Dimanche 8 novembre 2009






Vous n'aimez pas les vieilles légendes urbaines ?


Vous êtes hostile au picard médiéval ?


Votre religion vous interdit de plaisanter sur les miracles ?



Eh bien, considérez plutôt cette fable sérieuse,
ici.




Par Bajazet - Publié dans : Actualités
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Vendredi 6 novembre 2009




    Mozart par Lili Kraus
Concerto pour piano n° 12 en la majeur, K. 414
Concerto pour piano n° 18 en si bémol majeur, K. 456
Orchestre Symphonique de Boston
Direction : Pierre Monteux
(Boston, 12 et 13 avril 1953)
Sonate pour piano n° 11 en la majeur, K. 331
(New York, 1950)
1 CD Urania (2004)
    (Un accroc d’usinage apparemment au milieu d’une ritournelle d’orchestre dans le second mouvement du concerto en la. Plus des grincements bizarres dans la dernière minute du disque… Mieux vaudrait disposer de la réédition RCA, j'imagine, mais elle ne semble commercialisée qu'au Japon)


    Ce disque est arrivé par la poste d'aujourd'hui, et je découvre que c'est précisément le jour anniversaire de sa mort en 1986. Peu d'enregistrements de Lili Kraus me sont connus, mais je sais au moins que c'est par un de ceux, nombreux, qu'elle a réalisés pour la Guilde du Disque dans les années 50, que j'ai pour la première fois entendu et aimé des œuvres pour piano de Schubert : il y avait la sonate en la majeur D. 959 (celle dont le dernier mouvement transforme le thème du lied Im Frühling) complétée par des danses. Sur la pochette on ne voyait pas son visage (ce n'était guère la mode) mais un croisement de mains sur le clavier.
    Je n'avais aucune idée alors de la notoriété de cette pianiste (tous les disques classiques qui me tombaient sous la main dans ma famille étaient produits par cette défunte Guilde) ; je trouvais simplement que le prénom Lili ne faisait pas très sérieux pour une musicienne. Ingrid Haebler, ça imposait davantage : elle était partout en photo dans le catalogue Philips, cette pianiste viennoise qui connaissait son heure de gloire dans les années 70, reconnaissable à un chevelure fortifiée comme une tour trapue et presque disproportionnée pour une dame qui paraissait tellement comme il faut.







    Plus tard je suis tombé sur une photo de Lili Kraus : elle aussi avait un collier de perles et une coiffure prête à rivaliser avec une tiare. J'en avais finement déduit que les femmes pianistes formées à Vienne et qui jouaient Mozart se devaient, en vertu d'une loi non écrite, d'arborer une tour de David en cheveux. De même d'ailleurs les Fricka de Wieland Wagner :




    J'en restai donc volontiers au croisement de mains sur la pochette du disque Schubert, lorsque dans Diapason (c'était vers 1980) on célébra la réédition d'un disque RCA de concertos de Mozart de Lili Kraus avec Pierre Monteux à Boston (n° 12 et 18). Ce n'était pas assez pour remuer ma curiosité car entretemps j'avait découvert un disque fameux de Clara Haskil avec Paul Sacher, celui de concertos n° 9 et 23, et j'avais décrété (sans avoir d'éléments de comparaison) que dans ce répertoire rien ne pouvait faire le poids face à Haskil : candeur et sottise. Et puis un chef français, pour Mozart ? laissez-moi rire. Sottise décidément. Mais de fait j'en restai là.





    Or l'été dernier, voilà que je lis dans un journal que l'acteur Michel Blanc distingue entre tous les disques un vieux microsillon de la Guilde, avec Lili Kraus : le concerto  de Mozart n° 9 destiné à Mlle Jeunehomme. Et là me revient le souvenir de la pochette rose et blanche du disque RCA avec Monteux — reporté en CD depuis. Et le voici : un ravissement.

    Dans ces concertos assez peu joués en fin de compte, la tension intérieure du jeu de Lili Kraus fait merveille, mais on n’est pas mois subjugué par l’orchestre mobile de Pierre Monteux, tout présence, relief, animation, esprit, sourire même, rapidité aussi. On serait même tenté de dire que ce que plus d’un interprète « historiquement informé » tâche de réaliser aujourd’hui était déjà présent là, au plus haut degré de naturel, de vivacité et de poésie. J’en suis resté pantois. Le report sur CD n’est peut-être pas idéal et la qualité des timbres en pâtit sans doute, mais quelle science du trait, sans rien d’une virtuosité ostentatoire (et pourtant la virtuosité de Kraus est réelle), science partagée par la soliste et le chef. Comme tout cela est articulé, mais comme tout cela est fluide, sans nulle crispation, et comme cela avance, sans heurts! Vraiment un modèle d’orchestre mozartien, pulsation autant que chant, et où respire l’imaginaire du théâtre. Et la qualité de dialogue avec la soliste est prodigieuse.

    Dans le concerto en la majeur, moins fréquenté que d’autres pour sa galanterie supposée ou sa « mondanité » (mais qu’est-ce à dire ?), le chef propulse le discours musical avec la même netteté et le même geste délicatement impérieux que la pianiste. L’équilibre semble absolu entre la chair et le nerf, la netteté de l’accent et la longueur des lignes, l’euphorie sensible et la gravité secrète. Du mouvement central émane une poésie pénétrante en raison de qualités de phrasé exceptionnelles : rien de doucereux, rien d’alangui, tension toujours, mais aussi épanouissement ; et de la noblesse autant que de la suavité, avec une justesse dans le poids qui n’entrave jamais le mouvement. On sent constamment chez la pianiste le souci de conserver de la dignité et même de la grandeur dans ce qui peut si aisément verser dans la confidence au sucre. Droiture, mais non raideur.

    Kraus comme Monteux possède l’art d’allier la force à la délicatesse ; elle aussi sait diriger la musique. Quel style ! Ce piano fait plus que chanter : il parle, et il parle dans le ton, comme peu parlent dans ces œuvres. Lili Kraus comme Monteux sont manifestement de ceux qui n’oublient jamais que l’art du chant suppose celui de la ponctuation, et l’économie du silence. Le dessin des phrases est d’une précision de rythme et d’une aptitude à la réponse rares, et qui ne peuvent pas ne pas rappeler que Lili Kraus, lors de ses études à Budapest (elle était née d’un père tchèque et d’une mère hongroise), a étudié avec Bartok avant de partir à Vienne où elle reçut l’enseignement de Steuermann et de Schnabel. Cette rigueur, cette discipline se tournent toutes en jeu dans le rondo ironique de ce même concerto, traversé ici par l’esprit même de la vie.

    L’art éprouvé comme vitalité, ou l’énergie tenue dans les mains généreuses de l’art, c’est bien ce dont témoigne ce disque. Le concerto en si bémol est là pour le confirmer, où les deux musiciens donnent corps à une ébullition toujours contrôlée. Là encore, la netteté du trait – et même sa nervosité – est d’autant plus jouissive que le poids sonore n’est pas sacrifié. Étonnamment peu joué, en définitive, ce dix-huitième concerto (peut-être destiné à la pianiste aveugle Maria Theresia Paradies) enclôt dans cette substance jaillissante un mouvement lent en mineur, sous la forme de variations sur le même thème, spirale lancinante moins sombre que la désolation centrale du concerto Jeunehomme mais guère moins poignante, ouvrant au cœur de tant de jaillissement vital l’espace indéfini de la douleur.

    La stabilité du tempo, à laquelle Monteux veille aussi jalousement qu’à la pulsation rythmique, porte d’emblée cette tristesse diffuse mais chantante à un degré de noblesse dont rien ne nous fera descendre. Kraus trouve la profondeur d’expression dans l’absolue rectitude du phrasé (ces notes répétées !). Nulle onction lyrique, mais une épure. Le geste est impérial, et pourtant il est nu en quelque sorte. On dirait une déploration abstraite jusque dans la palpitation finale, mais on songe aussi bien, dans cette structure circulaire des variations, à une chorégraphie altière et coulante.

    Les notes répétées qui ouvrent le dernier mouvement et qui en forment la matrice sont bien différentes, elles : comme le flux même de la vie répandue au dehors, cavalcade de haut style. Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachées, c’est Lili à son clavier, tout entière. La manière dont elle relance et fouette la musique, sans produire jamais une impression d’agressivité, est confondante, et pour le coup la communion avec le chef dans cet esprit de tension et de conversation semble atteindre son comble. L’expression « vif argent », si galvaudée dans le discours critique, pourrait à bon droit valoir ici. Mais on peut être sensible plus encore au style singulier d’une pianiste assez avertie pour effacer d’une main légère et sûre la distance entre l’allégresse et le sérieux.

    En complément, la sonate n° 11, qui s’ouvre inhabituellement par une série de variations. Que peut-on en dire, sinon que les leçons de Bartok y semblent vivifier le jeu ? On est assez loin de la poésie méditative de Wilhelm Kempff, de ses couleurs mordorées. Ce n’est pas la même langue, disons. Avec Lili Kraus, et cela s’entend tout de suite, le poète au piano est aussi « eine Person von Stand », comme on dit dans Le Chevalier à la Rose, comme telle capable de monter à cheval, et qui alors avait traversé les épreuves de la guerre et de la captivité en Indonésie. Quant à la Marche turque (s’il faut encore l’écouter), c’est une perfection dans sa tenue cursive et rapide, et son absence d’effets.


¶ Discographie de Lili Kraus
    Peu d’enregistrements de Lili Kraus sont couramment disponibles, hormis une intégrale des sonates de Mozart (Sony). Plus de trace du disque Schubert évoqué plus haut. Lili Kraus, qui avait pris la nationalité britannique quand elle trouva refuge en Nouvelle-Zélande au sortir de sa captivité et qui semble avoir connu surtout le succès aux États-Unis où elle émigra dans les années 50, avait certes déjà gravé la première intégrale des sonates pour violon et piano de Mozart avec Szymon Goldberg, ou les trios avec piano du même avec Boskovsky, mais une grande partie de ses disques fut faite sous de petits labels avec des chefs parfois peu glorieux (Gianfranco Rivoli pour Mozart…).
    EMI a réédité plusieurs gravures de Lili Kraus (Haydn, Beethoven, Schubert, Brahms) dans la collection « Les Rarissimes », mais ces disques semblent déjà supprimés du catalogue. De même pour les CD un temps disponibles chez Vanguard. Reste un DVD chez Vai (avec par exemple les Danses roumaines de Bartok) et un coffret paru chez l’improbable éditeur Script, qui rassemble divers enregistrements de La Guilde : troisième et quatrième concertos de Beethoven (avec l’épouvantable Fantaisie chorale), Konzertstück de Weber, concerto de Schumann, et deux concertos de Mozart : le n° 26 (dit du Couronnement) et le tant désiré Jeunehomme. 

    Sur la vie et la carrière de Lili Kraus, renseignements ici.



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Mercredi 4 novembre 2009


En attendant de revenir à des choses plus consistantes,
remake masculin du petit jeu nécrophile avec B et M
(tous deux très célèbres, y compris au disque)

Questions inchangées : qui ? dans quel rôle ?


Je ne suis pas certain du rôle pour B, même s'il y a de fortes présomptions.

Le rôle de M n'est pas facile à identifier. Disons qu'il était considérablement en dehors de son répertoire d'élection.



B







M







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Mardi 27 octobre 2009


    Voici venir le temps des rires et des chants des visites qui sollicitent la mémoire.  
    Et voici donc deux interprètes de l'opéra, que nous appellerons A et B, et qu'il s'agit d'identifier. Les photos ont été prises toutes deux en Allemagne
. Mais pour le reste A et B s'opposent.

    – A et B ne chantaient pas dans le même registre
    – A figure ici dans un petit rôle ; B dans un rôle mythique du répertoire
    – Vous avez forcément entendu A au disque un jour ou l'autre, mais sans doute pas B, qui a laissé très peu de témoignages
    – Corollaire : vous n'aurez pas forcément envie de réentendre A ; mais vous seriez peut-être curieux d'entendre B dans le rôle de la photo, dont il n'existe pas de trace sonore à ma connaissance.



A









B








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Samedi 24 octobre 2009


    À l’acte II de la Theodora de Haendel (livret du Révérend Morell) prend place une scène de prison dans laquelle la vierge et martyre exhale son angoisse : c’est le fameux air « With darkness deep ». Ce monologue s’ouvre par un récitatif mais il est d’abord précédé d’un prélude orchestral, qui sera repris à la fin de l’air pour en accentuer la clôture, et contraste d’abord avec la liesse de la scène précédente, où les païens sacrifiaient bruyamment à Vénus. Dans son économie extraordinaire, ce prélude, strié par les cordes, fait pour ainsi dire retentir le silence et son effroi. On y entend deux flûtes parcimonieuses mais insistantes, comme en réponse à la plainte des cordes, notes discontinues qui finissent à peine par esquisser une phrase.





    Dans sa bible, Pïotr Kaminski cite le musicologue Jonathan Keates, qui entend dans ces touches de flûte « de l’eau s’écoulant goutte à goutte dans un souterrain ». Vraiment ? Non que Haendel ne s’y entende pas à exprimer en musique des choses dégouttantes (le seul « Stille amare » de Tolomeo le prouve assez), mais un tel souci de réalisme paraît à la fois hors de propos dans Theodora et surtout contredit par la musique, par sa matière sonore comme par l’écriture. Autant le goutte-à-goutte est sensible dans l’air d’Atys « La beauté la plus sévère », autant ici rien de tel ne se manifeste. Car ces flûtes tiennent plus du gémissement, ou plus étrangement encore de la plainte d’une chouette que figurerait contre toute attente la clarté vacillante du timbre. Mais c’est encore trop mal dire. Si ce prélude saisit et fascine, n‘est-ce pas en raison de l’ambiguïté de cette musique, qui se dérobe à toute interprétation univoque d’une imitation de quelque chose d’identifiable ?

    Ce qu’on entend là, c’est une voix qui n’a pas de nom, dans aucune langue. J’évoquais une chouette transfuge : c’est un peu bête évidemment, et pourtant la disposition de ces flûtes produit quelque chose de l’oiseau de nuit dans le silence, un saisissement délicat. Mais le choix de la flûte obéit sans doute aussi à un symbolisme hérité : c’est l’instrument du deuil, de l’élégie, autant et plus que celui de la douceur idyllique. Dans la tragédie lyrique française, c’est l’instrument qui mime avec prédilection l’effusion des larmes, comme c'est le cas du monologue plaintif d’Iphise dans le Jephté de Montéclair. Mais dans ce cas, justement, la flûte chante, elle dessine une ligne, alors qu’ici règne le fragment, ou bien l’ébauche. Et si l’on songe au grand monologue de la prison dans Dardanus, il revient alors à des bois comme le basson d’y colorer le tableau lugubre, un peu comme l’air de Télaïre devant le tombeau de Castor, avec dans les deux cas un raffinement harmonique rare, à la hauteur de la tragédie.

    Non, ces deux flûtes qui escortent Theodora sont plus secrètes, comme l’étoile qui frissonne, comme l’oiseau qui gémit imperceptiblement, comme une lumière refusée mais toujours entreluisante. Elles préludent à la plainte humaine, en motivent en quelque façon l’effroi, mais aussi, en résonnant de plus loin, de plus haut, elles semblent veiller tristement sur la prisonnière promise au viol. Dans leur laconisme, elles portent un absolu de la désolation mais en même temps, très étrangement, une consolation tutélaire. Du moins, ces notes de flûte n’expriment rien de défini. Telle est leur force, obstinée, comme de suggérer dans l’oratorio une profondeur imaginaire de la scène : elles forgent l’espace autant que cette temporalité silencieuse, mystérieuse, de la prison. À elles seules, ces pauvres notes esseulées suggèrent une élévation au-dessus des affres — un peu à l’inverse de ce que fait Gluck avec cette ligne lancinante de la flûte qui, en planant inlassablement dans la stase des champs Élysées, imprègne l’ensemble de ce moment béatifique d’une tristesse tenace.







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Samedi 10 octobre 2009

 


« La musique est un animal qui nous regarde droit dans les yeux.
Il peut nous tuer. »


    Conversation avec le pianiste Valéry Afanassiev, que j'ignorais être aussi écrivain, à l'occasion de la parution de son essai Le Silence des sphères (Corti) : à écouter ici.

    Il y est question de l'horrible danger de la musique, et beaucoup du silence, d'Emil Gilels, du corps du piano, de l'intensité du pianissimo, des gestes de l'interprète, des noms que l'on écoute et du comportement du public.


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Vendredi 9 octobre 2009

    Vous aussi, vous regrettez les années 70 ? Vous n'étiez pas né ? Raison de plus.
    C'était donc en 1974. Daniel Schmid sortit un film intitulé La Paloma, avec en tête d'affiche une artiste vouée par je ne sais quel mystère à devenir une icône. Eh non, je ne parle pas d'Éve Ruggieri, qui à l'époque se contentait de coprésenter à France Inter l'émission Les Panthères Roses. Je suis bien placé pour en témoigner puisque lors d'une tournée estivale de la radio je l'ai vue de mes yeux, trônant sous le kiosque à musique de la place Louis XIV à St-Jean-de-Luz, et vêtue d'une salopette rose, animer ladite émission par son babil scintillant. Je fus d'ailleurs tellement envoûté par sa voix que je m'enhardis à m'approcher d'elle pour quémander un autocollant France Inter pour ma collec. Il resto, il resto non dico.
    Donc il ne s'agissait pas d'Ève Ruggieri mais de son corps glorieux, j'ai nommé Ingrid Caven. Laquelle, dans une scène qui n'est pas la moins kitsch du film (si les mots ont un sens), pousse assez loin l'émulation avec Lotte Lehmann dans le tube extrait de La Ville morte. L'autre voix (Paul) est celle de Richard Tauber, George Szell dirige, le tout est gravé à Berlin le 17 mars 1924. Que si vous regrettez que le play-back ne soit pas synchrone, c'est forcément par insensibilité à l'Art avec un grand K.

    Allez, on respire profondément, et on clique.







    Et pour boire jusqu'à la lie le calice de la nécrophilie, voici, sous la direction de Korngold en personne, à son retour à Vienne après la guerre, Hilde Zadek, toujours assez prosaïque dans le phrasé mais bien intéressante quand même, et surtout Anton Dermota, pur fantasme vocal — c'est de circonstance.









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Dimanche 4 octobre 2009












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Lundi 21 septembre 2009

    C'est de saison. Mais c'est surtout, à l'origine, un folksong irlandais, The Grove of Blarney, que Thomas Moore, l'auteur de Lalla Rookh (il lui sera beaucoup pardonné pour avoir occasionné Le Paradis & la Péri de Schumann), publia en 1813 dans le recueil Irish Melodies, transformant son titre en Last Rose of Summer. Mais la fortune internationale de cet air gagna manifestement beaucoup à l'« opéra romantique » allemand Martha de Friedrich Flotow, où il se trouve promu en thème amoureux, repris au fil de l'œuvre.
    La situation est la suivante, en Angleterre au XVIIIe siècle : Lady Harriet (soprano), oisive comme il se doit, et secondée par sa camériste Nancy (mezzo), est prise par la fantaisie de se faire passer toutes les deux pour d'humbles servantes cherchant à se placer. Il faut dire qu'il existe un marché pour ça, à Richmond, où les paysans viennent choisir de la main-d'œuvre et, le cas échéant, une compagne pour le foin. (Le chœur de cette foire aux humains est très réussi.) Aussitôt dit, aussitôt fait, et les voilà choisies, incognito, par le riche fermier Plumkett (basse) et son fils adoptif Lyonel (ténor), bel orphelin sentimental.

    À l'acte II, le constat s'impose à la ferme : Nancy et la pseudo-Martha sont impropres à la tâche, ou archi-taches au niveau du concret, comme vous voudrez. Mais bien sûr Lyonel en pince sérieusement pour Martha, qui se retrouve seule avec le jeune enamouré. Lyonel lui demande non pas exactement de siffler en travaillant, mais de lui chanter « so ein Volkslied, recht fürs Herz. Alors surgit, fragile et délicat, l'air de « la dernière rose ».

    Letzte Rose, wie magst du
    So einsam hier erblühn ?
    Deine freundlichen Schwestern
    Sind längst schon, längst dahin.
    Keine Blüte haucht Balsam
    Mit labendem Duft,
    Keine Blättchen mehr flattern
    In stürmischer Luft.
    Warum blühst du so traurig
    In Garten allein ?
    Sollst im Tod mit den Schwestern
    Vereinigt sein.
    Darum pflück' ich, o Rose,
    Vom Stamme dir ab,
    Sollst ruhn mir am Herzen
    Und mit mir im Grab.


    Dernière rose à fleurir,
    qu'as-tu à rester seule ainsi ?
    Tes sœurs chéries
    s'en sont allées depuis longtemps déjà.
    Plus de fleur qui embaume,
    plus de feuillage bruissant.
    Pourquoi fleuris-tu tristement,
    toute seule au jardin ?
    Il faut rejoindre tes sœurs dans la mort.
    Aussi je te cueille, ô rose,
    je te coupe de la branche,
    afin que tu reposes sur mon cœur,
    et avec moi dans la tombe.



    Cette insertion de l'air ancien, empreint d'une simplicité "tendre et naïve" qui est celle de l'idylle insubmersible, produit une sorte d'arrêt sur image mais aussi d'élévation lyrique au-dessus du quiproquo bourgeois. L'air fait un effet bœuf sur Lyonel, mais après lui avoir tourné la tête Martha l'éconduit… provisoirement. Car la Rose est destinée à reparaître, transformée, à la fin de l'opéra quand la soprane et le ténor se jureront une amour éternelle. Le charme de ce morceau inséré, mais organiquement solidaire de l'ensemble jusqu'à constituer un emblème de l'opéra entier, tient moins à sa fraîcheur archaïsante qu'à sa mélancolie, qui conjure le péril de la niaiserie par cet arrière-plan élégiaque et même funèbre. Surtout quand c'est Lucia Popp qui le chante (version Eurodisc, avec Siegfried Jerusalem). Mais comme l'extrait a déserté la caverne des tubes, et à mois de vous tourner vers Rita Streich en anglais, il faudra vous contenter d'Anneliese Rothenberger en son saturé.




    À quoi j'ajoute un remake d'après-guerre,capable de plonger l'auditeur dans une méditation saturnienne sur les vicissitudes qui frappent les grands classiques. Vous aurez compris que cette fois c'est l'orphelin qui chante.







Par Bajazet - Publié dans : Œuvres et compositeurs
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Samedi 19 septembre 2009





    Riccardo Muti ne professe pas seulement un amour profond pour les opéras de Gluck : il les a dirigés régulièrement, à la Scala surtout, et encore pour l'ouverture de la saison le 7 décembre 2002 avec une Iphigénie en Aulide qui réunissait Violetta Urmana dans le rôle-titre, Daniela Barcellona en Clytemnestre et chez les messieurs, Christopher Robertson (Agamemnon), Stephen Mark Brown (Achille) et ldar Abdrazakov (Calchas). L'inévitable Kokkos présidait à la mise en scène, reprise en mars dernier à Rome. Une diffusion radio, que je n'ai entendue que très partiellement, témoignait ce soir de l'étendue d'un malaise.

    Muti dirigeait une distribution encore moins idiomatique qu'à Milan, brochette de Slaves empêtrés dans la langue, impropres à la déclamation comme au style, phrasant à la roulette russe, saturant tout, grossissant tout, sur fond de chœur flasque à la sauce gluante. Bref : l'honneur de la graisse. Non possumus, auraient-ils pu dire. Le style du chef n'a pas changé : de l'énergie, du sostenuto, mais pas d'arêtes, du nappage plutôt que du drapé, un train de sénateur au lieu d'un verbe ailé, de l'embonpoint plutôt que du nerf. Et comme d'habitude, contrainte à ce régime, la musique de Gluck sonne grossier, sans éloquence, ennui monumental. « Que d'attraits ! que de majesté ! / Que de grâces ! que de beautés ! » : adieu !

    De quoi se rappeler la fable de La Fontaine, L'Ours et l'Amateur de jardins :

    « Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;
           Mieux vaudrait un sage ennemi. »
 

Par Bajazet - Publié dans : Artistes
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