                                 Ma tirade vous touche ?

                            PHÉDRESSE.
    Ô séide, quel nom est sorti de ta bouche ?

                            HYDARCOS.
    Eh bien ! votre courroux éclate avec raison.
    J’aime à vous voir frémir à ce funeste nom.
    Réformez : que l’amour9, le devoir vous anime ;
    Réformez, et gardez qu’une tourbe10 unanime,
    Portant hors des campus ses cours séditieux,
    Ne fasse triompher la grève en mille lieux.
    Mais ne différez point, chaque moment vous tue :
    Réparez promptement votre force abattue.
    De votre politique il faut tout espérer :
    Le flambeau dure encore et peut tout calciner.

                            PHÉDRESSE.
    J’en ai trop prolongé la coupable durée.

                            HYDARCOS.
    Quoi ? De quelque repentir êtes-vous déchirée ?
    L’obscure médiatrice11 attachée à vos pas…

                            PHÉDRESSE.
    Je lui donne congé, je ne m’en repens pas.
    Hydarcos, je sais trop que toute ton adresse
    N’a pu jamais manquer aux désirs de Phédresse.
    Ministre de Sarkos, instruit par ses discours,
    Nourri dans le sérail, tu connais les détours
    Par lesquels la faveur traîtresse et vagabonde
    Traverse12 nos desseins aux yeux de tout le monde. 

                            HYDARCOS.
    Ce discours sibyllin m’étonne et me confond.
    Des rives de Dordogne au royaume de Pont,
    Dans Trézène, dans Cnosse, et parmi tant de brigues,
    Vous m’avez vu toujours seconder vos intrigues,
    Madame, et dédaignant les chemins de l’honneur
    M’élever le premier au rang de recruteur13.
    Ai-je dû craindre alors d’attenter au capesse14,
    Quand tout me répondait du succès de Phédresse ?
    Régnez : ne souffrez pas qu’un monôme odieux
    Commande insolemment au plus beau sang des dieux.

                            PHÉDRESSE.
    Moi, régner ! Insensé, tu veux me voir perdue ? 
    Braverai-je longtemps les clameurs de la rue ?           
    Moi, régner ! Moi, ranger des docteurs sous ma loi,
    Quand ma faible raison ne règne plus sur moi !
    Hydarcos, c’en est fait, je dois jeter l’éponge.
    Mesure mes douleurs aux ongles que je ronge15.

                            HYDARCOS.
    Madame, au nom des profs que pour vous j’ai pressés,
    Par vos faibles genoux que je tiens embrassés,
    Délivrez votre esprit de ce funeste doute !

                            PHÉDRESSE.
    Tu le veux : lève-toi.

                            HYDARCOS.
                                  Plus fort : je n’entends goutte.

                            PHÉDRESSE.
    Ciel ! que leur vais-je dire ? et par où commencer ?

                            HYDARCOS.
    Votre amour acharné saura bien les tancer.  

                            PHÉDRESSE.
    Ô preuves de Vénus16 ! ô réforme lanlère !
    Dans quels égarements me jette un ministère !

                            HYDARCOS.
    Oublions-les, madame, et qu’à tout l’avenir
    Un silence éternel cache ce souvenir.

                            PHÉDRESSE.
    Rachidane17, ma sœur ! Par quel destin moulue
    Vous quittâtes les ors dont vous fûtes exclue !

                            HYDARCOS.
    Que faites-vous, Madame, et quel mortel ennui
    Contre tout votre clan vous anime aujourd’hui ?

                            PHÉDRESSE.
    Puisque Sarkos le veut, de ce clan déplorable
    Je brandis la bannière, et fléchis lamentable.
           

                            HYDARCOS.
    Que ferez-vous ?

                            PHÉDRESSE.
                             Je veux un nouveau médiateur.

                            HYDARCOS.
    Mais qui ?

                            PHÉDRESSE.
                   Connais Phédresse et toute sa fureur :
    Je veux… À son seul nom je tremble, je frissonne.
    Je veux…

                            HYDARCOS.
                    Qui ?

                            PHÉDRESSE.
                            Tu connais ce fils de la Sorbonne,
    Ce géographe altier, cet illustre gourmet.

                            HYDARCOS.
    Hypopitte18 ? Grands dieux !

                            PHÉDRESSE.
                                              C’est toi qui l’as nommé.

                            HYDARCOS.
    Juste Ciel ! Tout mon sang dans mes veines se glace !
    Ô réforme terrible ! ô formidable place !
    Chaires infatuées ! fatales facultés !
    Redoutez le fléau des universités19 !

                            PHÉDRESSE.
    J’ai gâché dans les facs, dans leur noir labyrinthe,
    Un plâtre que Médée apporta dans Corinthe.
    De quoi m’ont profité ces inutiles soins ?
    On me haïssait plus, je ne gâchais pas moins.
    Misérable ! Et je vis ? Et je soutiens la vue
    De ce sacré Sarkos dont je suis descendue ?
    Que diras-tu, mon maître, à ce spectacle horrible ?
    Je crois voir de ta main briser l’urne20 terrible.
    Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau,
    Toi-même des campus devenir le bourreau.
    Écarte des chercheurs la foudre vengeresse :
    Reconnais leur colère au malheur de Phédresse.



NOTES


*  L'auteur en demeure obscur. Si l'on en croit la correspondance du président de Tubeuf (1606-1670), il aurait vécu au secret dans une grotte des Hautes-Pyrénées, ce qui expliquerait certains traits de style du fragment (voir les notes). Selon une autre source – les Anecdotes du marquis de La Châtre de La Maisonfort (1717-1733) – ses vers lui auraient valu d'être envoyé aux galères avant qu'un naufrage providentiel ne le fît échouer sur une île où mourant de faim et frappé de surdité il aurait péri écrasé par un train à vapeur.
La tradition quercynoise selon laquelle l'auteur serait en réalité la fille naturelle du Masque de fer, auprès de laquelle Louis de Cahusac s'initia à la versification, ne convainc plus personne aujourd'hui (même pas Jean-Louis Murat de la Croix-Morand).


1. À défaut d'un sac à main, il pourrait s'agir d'un sac à malice : voir le Mémoire de Mahelot, XLVII.

2. Ce vers présente un sens embarrassé et trahit le mauvais plagiaire. Il est en outre défectueux puisque le E atone à la fin de s'ingénie devrait compter pour une syllabe devant consonne. Ce genre de gaucherie permet de supposer que l'auteur a croupi dans la solitude des campagnes. Voir la note 7.

3. Nain : terme vieilli, pour personne de petite taille. Le mot est ici le support d'une métaphore outrée pour désigner des hauts fonctionnaires. C'est peut-être l'indice d'une ascendance gasconne de l'auteur. Voir la note 7.

4. Maquette : jeu frivole en usage dans les anciens ministères, peut-être inspiré de la tapisserie de Pénélope. Permettait par exemple de défaire un système tous les quatre ans afin de lui en substituer un autre encore pire.

5. Mastère : forme picarde du bruxellois master.

6. Autonomie : allusion à la Loi sur l'autonomie des universités, aussi désignée par l'acronyme LRU. Même faute contre la prosodie que plus haut : voir la note 2.

7. Rime dite gasconne, rendue possible par l'ouverture irrégulière du O de trône.

8. Sans bureaux. L'affirmation que les enseignants-chercheurs d'alors ne disposaient pas d'un bureau pour travailler à l'université relève du mythe (sauf à la Sorbonne). Dans les autres universités françaises, ils partagaient un bureau avec 4 ou 5 autres collègues, comme l'ont montré des fouilles récentes. Ce bureau comprenait parfois un chauffage  et plusieurs prises électriques.

9. « Il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour et des preuves à la communauté universitaire, nous en donnons tous les jours. » (Valérie Pécresse à l'Assemblée nationale, 10 février 2009).

10. Tourbe, du latin turba : foule, multitude (péj.). Ce mot vieilli sent la province. Voir les notes 2 et 7.

11. Tellement obscure que personne ne peut dire avec précision de qui il a pu s'agir.

12. Traverser : faire obstacle à. Tour vieilli, autrefois attesté dans La Princesse de Clèves, que personne heureusement ne lit plus hormis quelques imbéciles.
Cf.
Nicolas Sarkozy, Lyon, 23 février 2006 : « « L'autre jour, je m'amusais (on s'amuse comme on peut) à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de la Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle ! »

13. « Vous savez, moi je recrute 14 000 personnes ; on va les trouver, les gens, pour passer nos concours. Et aujourd'hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi n'est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres. Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Donc moi je n'ai pas absolument besoin d'entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur. Je définis les concours dont j'ai besoin. Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai. Après, chacun nous suit, ou pas. » (Xavier Darcos, Radio Monte-Carlo, 12 février 2009).

14. Capesse : forme altérée de CAPES (Certificat d'Aptitude au Professorat de l'Enseignement du Second degré). L'auteur était vraiment prêt à tout pour bricoler une rime.

15. Style bas.

16. Voir la note 9.

17. D'après un satrape de Bactre, il s'agirait d'une autre ministre du temple de Sarkos, née sous le signe de la Balance, ascendant Scorpion. Malheureusement, il est impossible de le vérifier, car ses titres et diplômes ne nous ont pas été conservés.

18. M. Jean-Robert Pitte nous prie de préciser qu'il ne s'agit en aucun cas de lui et qu'il a perdu sa fameuse recette du kouglof : merci de ne pas insister. S'agit-il alors d'un lapsus du copiste ? Ou le manuscrit s'est-il trouvé corrompu à cet endroit ? C'est bien simple, on ne peut plus faire confiance à personne !

19. Faire rimer facultés et universités… c'est lamentable.

20. Urne : objet obsolète utilisé jadis pour désigner le souverain lors d'une élection au suffrage universel.




 
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /2009 18:50









Remerciements à Damia et à saint Irénée, évêque de Lyon


La guinguette a fermé ses volets
 Les joyeux triolets
 De l'accordéon fusent.
 On voit comme sur un écran
 Des profils inquiétants
 Dont les ombres s'amusent.
 On dit que pourtant un costaud,
 Qui frisa l'échafaud
 Pour des vendus qui rusent,
 Vient d'entrer rageur.
 En vengeur,
 Oui, mais…
 La guinguette a fermé ses volets.


 Le rythme des pas incertains
 Soudain,
 Serait-ce l'heure ?
 Et dans l'accordéon plaintif,
 Craintif,
 Un son demeure...
 Des jurons de voix mâles
 Et des râles,
 La chute de corps lourds,
 Hargneux, des coups sourds.


 La guinguette a fermé ses volets
 Le même son inquiet
 De l'accordéon glace.
 On voit, comme sur un écran,
 Des couples haletants
 Dont les ombres grimacent,
 On devine, aux chocs, la fureur
 Des costauds en sueur
 Qui roulent et qui s'enlacent,
 On voudrait bien voir
 Et savoir
 Oui, mais ...
 La guinguette a fermé ses volets.


 Le calme revient brusquement.
 Vraiment,
 Etait-ce un leurre ?
 Pourquoi ces sanglots convulsifs,
 Furtifs ?...
  Des femmes pleurent.
 Là-bas, un couple traîne
 Vers la Seine :
 Quelque paquet maudit
 Qui sombre en la nuit ...


 La guinguette a rouvert ses volets.
 Les joyeux triolets
 De l'accordéon fusent.
 Les lampions éclairent, discrets,
 Les couples guillerets
 En leurs ombres confuses.
 On dit que ce soir, le costaud,
 Qui frisa l'échafaud
 Pour des vendus qui rusent,
 Est sorti très gai.
 Est-ce vrai ?
 Oui, mais...
 La guinguette avait mis ses volets.


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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /2009 13:34

    C'est sur le riche forum Tamino, consacré à la musique classique et dont on chercherait en vain un équivalent en France, que se trouve l'information : on tourne actuellement une adaptation cinématographique du Freischütz .





    Le tournage, assuré par une équipe suisse, a commencé au début du mois en Saxe, non loin de Dresde où Weber a composé son opéra (à Hosterwitz précisément), sous le titre primitif de La Fiancée du Chasseur, qui est aussi celui retenu pour ce film. L'action de l'opéra, censée se dérouler à l'époque de la Guerre de Trente Ans dans les forêts de Bohême, est pour l'occasion transposée en 1813 dans l'Allemagne napoléonienne. Parmi les lieux retenus : Uttewalder Grund et Bielatal, dans cette partie sauvage et rocheuse de la Saxe appelée Suisse saxonne à cause de sa ressemblance avec certaine partie du Jura et qui avait fait forte impression sur le peintre Ludwig Richter.

    La bande sonore a été enregistrée à Londres au début de cet été, sous la direction de Daniel Harding (argh !) à la tête du London Symphony Orchestra et du Chœur de la Radio de Berlin. La distribution en est la suivante :
    Michael König (Max)
    Michael Volle (Kaspar)
    Juliane Banse (Agathe)
    Regula Mühlemann (Ännchen)
    René Pape (l'Ermite)
    et les vétérans Franz Grundheber (Ottokar) et Olaf Bär (Kuno).
   
    Apparemment les chanteurs joueront aussi leur rôle à l'écran. On annonce aussi pour les scènes chorales les  membres du chœur d'alpinistes Kurt Schlosser et de la Singakademie de Dresde (150 en tout). Sortie du film prévue au début de 2010 en Allemagne. Comme c'est une coproduction européenne, il devrait être diffusé assez largement. Et même raté, ce sera toujours mieux que le film en play-back réalisé par Liebermann à Hambourg, avec Arlene Saunders et Gottlob Frick : petite horreur même pas delightful, disponible en DVD.

    En attendant, et avant d'évoquer Le Freischütz gravé par Kubelik au début des années 80 avec feue Behrens, voici toujours l'ouverture par Kleiber le fils.








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