Dimanche 31 décembre 2006
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Confession exclusive sur le Bajablog : je suis affreusement conventionnel.
Et donc, pour le passage à l'an nouveau, j'écoute de la musique viennoise, un peu joyeuse, un peu triste. Voici une sélection parmi mes préférées.
Die Fledermaus
La base de tout, bien sûr. La fantaisie et la mélancolie (les ensembles à la fin des actes I et II sont extrêmement prenants). J'ai découvert cette œuvre, une des plus parfaites écrites pour la scène lyrique, dans l'enregistrement de Boskowsky chez EMI, ultra complet, et dominé par Fischer-Dieskau en Doktor Falke et surtout Fassbaender en Orlofsky. Mais tous (Rothenberger, Holm, Gedda, Berry) sont excellents et les dialogues sont excellement rendus.
Mais c'est la seconde version entendue qui me séduit encore plus, malgré l'absence des dialogues. Elle s'impose plus pour la globalité et l'atmosphère (l'esprit de Vienne, c'est incontestablement ici) que pour les performances individuelles. C'est celle dirigée par Clemens Krauss avec la Philarmonie de Vienne, au début des années 50 (rééd. Pearl ou Opera d'oro). Sieglinde Wagner manque totalement d'esprit et de classe en Orlofsky (as usual…), Güden est un peu trop sucrée à mon goût mais luxueuse, Wilma Lipp manque d'ironie mais chante Adele comme l'oiseau sur la branche, avec une juvénilité très émouvante, Poell est plus à sa place en Falke qu'en comte Almaviva, et les ténors sont transcendants dans leurs rôles (Dermota en Alfred et Patzak en Gabriel). L'édition Pearl offre en complément des extraits du Tsarévitch de Lehar : musique très moyenne, mais Rosvaenge et Della Casa en protagonistes…
Sinon, la version dirigée à la Radio de Cologne par Fricsay est également remarquable (DG). On y entend Peter Anders en Gabriel, l'Adele de Rita Streich (un jalon dans le rôle, et merveilleuse dans les dialogues) et la Rosalinde étonnante d'Anny Schlemm, plus corsée que d'ordinaire et d'un caractère très affirmé (plus tard elle chantera Kurt Weill et la Klytemnestre de Strauss).
La célèbre version de studio dirigée par Carlos Kleiber est gâchée par Yvan Rebroff, grotesque en Orlofsky. Et en DVD, les extraits que j'ai vus d'une représentation à Vienne avec Popp, Fassbaender et Grubi (désopilante en Adele), sont plus qu'attirants (TDK).
Anthologie d'airs d'opérettes viennoises
Une seule adresse : Lucia Popp, rééditée en collection économique, sous la direction de Marriner. Très beau panorama : peu de Johann Strauss, un peu plus de Lehar, plus Suppé, Zeller, Mackeben, Dostal, Stolz*. Malgré un aigu parfois tendu (le disque date du milieu des années 80), Popp équilibre le charme et la mélancolie, le raffinement et la franchise de façon idéale. "Draußen in Sievering", "Sei nicht bös'" ou "Wien wird schön erst bei Nacht" sont particulièrement suggestifs, déjouant magistralement le piège du sucré ou de la niaiserie. "Spiel mir das Lied" de Dostal conclut le disque à la hongroise, avec une nostalgie troublante.
Bref : la classe absolue, avec dans le timbre ce quelque chose de Mitteleuropa. Je préfère de loin ça au célèbre album de Schwarzkopf, vraiment trop frelaté dans l'expression (mais ce n'est pas sans charme, en un sens).
* Ce CD figure dans le coffret "Great moments of Lucia Popp" (EMI, épuisé) augmenté d'extraits plus rares et plus anciens des opérettes Die Kaiserin de Leo Fall et Liselott de Künnecke. Et en plus vous y entendrez, outre le plus affreux ténor de la création (Harry Friedauer), Popp simplement chantonner "Lala lalalala", et c'est la grâce même.
Valses de Johann Strauss
On n'a que l'embarras du choix. Tout ce qu'a laissé Carlos Kleiber (plusieurs concerts du Nouvel an) est indispensable, bien sûr. Et avec l'image, c'est encore mieux : un chef qui danse en dirigeant, en souriant, sans quitter l'estrade. (les concerts de 1989 et 91 sont disponibles en DVD, au moins en Allemagne).
Je recommande en particulier le disque Sony issu du concert de 1989, dont le programme offre, outre l'Ouverture de Fledermaus, Voix du printemps (l'extase en mouvement), une polka Eljen a Magyar de vif-argent, et La Libellule (ne pas confondre avec la chanson de Sim), valse aérienne de Mendelssohn… composée par Strauss Jr.
J'aime aussi particulièrement les anthologies de Fritz Reiner à Chicago (très grand genre !) et de Jascha Horenstein avec l'Orchestre de l'Opéra de Vienne (Chesky Records).
Et bien sûr, d'avant la guerre, ce qu'a laissé Erich Kleiber, inimitable même par son fils, car un tel sens du chant et de la courbe qui jamais ne s'alanguit… Très belle sélection chez Biddulph (avec l'Invitation à la valse de Weber, et la suite de valses du Rosenkavalier) mais apparemment supprimée. On y entend une Valse de l'Empereur inoubliable de caractère et de liberté, et aussi Dorfschwalben in Österreich, idéalement tenue. À défaut, on trouvera les Strauss sur un album Preiser, avec les ouvertures de Fledermaus et du Baron tzigane.
Mais plutôt que le grand orchestre des jours de fête, on peut préférer les valses jouées par un ensemble de chambre plus intime. Un disque magnifique d'Elisabeth Leonskaja avec les Berliner Solisten est hélas épuisé (Teldec).
Mais DG a réédité en collection économique une perle : des transcriptions de valses de Johann Strauss par Berg (Wein, Weib und Gesang), Schönberg (Rosen aus dem Süden, Kaiserwalzer) et Webern (Schatzwalzer) par les Boston Chamber Players. C'est merveilleux d'élégance et de poésie.
(Cette transcription de la Valse de l'Empereur, avec sa coda nostalgique, servait jadis d'indicatif à l'émission de France Musique "Le Matin des Musiciens" dont je ne suis sans doute pas le seul à être inconsolable de la dispartion)
Opérette interlope
Le saviez-vous ? Avant de devenir la star de la chanson allemande sous le IIIe Reich, Zarah Leander avait commencé par chanter de l'opérette, dont la Veuve joyeuse, transposée pour sa voix d'alto.
Vous en trouverez des extraits dans une remarquable anthologie Leander chez Preiser.
(Que le Chevalier ne s'inquiète pas, il y a bien dans cet album : "Merci, mon ami, es war wunderschön…")
P.S. En réécoutant la Fledermaus de Clemens Krauss : Wilma Lipp est vraiment superlative dans l'air de la prison, celui où elle mime divers rôles. Vocalement, c'est jouissif, rond et précis à la fois. Quand on pense qu'elle a poursuivi en chantant Donna Elvira (que je n'ai d'ailleurs jamais entendue : c'est le live viennois de Karajan, avec Leontyne Price et Wunderlich)…
Et donc, pour le passage à l'an nouveau, j'écoute de la musique viennoise, un peu joyeuse, un peu triste. Voici une sélection parmi mes préférées.
Die Fledermaus
La base de tout, bien sûr. La fantaisie et la mélancolie (les ensembles à la fin des actes I et II sont extrêmement prenants). J'ai découvert cette œuvre, une des plus parfaites écrites pour la scène lyrique, dans l'enregistrement de Boskowsky chez EMI, ultra complet, et dominé par Fischer-Dieskau en Doktor Falke et surtout Fassbaender en Orlofsky. Mais tous (Rothenberger, Holm, Gedda, Berry) sont excellents et les dialogues sont excellement rendus.
Mais c'est la seconde version entendue qui me séduit encore plus, malgré l'absence des dialogues. Elle s'impose plus pour la globalité et l'atmosphère (l'esprit de Vienne, c'est incontestablement ici) que pour les performances individuelles. C'est celle dirigée par Clemens Krauss avec la Philarmonie de Vienne, au début des années 50 (rééd. Pearl ou Opera d'oro). Sieglinde Wagner manque totalement d'esprit et de classe en Orlofsky (as usual…), Güden est un peu trop sucrée à mon goût mais luxueuse, Wilma Lipp manque d'ironie mais chante Adele comme l'oiseau sur la branche, avec une juvénilité très émouvante, Poell est plus à sa place en Falke qu'en comte Almaviva, et les ténors sont transcendants dans leurs rôles (Dermota en Alfred et Patzak en Gabriel). L'édition Pearl offre en complément des extraits du Tsarévitch de Lehar : musique très moyenne, mais Rosvaenge et Della Casa en protagonistes… Sinon, la version dirigée à la Radio de Cologne par Fricsay est également remarquable (DG). On y entend Peter Anders en Gabriel, l'Adele de Rita Streich (un jalon dans le rôle, et merveilleuse dans les dialogues) et la Rosalinde étonnante d'Anny Schlemm, plus corsée que d'ordinaire et d'un caractère très affirmé (plus tard elle chantera Kurt Weill et la Klytemnestre de Strauss).
La célèbre version de studio dirigée par Carlos Kleiber est gâchée par Yvan Rebroff, grotesque en Orlofsky. Et en DVD, les extraits que j'ai vus d'une représentation à Vienne avec Popp, Fassbaender et Grubi (désopilante en Adele), sont plus qu'attirants (TDK).
Anthologie d'airs d'opérettes viennoises
Une seule adresse : Lucia Popp, rééditée en collection économique, sous la direction de Marriner. Très beau panorama : peu de Johann Strauss, un peu plus de Lehar, plus Suppé, Zeller, Mackeben, Dostal, Stolz*. Malgré un aigu parfois tendu (le disque date du milieu des années 80), Popp équilibre le charme et la mélancolie, le raffinement et la franchise de façon idéale. "Draußen in Sievering", "Sei nicht bös'" ou "Wien wird schön erst bei Nacht" sont particulièrement suggestifs, déjouant magistralement le piège du sucré ou de la niaiserie. "Spiel mir das Lied" de Dostal conclut le disque à la hongroise, avec une nostalgie troublante.Bref : la classe absolue, avec dans le timbre ce quelque chose de Mitteleuropa. Je préfère de loin ça au célèbre album de Schwarzkopf, vraiment trop frelaté dans l'expression (mais ce n'est pas sans charme, en un sens).
* Ce CD figure dans le coffret "Great moments of Lucia Popp" (EMI, épuisé) augmenté d'extraits plus rares et plus anciens des opérettes Die Kaiserin de Leo Fall et Liselott de Künnecke. Et en plus vous y entendrez, outre le plus affreux ténor de la création (Harry Friedauer), Popp simplement chantonner "Lala lalalala", et c'est la grâce même.
Valses de Johann Strauss
On n'a que l'embarras du choix. Tout ce qu'a laissé Carlos Kleiber (plusieurs concerts du Nouvel an) est indispensable, bien sûr. Et avec l'image, c'est encore mieux : un chef qui danse en dirigeant, en souriant, sans quitter l'estrade. (les concerts de 1989 et 91 sont disponibles en DVD, au moins en Allemagne).
Je recommande en particulier le disque Sony issu du concert de 1989, dont le programme offre, outre l'Ouverture de Fledermaus, Voix du printemps (l'extase en mouvement), une polka Eljen a Magyar de vif-argent, et La Libellule (ne pas confondre avec la chanson de Sim), valse aérienne de Mendelssohn… composée par Strauss Jr.
J'aime aussi particulièrement les anthologies de Fritz Reiner à Chicago (très grand genre !) et de Jascha Horenstein avec l'Orchestre de l'Opéra de Vienne (Chesky Records).
Et bien sûr, d'avant la guerre, ce qu'a laissé Erich Kleiber, inimitable même par son fils, car un tel sens du chant et de la courbe qui jamais ne s'alanguit… Très belle sélection chez Biddulph (avec l'Invitation à la valse de Weber, et la suite de valses du Rosenkavalier) mais apparemment supprimée. On y entend une Valse de l'Empereur inoubliable de caractère et de liberté, et aussi Dorfschwalben in Österreich, idéalement tenue. À défaut, on trouvera les Strauss sur un album Preiser, avec les ouvertures de Fledermaus et du Baron tzigane.
Mais plutôt que le grand orchestre des jours de fête, on peut préférer les valses jouées par un ensemble de chambre plus intime. Un disque magnifique d'Elisabeth Leonskaja avec les Berliner Solisten est hélas épuisé (Teldec). Mais DG a réédité en collection économique une perle : des transcriptions de valses de Johann Strauss par Berg (Wein, Weib und Gesang), Schönberg (Rosen aus dem Süden, Kaiserwalzer) et Webern (Schatzwalzer) par les Boston Chamber Players. C'est merveilleux d'élégance et de poésie.
(Cette transcription de la Valse de l'Empereur, avec sa coda nostalgique, servait jadis d'indicatif à l'émission de France Musique "Le Matin des Musiciens" dont je ne suis sans doute pas le seul à être inconsolable de la dispartion)
Opérette interlope
Le saviez-vous ? Avant de devenir la star de la chanson allemande sous le IIIe Reich, Zarah Leander avait commencé par chanter de l'opérette, dont la Veuve joyeuse, transposée pour sa voix d'alto.Vous en trouverez des extraits dans une remarquable anthologie Leander chez Preiser.
(Que le Chevalier ne s'inquiète pas, il y a bien dans cet album : "Merci, mon ami, es war wunderschön…")
P.S. En réécoutant la Fledermaus de Clemens Krauss : Wilma Lipp est vraiment superlative dans l'air de la prison, celui où elle mime divers rôles. Vocalement, c'est jouissif, rond et précis à la fois. Quand on pense qu'elle a poursuivi en chantant Donna Elvira (que je n'ai d'ailleurs jamais entendue : c'est le live viennois de Karajan, avec Leontyne Price et Wunderlich)…
Par Bajazet
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Mais je recommande une fois encore le DVD de Covent
Garden (
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