Samedi 3 mai 2008
J'étais à la librairie Ombres Blanches, essayant de piger comment les livres de poche, depuis la redisposition des rayons, se trouvent désormais répartis après avoir essaimés dans le magasin. Une jeune femme sollicite une vendeuse :
— Je voudrais lire quelque chose de la littérature nordique, je ne connais pas, vous pourriez me conseiller ?
— Bien sûr ! J'adoore la littérature nordique… Tenez par exemple, ***. Il a passé des mois avec une peuplade jfvekzfvhbol, il s'est fait adopter par eux, il est vraiment devenu leur ami. Le livre raconte son expérience. C'est bouleversant d'humanité partagée. Blablablabla
Bon, je ne connais à peu près rien aux "Nordiques" à part Ibsen, la merveilleuse Lagerlöf, Blixen, et un truc à succès qu'on m'avait offert, L'Oratorio de Noël, dont je ne me rappelle même pas si ça m'avait plu. ^^
Déjà, que la fille du rayon conseille d'abord un bouquin qui, si je comprends bien (mais je me trompe peut-être), relève plus du témoignage ethnologique que de la littérature, ça me fait sourire. Surtout, je trouve effrayant d'entendre dans sa bouche, comme motif d'éloge, « bouleversant d'humanité partagée ». Même à Télérama, ils ne doivent plus employer des formules de ce tonneau. Si ?
Soyons clair : je ne mets pas en cause le fait que la valeur d'un livre puisse se mesurer à ce qu'il dit de l'humain, bien au contraire. Simplement, je trouve inquiétante, autant que ridicule, cette formule toute faite, qui sonnait si faux dans la bouche de la vendeuse, toute pétrie d'artistiquement correct. J'imagine bien Guillaume Durand l'employer à l'occasion, ou quelque autre préposé à une émission "culturelle" à la TV. De deux choses l'une : ou la fille est de bonne foi et elle a parfaitement assimilé ce dialecte ; ou elle est plus roublarde et sert à la clientèle ce qu'elle s'imagine devoir séduire des lecteurs qui, puisqu'ils fréquentent cette librairie toulousaine-là, sont supposés être moyennement intello et potentiellement vulnérables au blablatélérama.
Ça m'a d'ailleurs fait penser au boniment offensif d'un vendeur du magasin Harmonia Mundi, juste à côté de la librairie en question, et qui semble débiter plus vite que son ombre une fiche publicitaire pour tel ou tel disque qu'il imagine pouvoir vous faire acheter, alors même que vous ne lui demandez rien. C'est exactement ce discours convenu et assez piteux qui désormais est écrit au verso des CD Harmonia Mundi, marketing oblige. Ils sont à fond dans le marketing et tentent pourtant de vous faire croire que chez eux, c'est pas comme à la Fnac, ce sont de vrais disquaires, pas des marchands de "biens culturels".
Sauf qu'eux-mêmes vous servent des discours dont le ridicule tient au fait qu'ils postulent que, en dehors de ce que produit ou diffuse Harmonia Mundi, rien de valable ne se publie au disque. « Depuis Régine Crespin, aucune version n'avait à ce point renouvelé notre écoute des Nuits d'été ». Et on parle de Brigitte Balleys et Herreweghe, artistes parfaitement estimables, mais il faut peut-être raison garder. Et ce cornichon qui ne dit pas un mot de Delunsch dans Herminie (sur le même CD), et qui s'offusque de voir le client reposer poliment mais résolument sur le présentoir le CD qu'on lui avait mis dans les pattes. Tssss
Cela dit, ça marche, bien sûr. J'ai une amie, "enseignante" (comme disent les journalistes), abonnée immémoriale à Télérama, et qui n'achète ses disques que chez Harmonia Mundi, naïvement persuadée qu'Alexandre Tharaud est l'alpha et l'omega de l'interprétation au piano. Elle n'a pas misé sur un mauvais cheval, Dieu sait, mais si c'est pour chausser des œillères… Et j'ai beau lui faire valoir que Tharaud lui-même s'incline devant Marcelle Meyer, autant prêcher aux poissons.
par Bajazet
publié dans :
Divers
ajouter un commentaire commentaires (4) créer un trackback recommander
ajouter un commentaire commentaires (4) créer un trackback recommander




















